‹ Le choléra [electronic resource]Chapitre 32 sur 59 · AGGLOMÉRATIONS · texte numérisé non relu

AGGLOMÉRATIONS

allait chaque jour au lazaret y vendr e des gâteaux ; et enfin 1 sur un batelier de l'office de santé. ' Tel fut le point de départ de l'épidémie, qui, sur une population de 6,000 âmes, causa, du 12 juillet au 12 septembre, 344 décès cholériques, non compris 25 morts parmi la garnison des forts.

Sur ce point, il n'y a pas de doute possible ; il est évident qu'un lazaret peut être, dans les conditions que je viens d'indiquer, une cause de propagation de la maladie pour la ville voisine (1).

Nous retrouvons encore la confirmation de celle loi de r accoutumance àd^w^ ce qui se passe dans les armées, les foires, les pèlerinages. Lorsque le choléra est importé dans ces grandes agglomérations, si ces masses n'ont pas subi raccoutumance cholérique, l'explosion y est rapide, la mortalité considérable, mais cet éclat ne dure que quelques jours et la maladie cesse bientôt.

La guerre d'Orient nous a fourni un exemple

(1) On a prétendu que le lazaret était un danger permanent, le miasme pouvant être transporté par l'air, du lazaret à la ville. M. Fauvel, qui a fait l'examen détaillé des cas oîi le choléra s'est propagé du lazaret à la ville voisine, comme à Smyrne, à Chypre, à Beyrouth, à Trébizonde, à Kustendjé, à Sulina, a montré que presque toujours il y avait eu communication, ou bien enc()re que des malades afTectés de diarrhée avaient été débarqués avant qu'on eût prescrit les mesures quarantenaires. (Voir, pour plus de détails, le rapport de M. Fauvel p. 62.)

de la rapidité du développement et de l'intensité de la maladie au milieu de navires vierges de toute influence cholérique. Nous y trouverons encore un argument identique à propos de l'invasion de l'épidémie dans les troupes de terre :

Au commencement d'avril 1855, arrivèrent de France à Constantinople 15 à 20,000 hommes de troupes, composées en partie de la garde impériale.

Ces troupes n'avaient pas eu, pendant lenr traversée, un seul cas de choléra. Elles furent campées sur les hauteurs de Masslak, dans une situation extrêmement salubre. A ce moment on ne constatait plus dans la ville de Constantinople que des atteintes très rares de choléra. Les relevés des hôpitaux militaires français ne donnaient que 53 cas pour le mois de mars. Le relevé du 11 avril n'en signalait aucun.

En Crimée, les attaques étaient alors également peu fréquentes. Les troupes furent à peine installées à Masslak, que, dans la nuit du 14 au 15 avril, le choléra éclata parmi elles. Il s'ensuivit une épidémie assez grave.

Les armées, comme les foires et les pèlerinages, ont une double action : ce sont des foyers de renforcement, comme nous l'avons dit, mais en même temps des causes de dissémination. Les armées en marche transportent avec elles le choléra : la guerre de Pologne, en 1831, fut la grande cause de la dissémination du choléra en Europe.

La Conférence de Gonstantinople a formulé par des lois l'influence des agglomérations. Voici ces lois :

« Toute agglomération d'hommes dans laquelle s'introduit le choléra est une condition favorable à l'extension rapide de la maladie et, si cette agglomération se trouve dans de mauvaises conditions hygiéniques, à la violence de l'épidémie parmi elle;

(( En pareil cas, la rapidité de l'extension est proportionnée à la concentration de la masse agglomérée, tandis que la violence de l'épidémie est, toutes choses égales, d'ailleurs, d'autant plus prononcée que les individus composant Taggloméralion ont moins subi déjà l'influence cholérique, ou en sont restés vierges, c'est-àdire, en d'autres termes, que les individus qui ont déjà subi l'influence d'un foyer cholérique jouissent d'une sorte d'immunité relative et temporaire qui contrebalance les fâcheux effets de l'agglomération ;

« Enfin, dans une masse agglomérée, plus l'extension est rapide, plus aussi la cessation de l'épidémie est prompte, à moins que de nouveaux arrivages sains ne viennent fournir un nouvel ahment à la maladie et aussi l'entretenir. »

Nous venons de passer en revue les conditions cosmiques ou somatiques qui favorisent

le développement et la propagation de l'agent cholérique. Nous avons vu qu'un sol humide, un terrain poreux, étaient les plus aptes à s'imprégner du miasme, à produire de nouvelles efflorescences épidémiques. C'est pourquoi on a observé dans certaines parties de la Russie, de l'Allemagne et de la Hongrie, de ces retours périodiques du choléra. Le terrain humide sur lequel est bâti Amiens explique aussi pourquoi le choléra a eu dans cette ville une durée aussi persistante.

Nous avons vu également que les populations misérables, n'observant en rien les lois de l'hygiène, minées par les excès de tout genre, offraient peu de résistance à la maladie et subissaient les plus redoutables atteintes du fléau.

