HYGIÈNE INDIVIDUELLE
A . Précautions à prendre à l'état de santé. — On n'oubliera pas que, même dans les grandes épidémies, les personnes atteintes ne sont que l'exception, et que la maladie guérit souvent. Ceux qui ont peur résistent moins que les autres ; il faut donc s'efforcer de conserver le calme de l'esprit.
202 CIIOLKHA.
On évitera les fatigues exagérées, les excès de travail et de i)laisirs, les veilles prolongées, les bains froids et de trop longue durée, en un mot toutes les causes d'épuisement.
Le refroidissement du corps, surtout pendant le sommeil par les fenêtres ouvertes, les vêtements trop légers le soir après une journée très chaude, l'ingestion de grandes quantités d'eau froide, sont particulièrement dangereux en temps de choléra.
On doit éviter tout écart de régime et toute indigestion.
L'usage d'une eau de mauvaise qualité est une des causes les plus communes du choléra. L'eau des puits, des rivières, des petits cours d'eau, est souvent souillée par les infiltrations du sol, des latrines, des égouts, par les résidus de fabriques. Quand on n'est pas sûr de la bonne qualité de l'eau servant aux boissons ou à la cuisine, il est prudent d'en faire bouillir chaque jour plusieurs litres pour la consommation du lendemain, l'ébullition donnant une sécurité complète. L'on peut encore faire infuser dans l'eau bouillante une petite quantité de thé, de houblon, de centaurée, etc., et boire ces infusions mélangées au vin.
Les eaux de sources naturelles dites « eaux de table » rendent dans ces cas de grands services ; mais elles doivent être surveillées, car elles sont parfois fabriquées de toutes pièces, aux lieux de vente, avec de l'eau de médiocre qualité.
Los boulangers fabriquent souvent le pain avec l'eau des puits placés dans les cours des maisons ; le voisinage des fosses de latrines souille fréquemment cette eau.
Il faut renoncer complètement à se servir des puits on temps de choléra.
Il n'y a aucun inconvénient à faire un usage modéré de fruits bien mûrs et de bonne qualité ; on doit toujours les peler et, mieux encore, les manger cuits.
Cette recommandation s'applique surtout aux légumes; autant que possible il faut les faire cuire ; les salades, les radis, les produits maraîchers, pourraient à la rigueur retenir quelques germes dangereux répandus à la surface du sol.
Dans toutes les épidémies de choléra, on a reconnu que les excès de boissons et l'intempérance favorisaient au plus haut point les attaques de la maladie. Certaines personnes croient se préserver du choléra en buvant une quantité inaccoutumée d'eau-de-vie et de liqueurs alcooliques ; rien n'est plus dangereux : l'abstention complète vaudrait, encore mieux que le plus léger excès.
Les' glaces et les boissons glacées prises rapidement en pleine digestion ou le corps étant en sueur, peuvent déterminer en tout temps des indispositions ayant quelque ressemblance avec le choléra : il faut donc en faire un usage très réservé en temps d'épidémie.
B. Précautions à prendre en cas de maladie. — Le moindre trouble digestif peut être le prélude d*une attaque de choléra ; il ne faut jamais le négliger, et appeler immédiatement le médecin. Une attaque peut être prévenue ou arrêtée par un traitement rapide.
C'est le plus souvent par les matières de vomissement et les selles que le choléra se propage ; ces matières ne sont pas beaucoup moins dangereuses dans les attaques les plus légères que dans les cas les plus graves. Il faut donc les désinfecter et les faire disparaître le plus tôt possible de la chambre des malades.
On peut empoisonner toutes les latrines d'une maison en y jetant ces matières non désinfectées.
m CHOLÉRA.
Il faut d'abord mêler à chaque selle ou à chaque litre de matières liquides :
Ou bien un grand verre de la solution suivante de couleur bleue :
Sulfate de cuivre du commerce (1). 50 grammes. Eau simple 1 litre.
Ou bien une petite tasse à café de chlorure de chaux en poudre (environ 80 grammes).
Quelle que soit la saison, il faut établir une ventilation continue dans la chambre d'un cholérique, même pendant la nuit, par l'ouverture permanente d'une imposte ou d'un carreau mobile. Le refroidissement, qu'on peut d'ailleurs éviter en chauffant ou en couvrant le lit, est beaucoup moins à craindre que la corruption de l'air.
Il est préférable de déposer par avance le désinfectant au fond du vase destiné à recevoir les déjections.
L'acide phénique, le sulfate de fer, etc., excellents dans d'autres circonstances, seraient ici insuffisants ou inefficaces.
