CHAPITRE PREMIER
Le choléra dans le Finistère de 1833 à 1886.
SOMMAIRE. — S Ier. Renseignements statistiques. Superficie des communes;
— population: population rurale; population éparse; étrangers; familles sans enfants ; âge moyen ; natalité et mortalité ; — degré d’instruction ; — assistance publique ; — - consommation de l’alcool. — S 2. Épidémies de choléra.
— tableau général.
Le Finistère offre au statisticien un spectacle singulier. On y rencontre les extrêmes. C’est un des trois départements où la mortalité est le plus élevée, et un des trois où l’excédent des naissances sur les décès est le plus fort1. Nulle part la misère n’est plus grande et nulle part elle n’est supportée avec plus d’insouciance, je dirais presque d’inconscience. Les secours médicaux y sont rares; les habitants en éprouvent peu le besoin ; un grand nombre naissent, vivent, meurent, sont enterrés sans l’approche d’un médecin. L’hygiène publique ou privée y est inconnue. L’ivrognerie y est répandue même parmi les femmes. Et c’est une contrée si attachante, la race y possède des qualités si fortes et si nobles, la nature s’y montre avec un tel caractère de sauvage ou de mélancolique poésie que ceux qui l’ont une fois habitée ne l’oublient pas et gardent à jamais au cœur le désir de la revoir.
* Mortalité en 1 885 : 1° Bouches-du-Rhône: 29,8; 2° Finistère: 29,4: 3° Pyrénées-Orientales 27,8 ; etc. ( Statistique générale de la France, année i885, carto n° 20). En 1889, le Finistère se classait le troisième dans le calcul de l’excédent des naissances sur les décès. Il était primé par la Corse et le Pas-de-Calais.
§ Ier. — Renseignements statistiques.
La superficie moyenne des communes de France est de 1.462 hectares et la moyenne de leur population était, en 1886, de i.o58 habitants. La superficie moyenne des communes du Finistère est de 2. 3og hectares et leur population moyenne était, en 1886, de 2.43o habitants.
La population du Finistère s’est accrue, de 1801 à 1886, de 6i3 individus par chaque millier d’habitants recensés en 1801 , alors que pour toute la France cet accroissement a été de 4 18. Cependant dans trois arrondissements, sur cinq, l’accroissement a été au-dessous de la moyenne : ce sont ceux de Châteaulin (population en 1886 : 115.508) où il a été de 396; de Morlaix (population en 1886 : 142.771) où il a été de 391 ; de Quimperlé (population en 1886 : 56.175) où il n’a été que de 267. Mais dans l’arrondissement de Brest (population en 1886 : 227.454 habitants), l’augmentation a été de 777 pour chaque millier d’habitants recensés en 1801, — ■ et dans l’arrondissement de Quimper, l’accroissement a été bien plus considérable encore ; la population y a plus que doublé; l’augmentation a été de 1.037 (population en 1886 : 165.912).
La population totale du Finistère était en 1886 de 707.820 habitants.
La population rurale, c’est-à-dire celle des communes n’ayant pas 2.000 habitants agglomérés, était en France, en 1886, de 49,3 habitants par kilomètre carré ; elle était dans le Finistère de 89, 5 habitants. Tandis que pour l’ensemble du pays la proportion de la population rurale à la population urbaine tombait, en trente ans, (i856-i886) de 72,69 p. 100 à 64, o5 p. 100, soit un abaissement de 8,64 P- 100, cette même proportion dans le Finistère, qui n’échappait pas absolument à ce mouvement d’émigration des campagnes vers les villes, ne diminuait pendant la période trentenaire que de 3,o3 (79,13 à 76,10) et restait, en 1886, supérieure à ce qu’elle était pour toute la France en i846 (75,48).
La population éparse, c’est-à-dire celle qui n’est pas groupée autour du clocher, étant en moyenne en France de 36,4 pour 100 habi-
tants, est de 66 p. ioo dans le Finistère. Cependant le Finistère est un des cinq départements où l’on compte le moins d’individus vivant isolés (1,9 p. 100 alors que la moyenne pour la France est de 4.25) ; c’est celui où la composition moyenne des ménages compte le plus de personnes, soit 4,9 personnes par ménage. Le département qui se place à cet égard immédiatement après celui du Finistère est le Morbihan, où la moyenne est de 4,7 personnes par ménage. La moyenne pour l'ensemble de la France est de 3,9.
