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CHAPITRE IX

Précautions individuelles à prendre contre la contagion cholérique.

Nous avons vu quelles pre'cautions les nations et les municipalités doivent prendre : i° pour ne pas fournir au choléra un terrain favorable à son évolution; 2° pour ne pas le laisser pulluler et se propager s'il arrive dans une localité.

Ces mesures d'ordre général sont :

Ne pas répandre de matières fécales sur le sol ou dans les fleuves.

Ne pas tolérer les logements insalubres.

Ne faire boire que de l'eau de source.

Désinfecter par la chaleur, le sublimé, l'acide phénique ou ses dérivés, les linges, effets, ustensiles ayant appartenu aux cholériques.

Ne pas soigner les cholériques dans les hôpitaux généraux, les isoler dans les hôpitaux spéciaux.

Des précautions individuelles assez simples devront être prises dans les familles. Nous ne reparlerons pas de celles qui concernent l'usage de l'eau de boisson et de toilette -, nous les avons étudiées dans le chapitre précédent.

En temps d'épidémie cholérique, il faut penser que le lait peut être un agent de propagation de la maladie. En effet, on baptise souvent le lait, et l'eau employée à ce baptême peut être souillée. M. Kitasato a constaté un fait semblable sur un bateau qui avait pris de l'eau contaminée à Calcutta. Sur ce navire on avait mouillé le lait et on propagea

ainsi le choléra en pleine mer. Du reste, M. Adametz, de Vienne, a démontré que le bacille du choléra vit aussi bien dans le lait que dans l'eau.

La purification du lait ne peut pas être obtenue par la filtration qui le dépouillerait de ses principes nutritifs. On ne peut pas non plus y ajouter de l'alun ou un acide, parce que le lait doit rester pur, car il est destiné aux enfants et aux malades. Mais il peut être bouilli sans aucun inconvénient. M. Budin, à la Charité, a vu que les enfants nouveau-nés supportaient le lait de vache bouilli, aussi bien que le lait de femme. Les pesées journalières des enfants ne laissent aucun doute à cet égard. Ce lait ne contient aucun microbe vivant et jamais les enfants qui en usent n'ont la diarrhée.

Le meilleur moyen pour avoir du lait stérilisé qui se conserve intact pendant vingtquatre heures, est celui qui a été proposé par Soxhlet, de Munich. On met dans une bou-

teille à goulot évasé, la quantité de lait nécessaire pour un repas, et on fait chauffer ce lait au bain-marie pendant 3o à 40 minutes. Pour que les germes ne pénètrent pas dans^ les bouteilles lorsqu'elles ont été retirées du bain après avoir séjourné dans l'eau bouillante, un disque en caoutchouc assez épais est placé sur l'ouverture de la bouteille et maintenu en place par une capsule en métal, ce disque en caoutchouc laisse passer la vapeur d'eau qui le soulève pendant le bain-marie. Lorsque la bouteille se refroidit, la vapeur d'eau contenue dans son intérieur se condense, un vide relatif se produit alors et le disque en caoutchouc s'enfonce dans le goulot sous l'influence de la pression atmosphérique. Tant que ce disque reste fortement déprimé, on est sûr que l'air n'a point pénétré dans l'intérieur de la bouteille. Le lait qui a été simplement chauffé au bain-marie, qui n'a pas bouilli au grand air, a conservé une saveur fort agréable. Au moment du repas,

on fait sauter le disque en caoutchouc. • Il faut aussi se méfier du beurre, car le microbe du choléra vit de trente à quarante jours dans cet aliment.

On fera bien de ne pas manger des fruits et des légumes crus qui ont toujours pu toucher la terre. Et quand cette terre a été irriguée avec des matières fécales, comme l'est celle de la plaine de Gennevilliers, elle peut être très dangereuse.

En temps d'épidémie cholérique, il faut éviter les fatigues excessives et les refroidissements non suivis de réaction. Il faudra toujours être suffisamment couvert le jour et la nuit. Aussi est-il prudent de porter une .ceinture de flanelle.

On doit user d'une alimentation régulière et ne pas se livrer à des écarts de régime. Les mauvaises digestions suppriment la sécrétion du suc gastrique normal qui est acide et qui est un rempart contre le choléra, parce que le bacille-virgule est tué par les

acides. En outre, les digestions défectueuses font pulluler, dans l'intestin, des microbes qui répandent des poisons funestes à la résistance de l'organisme. On sait aujourd'hui que les associations microbiennes sont très dangereuses, et qu'il est beaucoup plus dangereux d'être en même temps la proie de deux microbes que d'un seul.

C'est surtout par le contact que se transmet le choléra. Les gens, parents, gardes-malades, médecins qui approchent les cholériques, touchent des parties du corps, des linges ou des ustensiles souillés par des vomissements ou des déjections, puis ils touchent du pain, des fruits, des gâteaux, un cigare, ou bien ils mettent leurs mains à leurs lèvres et à leurs moustaches et ils avalent ainsi un germe cholérique. Bien plus, s'ils serrent la main d'un ami, ils peuvent lui communiquer ce même germe. Le lavage constant des mains est donc en ce moment une pratique d'une utilité incontestable.