Les linges de corps ou de literie souillés par les déjections, doivent être plongés, avant de sortir de la chambre, dans un baquet contenant 20 litres d'eau auxquels on mêlera :
Ou bien 4 litres de la liqueur bleue ; Ou bien deux tasses à café (150 à 200 grammes) de chlorure de chaux sec qu'on noue dans un sac en toile.
(1) Le sulfate de cuivre en cristaux, ou couperose bleue, coûte environ 1 franc; le chlorure do chaux sec, environ 60 cenlimes, et le chlorure de zinc liquide à 45 degrés, environ 1 fr. à 1 fr. 50 lo Jtilogrammc.
On les retirera du baquet, en les tordant, au bout d'une demi-heure d'immersion dans ce liquide, qu'il suffit de renouveler tous les jours. Mais il faut remettre le linge, humide encore, au blanchisseur, qui le rincera immédiatement dans l'eau bouillante avant de le soumettre à la lessive commune.
Les pièces de vêtements susceptibles d'être lavées sont soumise au même traitement. Les pièces en drap et en tissus de laine seront envoyées, avec la literie, à l'étuve dont il sera parlé plus loin.
On peut toutefois les désinfecter au soufre, de la manière suivante : on les suspend dans un cabinet vide dont toutes les ouvertures sont bien closes , on asperge le sol avec un peu d'eau, pour rendre l'air humide, et l'on y fait brûler 30 grammes de fleur de soufre par mètre cube de l'espace ; le soufre sera placé dans un vase métallique, reposant lui-même au fond d'une cuvette à demi remplie de sable humide ; on se retirera rapidement après avoir allumé le soufre ; le cabinet ne sera ouvert qu'au bout de vingt-quatre heures.
Quand les vêtements sont profondément souillés et de peu de valeur, il est préférable de les brûler.
Les taches ou les souillures sur les planchers, les tapis, devront immédiatement être lavées à l'aide d'un chiffon, soit avec la solution bleue de couperose, soit avec un lait de chlorure de chaux obtenu en mêlant une cuillerée de chlorure sec à un litre d'eau. Le chiffon sera ensuite brûlé.
Autant que possible, les literies occupées par les malades devront être garnies de larges feuilles de papier goudronné ou de journaux, pour prévenir la souillure des matelas. Ces papiers seront détruits par le feu.
Les matelas tachés ou souillés devront être humectés, à l'aide d'un chiffon ou d'un tampon d'ouate, avec la so-
lution bleuodtendiie do cinq fois son volume d'onii, ou avec la solution de chlorure de chaux (une cuillerée à cafc' do chlorure sec par litre d'eau).
Ces matelas pourront dès lors être enlevés sans danger par des voilures spéciales et désinfectés dans des oluves, soit parla vapeur, soit par l'air chauffé à -|- 110 degrés environ,
En l'absence d'appareils ou d'établissements aménagés à cet effet, les matelas devront être étalés sur des chaises dans une chambre close et exposés pendant vingt-quatre heures aux vapeurs résultant de la combustion de 30 grammes au moins de soufre par mètre cube du local (soit 1 kilogramme de soufre (1) pour une chambre longue de 4 mètres, large de 3 mètres, haute de 3 mètres).
Deux fois par joui', dans les maisons où s'est produit un cas de choléra, on versera dans la cuvette des cabinets deux litres de la liqueur bleue, ou deux tasses à café de chlorure de chaux sec, délayé dans deux litres d'eau.
Une tasse à café de la liqueur bleue ou de chlorure de zinc liquide à 45 degrés devra être versée chaque soir dans les tuyaux d'évier, les plombs, les conduites des eaux ménagères.
Partout oia il sera possible, on établir^ sur le trajet des tuyaux de chute des siphons ou tubes en plomb ou en grès recourbés en U, afm d'empêcher le reflux des gaz de l'égout dans l'intérieur des maisons.
Les ordures ménagères et les rebuts de cuisines devront être gardés dans une caisse bien fermée, à couvercle; chaque jour on répandra à leur surface, soit un demi-verre de la solution de couperose bleue, soit une ou deux cuillerées de chlorure de chaux en poudre. Ces
(1) Le soufre en fleur coûte environ 59 centimes le kilogramme.
IIVSTIIUCTION.
débris seront descendus chaque soir dans une caisse métallique bien close, établie par le propriétaire dans la cour de chaque maison ; on en saupoudrera la surface avec du chlorure de chaux avant la nuit. Chaque matin-, cette caisse serait vidée dans les chaiTettes publiques par les soins des employés de la voirie, qui déposeraient une certaine quantité de chlorure de ctiaux au fond de la caisse vide pour la désinfecter.