Les étrangers sont peu nombreux dans le Finistère et l’immigration même de Français y est faible. Sur 100 Français recensés dans le département en 1886, 95,2 y étaient nés. Sur 100 Français recensés. dans le département de la Seine, 4o,6 y étaient nés. La moyenne pour la France des personnes recensées dans le département où elles étaient nées a été de 84- Dans le Finistère, on a compté 64 Suisses, 2 Espagnols, 89 Italiens, 21 Belges, 25 Allemands, 226 Anglais, ensemble 427 étrangers, soit o,65 pour 1.000 habitants. Cette proportion des étrangers était pour la France 45 fois plus forte : 29,17 pour 1.000 habitants, environ 3 p. 100.
Les familles qui n’ont pas d’enfants sont en moyenne pour toute la France dans la proportion de 20 p. 100. Cette proportion, dans le Finistère, est de 11,7 p. 100. Ce sont le Finistère et les Côtesdu-Nord qui fournissent le plus grand nombre de familles ayant sept enfants (6,4 p. 100 dans le Finistère; 6,5 p. 100 dans les Côtes-du-Nord). Ce sont encore ces deux départements où le nombre moyen d’enfants par famille ayant des enfants est le plus élevé : 3,4o dans le Finistère, 3,4i dans les Côtesdu-Nord. Le nombre moyen n’est que de 2,59 pour la France.
L’âge moyen est peu élevé parmi cette population si nombreuse, si imprégnée de l’esprit de famille, mais mal soignée et vivant dans des conditions hygiéniques déplorables. Au recensement de 1886, l’âge moyen des personnes recensées était en France de trente et un ans neuf mois dix-huit jours. Cet âge tombait dans quelques départements à vingt-neuf, à vingt-huit ans. Dans deux départements, le Nord et les Landes, il descendait à vingt-sept ans. Dans un seul il fut au-dessous de vingt-sept ans, c’est le Finistère où l’âge moyen de la population recensée s’est trouvé être de vingt-cinq ans huit mois et dix jours.
Natalité et mortalité. — D’après les relevés de l’état civil', le taux delà natalité pour la France, pendant la période de 1881 à 1886, dates des deux derniers dénombrements publiés, a été de 24,60 naissances pour 1.000 habitants.
Pour la même période, dans le Finistère, le taux de la natalité a été de 34,32 naissances pour 1.000 habitants.
Le taux de la mortalité pendant la même période, de 1881 à 1886, a été en France de 22,44 décès pour 1.000 habitants.
Dans le Finistère le taux de la mortalité, pendant la même période, a été de 28,92 décès pour 1.000 habitants1 2.
Ainsi, de 1881 à 1886, l’excédent des naissances sur les décès a été, en France de 2,16 3 pour 1.000 habitants, et dans le Finistère de 5,4o 4.
L'instruction ne se sépare guère de l’hygiène générale. Les progrès de celle-ci sont liés aux progrès de celle-là. L’obligation de l’enseignement primaire n’a pas encore produit en Bretagne les effets qu’il est permis d’en attendre. En i885, le nombre des conjoints qui n’ont pas pu signer leur acte de mariage a été, pour l’ensemble de la France, de 16, 5 p. xoo ; il a été de 48,8 dans le Morbihan et de 44,6 dans le Finistère5.
L’ assistance publique dans le Finistère est rudimentaire. Les bureaux de bienfaisance ayant fonctionné en i885 étaient en France au nombre de 1 4 • ^74 ; la proportion des communes pourvues de bureaux éta’t de 4o,35 p. 100. Dans le Finistère, quarante et une communes sur deux cent quatre-vingt-onze, soit 14,09 p. 100, ont des bureaux de bienfaisance.
Les établissements hospitaliers (hospices et hôpitaux) donnaient pour la même année en France (moins la Seine et la Corse) 5 1.443 lits d’hôpital et 66.755 lits d’hospices, soit 1,47 lits d’hôpital et
1 Statistique générale de la France. 1888, pp. 7 4 et suiv.
2 Le taux de la mortalité a toujours été très élevé dans le Finistère. J’ài fait le calcul pour la période décennale de i8a3 à i832 et j’ai relevé une mortalité annuelle de 33,43 pour 1.000 habitants. Pour l’année i83i, les Recherches statistiques sur le département du Finistère (Nantes, Mellinet, i835) constatent une mortalité de 29,86 p. 1.000. Population: 524. 396. Décès: 10.660, dont 3.574 d’enfants de moins d’un an! Naissances : 19.500. Excédent des naissances sur les décès : 7,32.