Il existe encore bien d'autres pre'cautions individuelles aussi simples que les préceptes de la civilité puérile et honnête; c'est, par exemple, de ne pas transformer les lieux d'aisances en cloaques et, malheureusement, il faut bien le dire, dans les trois quarts des maisons de Paris, même dans les étages supérieurs des plus belles habitations, dans les sixièmes où sont entassés les domestiques, il existe des foyers d'infection qui empoisonnent les corridors et les escaliers, et où les semelles des chaussures s'imprègnent des germes les plus putrides. Si un cholérique a passé par là, votre soulier contaminera le domestique, ou le décrotteur qui le nettoiera, ou le cordonnier qui le réparera.

On devrait bien améliorer l'état des cabinets d'aisances des hôtels meublés anciennement construits dans les villes de province et même à Paris. J'ai habité à Paris dans quatre hôtels fort bien fréquentés, mais anciennement construits, dans lesquels les cabinets

d'aisances sont à peine éclairés et ne possèdent pas l'eau à volonté; on y voit un pauvre petit broc qui le plus souvent est vide. Je ne comprends pas comment la préfecture de police, qui peut avoir tant d'action sur les hôtels et les garnis, n'use pas de son influence légitime pour imposer le nettoyage de ces cabinets d'aisances. Elle supprimerait ainsi de nombreux foyers d'infection. Elle devrait bien entreprendre en ce moment cette campagne sanitaire. La peur du choléra ferait tolérer sans murmures une petite contrainte d'ordre hygiénique.

En présence du danger de l'absorption des germes par les poussières introduites dans la bouche, nous conseillons de se brosser les dents plusieurs fois par jour à l'aide d'une brosse humectée avec de l'eau bouillie, pure ou savonneuse. Puis, on se lavera la bouche avec une solution contenant un peu d'acide citrique qui tue le microbe du choléra. Il ne suffit pas de se rincer la bouche; il faut bros-

ser, pour enlever mécaniquement les détritus qui emprisonnent les germes et qui ne sont nullement attaqués par un simple lavage. La désinfection doit toujours être à la fois mécanique et chimique. L'action mécanique doit permettre de placer le microbe en présence de l'agent microbicide, de détruire toute barrière qui pourrait les séparer; ces barrières sont les poussières, les enduits, les détritus organiques, les graisses. Ce que nous disons pour la bouche s'applique exactement aux mains qui peuvent avoir touché des objets ou des êtres contaminés.

Il faut aussi aspirer par le nez de l'eau désinfectée, car on peut absorber des poussières infectées par la muqueuse de cet organe.

Enfin il faudra éviter d'aller se promener sur les bords et sur l'eau des fleuves et rivières empoisonnés par le tout à l'égout, ou plutôt par le tout à la rivière.

En un mot, si l'on est propre et sobre, on est à peu près certain de ne pas devenir la

proie du choléra. Aussi j'espère que nos lecteurs peuvent être rassurés.

Quand, dans une famille, un cas de choléra se sera déclaré, il faudra prendre les mesures protectrices suivantes :

Toutes les déjections du malade, urines, matières fécales, vomissements, seront traités par l'acide sulfurique; on emploiera chaque fois i à 4 cuillerées à café d'acide du commerce. Les vases, assiettes, cuvettes, verres, seront lavés avec de l'eau contenant 2 p. 100 d'acide sulfurique.

Tous les linges qui toucheront le malade seront, dans la maison, plongés pendant un quart d'heure dans l'eau bouillante; il faudra bien se garder de les envoyer au blanchissage. Après le trempage dans l'eau bouillante, il faudra frotter ces linges vigoureusement avec la brosse imbibée de savon. Les couverts et objets de toilette seront traités de la même façon.

Les personnes qui soignent les cholériques

devront, une dizaine de fois par jour, se laver les mains avec la solution suivante :

Sublimé corrosif 1 gramme.

Acide chlorhydrique. . . 10 — Eau 10 litres.

Ou bien avec une solution contenant :

Acide phénique 9 grammes.

Acide salicylique .... 1

— lactique 2

Eau io litres.

Cette dernière solution est faite avec le phénosalyl propose par le docteur de Christmas.

Quand la maladie se sera termine'e par la guérison ou la mort du malade, il faudra envoyer les matelas, tapis, tentures, couvertures, gros linge, à l'étuve. On pulvérisera, dans la chambre du malade et dans les chambres voisines, une solution de sublimé au millième. Pendant cette pulvérisation et les deux heures qui suivront, ces chambres

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seront hermétiquement closes. Puis on nettoiera les meubles en les frottant avec de la mie de pain, que l'on aura bien soin de brûler après s'en être servi. On se sert de la croûte comme du dos d'une brosse et on frotte avec la mie. Enfin, on aérera la chambre du malade pendant deux ou trois jours avant de l'habiter de nouveau. Avant de balayer le plancher, on le lavera avec la solution acide de sublimé corrosif; on lavera aussi avec ce liquide la cheminée, la table de nuit et les parties des murs qui ne sont recouvertes ni de papier ni de tentures. Si le cholérique meurt, son corps devra être lavé avec la solution de sublimé corrosif. Les personnes qui l'enseveliront devront se laver les mains avec cette solution, car les bacilles du choléra sont encore vivants dans un cadavre onze jours après la mort.

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