Enfin, nous avons remarqué que le choléra sévissait surtout sur des populations vierges de toute influence cholérique, et que c'était sur ces masses non encore accoutumées que l'explosion était la plus rapide et la plus violente.

Que ces conditions soient inverses, et l'on verra l'explication de ces immunités permanentes ou temporaires qui, aux yeux de certains esprits, infirment la doctrine de la contagion. Que le sol, en effet, soit gi-anitique, que le terrain soit sec, composé de roches

denses et serrées, que les infiltrations y soient impossibles, et il y aura pour ces pays une immunité complète ou partielle. C'est ainsi qu'on s'explique pourquoi certaines régions de la Suisse, les parties alpestres, ont été préservées du choléra, et comment, lorsqu'il y a été importé, il n'ait pu s'y maintenir.

Enfin, une dernière source d'immunité se trouve dans l'accoutumance, qui, à elle seule, comme nous l'avons vu, contre-balance les conditions funestes d'hygiène et d'encombrement.

Cependant certains faits présentent quelques points obscurs et d'une interprétation difficile.

La ville de Lyon a montré une grande résistance au choléra. En 1832, elle échappa complètement à l'épidémie qui ravagea la France. En 1835, elle résista également à l'épidémie qui remonta le Rhône. En 1849, une caserne fut envahie et quelques cas de choléra se manifestèrent dans les quartiers environnants. Mais, après trois semaines, tout avait disparu. En 1853, pendant l'automne, le choléra sévissait dans le déparlement de la Drôme. La maladie apparut à Lyon, y détermina 400 attaques, 196 décès, puis s'éteignit. En 1865, il n'y a eu que quelques cas de choléra. L'importation y a donc été manifeste, mais l'agent cholérique n'a pas trouvé un milieu convenable pour y produire tous ses effets.

Cependant la population y est nombreuse, une partie est ouvrière, misérable : on y retrouve donc les conditions somatiques qui devraient favoriser la propagation de la maladie. Il est vrai que Lyon est bâti sur un sol

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dense, rocheux ; mais toutes les parties du sol n'ont point, à Lyon, une composition identique. Lyon est situé au coniluent de deux fleuves, et certaines parties du terrain sont plus poreuses que dures, et plus humides que sèches.

Il y a donc là un fait qui paraît contradictoire aux données généralement acceptées. Il existe une inconnue ; mais ces faits exceptionnels ne doivent point infirmer la vérité que nous avons posée, et qui est étayée sur des preuves nombreuses.

Cette question de l'immunité vient d'être, de la part de M. Fauvel, l'objet d'une étude importante (1), qu'il résume dans les propositions suivantes :

1° Les ports de l'Inde où le choléra est endémique ne sont jamais le théâtre d'une grande épidémie ;

2° Ce fait tient à l'immunité générale, mais non absolue, dont jouit la population native de ces ports ;

3° Cette immunité n'existe pas dans les foyers endémiques, pour les étrangers à la localité qui

(1) A. Fauvel, Acquisitions scientifiques récentes concernant l'éliologie et la prophylaxie du choléra. — Mémoire lu à l'Académie des sciences. Paris, 1883.

Mémoire sur le choléra dans l'Inde, dans la mer Rouge et en Europe. Acquisitions nouvelles concernant l'éliologie et la prophylaxie de cette maladie depuis les Conférences de Constanlinople et de Vienne. Lecture faite au Comité d'hygiène. Paris, 1883.

sont dans les conditions d'aptitude à contracter le choléra. Tels sont en particulier les pèlerins musulmans qui viennent s'embarquer à Bombay pour se rendre à la Mecque.

4" Les épidémies de choléra qui se développent dans les régions de l'Inde où la maladie n'est pas endémique proviennent des foyers d'endémie et sont favorisées par les pèlerinages hindous.

5° Les épidémies observées parmi les pèlerins de la Mecque se rattachent également aux foyers d'endémie cholérique.

6° Une épidémie grave du choléra confère au pays ou à la localité qui en a été le théâtre une immunité plus ou moins complète et plus ou moins durable dont il est impossible de formuler la loi pour l'Europe^ mais qui, dans l'Inde, paraît avoir une durée de plusieurs années.

7° Dans le Hedjaz et en général dans les régions peu peuplées de l'Arabie, le choléra n'a qu'une faible tendance à se propager parmi la population autochtone.

8" Le fait d'une grande épidémie de choléra dans un pays quelconque est une preuve que le choléra n'y est pas endémique.

En somme, les faits nouvellement acquis à la science se rapportent à des questions à'immunité et les éclairent par un côté jusqu'ici méconnu.

PROUST. — Choléra. 9

130 CIlOLtoA.

L'étiologie et la prophylaxie du choléra en particulier peuvent y puiser des indications nouvelles.

Ces faits, d'ailleurs, paraissent être l'expression d'une loi qui embrasse toute une autre catégorie particuhère de maladies pestilentielles dues à un contage et laissant après elles une immunité plus ou moins durable.

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