5 II est tombé à 1,2 en 1888, et à 0,9 en supprimant l’élément étranger.
4 De 1821 à 1886, la moyenne de l’augmentation annuelle de la population du Finistère a été de 3.447 habitants (483.747 habitants en 1821; 707.820 en 1886).
5 Pour les trois années 1829 à i83i, la proportion du contingent des conscrits sachant lire et écrire était de i5,85 p. 100 ( Recherches statistiques sur le Finistère. Nantes i835, ire livraison, p. 32).
1,90 .lits d’hospice pour x.ooo habitants. Dans le Finistère, le nombre de lits d’hôpitaux n’est que de 0,92 pour 1.000 habitants. Le nombre des lits d’hospice est au-dessus de la moyenne : 2 lits pour 1.000 habitants.
Une grande partie de la population malade non hospitalisée est privée de soins. En France, le nombre des docteurs en médecine et officiers de santé est de 14.789 (11.995 docteurs, 2.794 officiers de santé), soit un docteur ou officier de santé pour 2.585 habitants. Dans le Finistère, nous ne trouvons plus que io3 docteurs et officiers de santé (90 docteurs, i3 officiers de santé), soit un docteur ou officier de santé pour 6.878 habitants.
Si l’on retranche de ce calcul, tant pour la population que pour le nombre des médecins, les villes de Brest, de Quimper et de Morlaix, on arrive à ce résultat que dans la population rurale il y a en moyenne un médecin pour g.45i habitants et pour io.5oo hectares. Huit cantons ne possèdent ni docteur en médecine ni officier de santé. Je citerai notamment le canton de Bannalec dont la population est de 11.963 habitants et la superficie de 19.616 hectares : pas de médecin ; celui de Plougastel-Saint-Germain, dont la population est de 18.764 habitants et la superficie de 22.906 hectares : pas de médecin.
J’emprunte à un rapport que j’ai récemment adressé à M. le ministre de l’intérieur et qui a été publié dans le recueil des travaux du conseil supérieur de l’assistance publique1, le chiffre de quelques-unes des dépenses faites en i885 par le département du Finistère pour des objets d’assistance:
Service de la vaccine: 6.24g fr. 74. C’est un des dix départements où cette dépense a atteint le chiffre le plus élevé. Le service n’en est pas moins très défectueux, car le Finistère est aussi un des départements où la variole fait le plus de ravages.
Pour la médecine gratuite dans les campagnes, le département a dépensé la somme beaucoup trop faible de 3.342 fr. 95.
Frais de séjour d’indigents dans les hôpitaux : 1 7. 85g fr. 79.
La somme totale des dépenses d’assistance restées en i885 à la charge du département, après défalcation des subventions de l’Etat et du contingent des communes, a été de 269.761 fr. 44, dont 166.767 fr. 66, c’est-à-dire plus de 61 p. 100, ont été absorbés par
Statistique des dépenses publiques d’assistance fuites en France pendant l'année 1885.
le service des aliénés : l’alcoolisme peuple de plus en plus copieusement l’asile de Saint-Alhanase (hommes) et le quartier -hospice de Morlaix (femmes).
Le service des enfants protégés n’est pas organisé dans le Finistère. La loi Roussel n’y est pas appliquée. Il serait bien nécessaire de l’appliquer et de défendre les nourrissons contre les pratiques meurtrières de la routine et de l’ignorance, car le Finistère est un des départements où la mortalité infantile est le plus élevée ; mais la loi Roussel n’a pas inscrit les dépenses que nécessite son exécution au nombre des dépenses obligatoires et les efforts des préfets ne réussissent pas à vaincre sur ce point les résistances du conseil général.
Le Finistère n’a pas de dépôt de mendicité ; il n’a passé aucun traité avec un département pourvu d’un tel dépôt. Il n’a donc aucun moyen de donner un asile aux individus sans travail et dénués de ressources, et les tribunaux ne peuvent pas dans le Finistère faire application aux mendiants de l’article 274 du code pénal.
Sur 100 francs dont la dépense est constatée au compte départemental de i885, i4 fr. 90 ont été employés à des objets d’assistance, ce qui classe à cet égard le département du Finistère au 21e rang. Il prend le 7e rang si l’on envisage le rapport entre les dépenses d’assistance et les contributions départementales. Mais si l’on cherche la proportion de ces dépenses au nombre des habitants, on trouve que le Finistère descend au 80e rang ; il ne dépense en effet pour l’assistance que 38 centimes par habitant, ce qui démontre une fois de plus que c’est un département populeux et pauvre.
