CHAPITRE X
Traitement hygiénique et pharmaceutique du choléra.
En temps de choléra, dès qu'une personne a la diarrhée, elle doit l'arrêter en prenant, trois fois par jour, un paquet contenant :
Sous-nitrate de bismuth. i gramme.
Benzo-naphtol 75 centigr.
Si ce traitement ne suffit pas à supprimer la diarrhée, on prendra trois fois par jour 1 gramme de salol avant le repas. Et les repas ne seront constitués que par de la viande et des œufs.
Il importe absolument de guérir la diarrhée, qui souvent est déjà le choléra débutant et encore guérissable.
En Angleterre, on a parfaitement compris la nécessité de guérir la diarrhée prodromique. Dans les principales villes, on avait institué, pendant les épidémies précédentes, des médecins inspecteurs ayant sous leur direction un grand nombre d'élèves en médecine; et chacun de ces derniers visitait 4 à 5oo personnes pauvres. Les visites se faisaient chaque jour dans chaque ménage : le matin, avant le départ pour le travail, et le soir, lorsque tout le monde était rentré. On a vu ainsi l'épidémie diminuer rapidement, et ces mesures rassuraientvivementles populations.
Le même système a été expérimenté au Brésil. En France même, pendant l'épidémie de i865-i866, des visites journalières ont été faites dans les casernes et les collèges et ont pleinement réussi.
Quand le choléra s'est déclaré, quand la
diarrhée s'est transforme'e en véritable flux intestinal, il faut absorber chaque jour 6 à 7 grammes d'acide lactique dissous dans y5o grammes d'eau sucre'e. Ce médicament doit être absorbé par verre à bordeaux toutes les deux heures.
Contre les vomissements on donnera du Champagne par cuillerée à soupe toutes les heures, ou du cognac par cuillerée à café. Dans l'intervalle, le malade calmera sa soif par des cuillerées à soupe de thé, de café ou de boissons acides, comme la limonade citrique ou chlorhydrique (i gramme d'un de ces acides pour 200 grammes d'eau sucrée). On ne doit pas donner de grandes quantités de liquide à la fois, sinon les vomissements redoublent.
M. Constantin Paul a dit dernièrement, à la Société de thérapeutique, que Ton ne doit pas prescrire les opiacés dans le choléra. C'est une observation très juste. Les opiacés sont des poisons, et le cholérique ayant des
reins enflammés ne peut plus éliminer les poisons qui l'intoxiquent et hâtent sa fin.
Contre le refroidissement du corps il importe d'employer les bouillottes d'eau chaude.
La chambre d'un cholérique devra être aérée largement; mais on doit absolument éviter le courant d'air.
Si ce traitement n'a pas produit une amélioration sensible dans l'état du malade, il faut recourir aux injections intra-veineuses d'eau salée qui ont donné de bons résultats à M. le professeur Hayem, pendant l'épidémie de 1884. La solution employée doit contenir :
Eau distillée
Chlorure de sodium. . .
Sulfate de soude ....
On chauffe cette solution à 38° et on en injecte deux litres dans une veine du bras. Sous l'influence de cette injection, on obtient une véritable résurrection du malade, et sou-
1 litre.
5 grammes.
vent cette énorme amélioration est durable. M. Hayem n'a traité ainsi que les cas très graves, et il a obtenu 3o p. 100 de guérisons.
C'est là un très beau résultat. Mais quel que puisse être l'espoir dans la guérison du choléra, nous conseillons d'avoir encore un bien plus grand espoir dans les mesures préservatrices que nous avons longuement étudiées et qui mettront presque infailliblement à l'abri des atteintes de ce redoutable fléau.
TABLE DES MATIÈRES