La consommation de l'alcool dans le Finistère complète d’une façon instructive la physionomie de ces renseignements statistiques. Ce département, si misérable, si peuplé d’enfants, est l’un de ceux qui boivent le plus d’alcool. Neuf départements : les cinq de Normandie (Seine- Inférieure, Calvados, Eure, Orne, Manche), l’Aisne, le Pas-de-Calais, la Somme, l’Eure-et-Loir, en consomment encore plus que lui ; mais ceux-là sont des départements riches. Le Finistère est le seul département pauvre où la consommation annuelle s’élève à près de 6 litres d’alcool pur par tête d’habitant. La moyenne pour la France est de 3, g. L’on devine quelles sortes d’alcools absorbent ces pauvres gens. La brièveté de leur vie n’a pas de quoi surprendre.
S 2. — Épidémies de choléra.
Toutes les épidémies de choléra qui ont visité la France ont frappé le Finistère. L’on trouvera ci-après un tableau général des décès causés par ces épidémies (du moins de ceux dont la trace subsiste), et pour chaque épidémie une carte des communes où des décès se sont produits. Les chiffres d’après lesquels ont été faits le tableau et les cartes m’ont été obligeamment fournis par M. le Dr Michaud, médecin major au 1 18° de ligne. M. Michaud a compulsé avec une patience de bénédictin les rapports officiels des municipalités et de la gendarmerie entassés dans les archives soit de la préfecture du Finistère, soit du conseil de santé de la marine à Brest. Pour certaines communes, on a trouvé des indications relatives au nombre, non seulement des morts, mais des guérisons. J’ai dù écarter de mon travail les cas non suivis de mort. Les nombres donnés n’offraient aucune vraisemblance. Dans telle commune l’on signalait 60 guérisons pour un décès.
Trois circonstances sont communes à toutes les épidémies : dans toutes, Brest est atteint; dans toutes, l’épidémie a un caractère maritime et frappe surtout les communes qui confinent à la mer ; dans toutes, l’épidémie chevauche d’une année sur l’autre, traversant l’hiver.
Première épidémie: 1832-4833 (Planche n° i). — Les renseignements font défaut à la préfecture; ceux qui vont suivre sont empruntés aux archives du conseil de santé de la marine à Brest. Ils sont incomplets et inexacts. L’on a évidemment arrondi les chiffres : sur onze, il y en a neuf qui se terminent par un zéro ou par un 5.
D’après ces archives, le choléra est à Quimper le 28 mai i832. Le 26 juin, il est à Recouvrance, et de là s’étend à la ville même de Brest. L’on envoie des médecins de la marine le 24 juillet à Morlaix, le 23 août à Douarnenez, le 25 novembre à Quimperlé, le même jour à Roscoff. Cependant il n’existe aucune indication de décès cholériques ni à Quimper, ni à Quimperlé, ni à Douarnenez. Une seule commune du sud est indiquée comme atteinte, c’est la commune d’Esquibien, qui touche Audierne, et où se seraient produits 20 décès. J’ai fait néanmoins figurer sur la carte les communes de
Quimper, de Quimperlé et de Douarnenez comme ayant eu plus de
Dans le nord, l’épidémie aurait été très meurtrière : a Brest, 700 décès et à Lambézellec, qui est comme un faubourg de Brest, i32 décès ; à Morlaix, 55o et dans les communes voisines de Morlaix Garlan, Loquirec, Plougasnou, Roscoff, Plouégat-Guerand, i5,20, 60, 75, 95 décès. La petite île Molène, près de Brest n a été visitée par le choléra que dans cette première epidemie de i832 • le choléra y a fait 18 victimes. Ce que l’on connaît se résumé ainsi . onze communes atteintes: ! .73o décès. C’est 1 épidémie ou le nombre de décès est le plus considérable, et encore sommes-nous loin de la réalité, puisque nous ignorons le nombre des morts a Quimper, a Quimperlé, à Douarnenez et probablement dans d autres localités, comme à Saint-Pierre-Quilbignon ; car quelle probabilité que la partie de cette commune qui touche Brest, prise dans toutes les autres épidémies, ait été épargnée dans celle-là ?
Le mal, bien qu’en décroissance, n’avait pas disparu au commencement de i833 ; quelques cas se produisent çà et la et 1 epidemie traîne jusqu’à la fin du mois de novembre.
Deuxième épidémie: 1834-1835 (Planche n» 2). - 1.167 décès.
NOM
DES COMMUNES
Brest
Hanveo
Guipavas
Lambézellec
S'-Pierre-Quilbignon .
La Feuillée
Camaret
Quimperlé
Lannilis
Quimper
Crozon
Locronan
Pont-l’Abbé
Cléden-Cap-Sizun . .
Audieme
Ile Tudy
DATE
DU PREMIBR DÉCÈS.
DATE
DU DERNIER DÉCÈS
NOMBRE
DE DÉCÈS
3 novembre i834....
2^ juillet i834. •••»••
2 3 novembre
18 septembre
1er octobre
i3 novembre
i5 novembre
jer décembre
21 février x 835
2 5 décembre • • •
3 janvier i835
Planche i .
FINISTERE.
Choléra de 1832-1833.
Planche 2 .
FINISTÈRE
Choléra de 1834-1835.
Ainsi le choléra débute à Brest à la fin de juillet i834. Au mois d’août, il essaime dans les communes environnantes, à Lambézellec, à Saint-Pierre- Quilbignon, à Guipavas, et s’installe dans la commune d’Hanvec, où il reste trois mois, du 12 août au 18 novembre et cause 60 décès, très probablement au bord de la mer, spécialement dans le hameau de Perros. D’Hanvec, le fléau envahit au milieu de septembre la Feuillée, commune entièrement rurale (plus de 2.000 habitants en 1886, dont 45o agglomérés) : 5o victimes. Le mal ne paraît pas s’être étendu aux communes environnantes. Il est probable que c’est directement de Brest que Camaret, à l’extrémité de la presqu’île de Crozon, à l’entrée de la rade de Brest, le reçoit vers la fin de septembre. Il y reste un mois et y cause 107 morts dans une population qui ne devait guère alors dépasser 1.200 habitants. Le 7 octobre, un décès a lieu dans la commune voisine, Crozon, chef-lieu du canton, et là l’épidémie fait rage jusqu’à la fin de novembre : le nombre de ses victimes s’élève à 356. Avant même que Crozon fût atteint, Quimper l’était ; le premier décès y date du Ier octobre. Aucune épidémie de choléra n’y a été aussi meurtrière ; en un mois et demi i54 décès, le dernier étant du i3 novembre. Le fléau gagne Locronan, petite commune rurale où les maisons sont éloignées les unes des autres et où il met vingt-neuf jours à faire i5 victimes ; Pont-l’Abbé, au sud (18 décès); Cléden-Cap-Sizun, à l’ouest, dans la presqu’île qui aboutit à la pointe du Raz (n décès). Le dernier des décès de Cléden-Cap-Sizun a lieu le Ier décembre. Si les chiffres qui nous sont parvenus sont complets, l’on a dû se croire alors délivré ; depuis le 3 novembre, il n’y a plus de décès à Brest; depuis le i3 novembre, il n’y en a plus à Quimper; le mois de décembre s’écoule, il va finir, on ne signale plus aucun cas sur aucun point du département. Mais voici que tout à coup, le jour de Noël, un décès cholérique se produit à Audierne, puis un autre, puis d’autres; pour les habitants de ce port, l’année i835 commence en pleine épidémie et celle-ci ne s’y arrête que le 21 février, après avoir tué 67 personnes. Elle a, en outre, suivi la côte, est entrée à l’île Tudy, à côté de cette commune de Pont-l’Abbé où il n’y a plus de décès depuis le 28 novembre, y fait une première victime le 3 janvier; celle-ci est suivie de i5 autres dont la dernière meurt le 22 février et fournit le dernier décès signalé de l’épidémie de i834-i835.
Troisième épidémie: 18h9-1850 (Planche n° 3). — Si le Finistère a eu l’épidémie de Crozon en i834, il a, en 1849, eu l’épidémie de Douarnenez, étant bien entendu que toutes les épidémies frappent Brest aussi bien que les deux communes contiguës, Lambézellec et Saint-Pierre-Quilbignon. En dehors de Brest, c’est surtout autour de Douarnenez qu’en 1849 fléau étend ses ravages : à Douarnenez même, 260 décès; à Ploaré, 60; à Plonévez-Porzay, 3i; à Pouldergat, 5o ; à Poullan-Tréboul, i46.
Le nombre des communes où se sont produits des décès est de quarante-deux; le nombre total des décès est de 1.456.
Dans cinq communes, il n’y a eu qu’un décès; dans six, 2; dans deux, 3 ; dans une, 4-
Dans quinze communes, il y a eu de 5 à 19 décès : trois dans l’arrondissement de Brest : Gouesnou (6 décès) ; Lampaul-Ploudalmézeau, tout au nord de l’arrondissement (9 décès) ; Landerneau (i5 décès); — deux dans l’arrondissement de Morlaix: Locquenolé (9 décès); Ploujean, qui touche à Morlaix (5 décès); — trois dans l’arrondissement de Châteaulin : Roscanvel, qui est dans la presqu’île de Crozon (6 décès) ; le Faou (i5 décès); Carhaix, loin dans l’intérieur, sur la limite du département des Côtes-du-Nord et où devait se produire une épidémie beaucoup plus sérieuse en i865 (5 décès) ; — six dans l’arrondissement de Quimper : île de Sein (8); Esquibien (7); Audierne (i3) ; Pont-Croix (8) ; le Guilvinec (10); île Tudy (5); — enfin 10 décès se sont produits à Quimperlé.
Dans treize communes on a relevé plus de 20 décès cholériques : quatre dans l’arrondissement de Brest : Brest (338) ; Lambézellec (1 13) ; Saint-Pierre-Quilbignon (5 1) ; Guipavas (86); — deux dans l’arrondissement de Morlaix : Morlaix (5o) ; Saint-Pol-de-Léon (3i) ; — deux dans l’arrondissement de Châteaulin; Crozon (32); Plonévez-Porzay (3 1) ; cette dernière commune est presque contiguë à Douarnenez ; — cinq dans l’arrondissement de Quimper : Douarnenez (260); Ploaré (60) ; Pouldergat (5o); Poullan-Tréboul ( 1 46) ; Quimper (5o). Ces derniers chiffres n’ofirent pas une entière sécurité, ils paraissent avoir été arrondis.
Voici le tableau des décès dans l’ordre chronologique du premier décès dans chaque commune.
FINISTÈRE
Choiera clc 1849-1850.
NOM
DES COMMUNES
Brest
St-Pierre-Quilbignon. .
Bodilis
Quimperlé
Douarnenez
St-Pol-de-Léon
Henvic
Locquenolé
Poullan-Tréboul
Piogastel-St-Germain .
Landudec
Pouldergat
Ploaré
Crozon
Roscanvel
Camaret
Gouesnou
Guipavas
Plonévez-Porzay
Plomodiern
Audierne
Morlaix
Guilvinec
Ploujean
Le Faou
Rosnoen
Landevennec
Landerneau
Guerlesquin
Plouigneau
Plobannalec
Goulien
Esquibien
Carhaix
Plounévezel
Pont-Croix
Quimerch
Ile de Sein
Lampaul Ploudalmézeau
lie Tudy
Quimper
DATE
PREMIER DÉCÈS
septembre i84g '
septembre ‘ .
4 octobre
5 octobre
17 octobre.
octobre . .
novembre
novembre décembre .
20 janvier i85o.
DATE
>U DERNIER DÉCÈS
26 décembre i84g.
6 décembre
5 décembre
12 octobre
i5 novembre.
i5 décembre.
3o décembre.
22 novembre.,
g décembre.
1 1 décembre .
27 novembre
16 décembre.
U décembre
3 janvier i85o.
10 mars
NOMBRE
DE DÉCÉS.
’ Cette date m’est fournie par le rapport de M. Briquet « sur les épidémies de choiéramorbus de 1817 à 1850. » ( Mémoires de l’académie de médecine, t. XXVIII, p. 219.
Le fléau se montre donc d’abord à Brest.
D’après les registres de la préfecture, quelques décès cholériques
se seraient produits dès les mois de juillet et d’août i84g: 3 le 8 juillet, dont un à Port-Launay, aux portes de Châteaulin; un à Leuhan, sur la limite des arrondissements de Châteaulin, de Quimper et de Quimperlé ; un à Baye, au sud de l’arrondissement de Quimperlé ; d’autres, les g juillet, 6 et g août ; mais il paraît évident que ces décès, se produisant sur des points très distants les uns des autres et restant isolés, ne sont pas dus au choléra asiatique. En réalité, c’est à Brest, au commencement de septembre, que l’épidémie débute.
Toutes les communes qui entourent Brest sont prises successivement: Saint-Pierre-Quilbignon, Gouesnou, Guipavas. A Lambézellec, l’on ne signale le premier décès que le 16 octobre ; mais il y a probablement là quelque omission. A Brest même, l’épidémie dure trois mois pleins; l’on enregistre 338 décès cholériques; le dernier a lieu le 26 décembre. Landerneau est atteint le 22 novembre; nous ne savons pas combien de temps y a duré l’épidémie ; elle a causé i5 décès.
Cependant dès le 2 g septembre un décès se produisait à Douar nenez. Proportionnellement bien plus meurtrière qu’à Brest, l’épidémie ne s’est arrêtée que le 5 décembre, après avoir emporté 260 personnes. Elle a frappé violemment toutes les communes environnantes. Elle envahit Audierne sans cesse en relations avec Poullan-Tréboul (premier décès à Poullan-Tréboul : 5 octobre ; premier décès à Audierne: 18 octobre). Le 22 novembre, le dernier décès a lieu à Audierne, mais le 28, il y en a un à Goulien, le 2g, un à Esquibien, le 3o, un à Pont-Croix et, le 2 décembre, le fléau entre à l’île de Sein. Il se présente le 10 novembre au Guilvinec, dont les rapports avec Douarnenez sont les mêmes que ceux d’ Audierne avec Poullan-Tréboul; il cause 2 morts à Plobannalec et 5 à l’île Tudy, où il débute le jour de Noël, comme à Audierne l’épidémie de x834- Ce n’est qu’à la fin de janvier i85o que Quimper est atteint; l’épidémie y dure près de deux mois, du 20 janvier au 10 mars ; elle y fait 5o victimes.
Revenons au nord du département. Peu de jours après la ville de Brest, Bodilis, dans l’arrondissement de Morlaix, était touché (24 septembre); puis Saint-Pol-de-Léon (4 octobre); puis Morlaix (10 novembre), Ploujean (16 novembre), Guerlesquin (26 novembre). Dans cette région, qui devait être si rudement éprouvée en i854, l’épidémie restait relativement bénigne.
Planche 4 •
FINISTERE.
Choléra de 1854-1855.
Dans la presqu’île de Crozon elle était beaucoup môins cruelle •qu’elle ne l’avait été en i834. Le choléra y a fait une première victime le io octobre. Le nombre des décès a été de 32 à Crozon, de 3 à Camaret, de 6 à Roscanvel; le 16 novembre, le choléra est au Faou où il.fait i5 victimes dont la dernière meurt le 1 1 décembre.
Enfin citons trois invasions lointaines restées sans suite, l’une à Quimperlé, du 27 septembre1 au 6 décembre (xo décès), une autre à Lampaul-Ploudalmézeau, au nord de l’arrondissement de Brest, du 4 au 12 décembre (9 décès), la troisième à Carhaix, sur la limite de l’arrondissement de Châteaulin, du 29 novembre au 16 décembre (5 décès à Carhaix; 1 à Plounévezel).
Quatrième épidémie: 185U-1855 (Planche n° 4). — C’est l’épidémie de Morlaix. Dix-neuf communes atteintes ; 1.125 décès5.
C’est à Morlaix même que l’épidémie débute. Elle s’y est propagée pendant près de quatre mois, du 4 juillet au 22 octobre, et y a causé 532 décès. Jusque vers le milieu du mois d’août elle semblait ne devoir pas s’étendre hors de la commune; mais le 10 août, se produisent un décès dans la commune de Garlan et un décès dans la petite commune de Sainte-Sève, puis d’autres localités environnantes sont successivement envahies; le 19 août, Plouégat- Guérand; le 22 août, Lanmeur; le Ier septembre, Loquirec et Plouezoch; le i5 septembre, Plougonven, Lannéanou, Bothsorel et Saint-Pol-de-Léon, dont le dernier décès a lieu le 3i octobre.
Brest n’est envahi que le 18 novembre et a probablement reçu le germe morbifique de Camaret, à la pointe de la presqu’île de Crozon : le choléra y avait fait sa première victime le i4 octobre. A Brest, le choléra a duré deux mois, du 18 novembre i854 au 18 janvier i855 et a causé 266 décès.
D’oû était-il venu à Camaret P Peut-être de Plouguin, commune située au nord de l’arrondissement de Brest et qui l’avait reçu, venant sans doute de Morlaix, dès le i5 août. Je relève dans cette épidémie deux faits qui paraîtraient bien bizarres, si l’on n’avait de fortes raisons de craindre, sinon l’inexactitude, au moins l’insuffisance des renseignements recueillis ;
‘ Je ne me suis pas cru autorisé à prendre pour point de départ de l’épidémie de Quimperlé une autre date que celle indiquée par M. Briquet dans son mémoire à l’académie, mais j’ignore comment cette date se justifie. Celle du i" décembre, relevée dans les archives de la préfecture, paraît plus probable.
5 Tel est du moins le total que donnent les renseignements recueillis. Dans son rapport sur l’épidémie de i854, M. Barthe indique pour le Finistère le chiffre de I.a48 décès. (Mémoires de l'académie de médecine, t. XXX, p. 307.)
i° Roscoff est limitrophe de Saint-Pol-de-Léon. L’épidémie à Sain t-Pol-de -Léon va du i5 septembre au 3i octobre et le premier décès cholérique n’est signalé à Roscoff que le 8 décembre, de sorte que Roscoff paraît plutôt se rattacher aux cas épidémiques qui se produisaient alors journellement à Rrest qu’à ceux dont les derniers s’étaient produits à Saint-Pol-de-Léon le 3i et à Morlaix le 22 octobre ;
20 Le sud du Finistère paraît avoir été épargné dans cette épidémie, sauf sur un point. Le 4 décembre, un décès cholérique se produit dans la commune de Plobannalec; en vingt-deux jours la maladie fait 18 victimes; la dernière meurt le 26 décembre et le mal ne s’étend pas au delà.
NOMS
DES COMMUNES
DU PREMIER DÉCÈS
DATE
DU DERNIER DÉCÈS
NOMBRE
DE DÉCÈS
Morlaix
Sainte-Sève
4 juillet i854 '
10 août. . . .
22 octobre i854
1 3 août
Garlan
3o septembre
Plouguin.
3 o octobre
Plouégat-Guérand ....
Le Ponthou
20 septembre
Lanmeur
Carantec
Ier septembre
Loquirec
20 septembre . .
Plouezoch
i*p octobre
Lannéanou
Plouffonven
Bothsorel
Saint-Pol-de-Léon ....
Camaret
1 4 octobre
28 novembre
Brest
18 novembre . . .
18 janvier i855
Plobannalec
A décembre
8 janvier i855
RnscnlT 1 R — .
St-Pierre-Quilbignon. .
Total
’ Les époques du commencement et de la fin de l’épidémie concordent à dix-huit jours près avec l’indication donnée par l'f . Blondel dans les Documents statistiques et administratifs concernant V épidémie du choléra de 1854. Paris, Imprimerie nationale, 1862. M. Blondel dit en effet qn’en 1854 le choléra, dans le Finistère, a duré 5 mois et 25 jours.
Nous n’en savons pas plus long sur cette épidémie ; sur les 1 . 1 25 décès qu’elle a causés, 780 se sont produits dans l’arrondissement de Morlaix.
Cinquième épidémie: 1865-1866 (Planche n° 5). — L’épidémie de i854 avait frappé le nord du département. En i865, le choléra visite le sud. C’est autour de Quimperlé et de Concarneau que l’on trouve le plus de communes atteintes ; il y en a seize limitrophes ; si dans quatre d’entre elles (Rédené, Tréméven, Mellac, Baye) on ne constate qu’un décès, si l’on n’en signale que 2 au Trévoux, 3 à Nevez et à Trégunc, 4 à Bannalec, l’on en compte 6 à Nizon et à Melgven, io à Pont-Aven, 23 à Quimperlé, 23 à Riec, 78 à Concarneau, i4 à Beuzec-Conq, qui touche et continue Concarneau, 83 à Moélan. En regardant la carte, on remarquera certainement que la commune de Clohars-Carnoët, entourée de communes qui toutes ont eu des victimes, ne paraît pas avoir été touchée par l’épidémie. Le fait est qu’il ne s’y est pas produit de décès. Dans les archives de la préfecture, l’on ne trouve, en ce qui la concerne, que cette indication : Clohars-Carnoët, 9 décembre, 1 cas, une guérison. Cette commune est située sur le littoral mais n’est pas un port de mer ; elle compte 3.617 habitants dont i55 seulement sont agglomérés. De même, à Lanriec, aucun décès n’a été signalé.
Outre ces seize communes, l’épidémie de i865-i866 en a frappé vingt-six autres (en tout quarante-deux communes : i.3i6 décès). Ces vingt-six communes se subdivisent ainsi : dans trois communes, le choléra cause un seul décès ; dans quatre, 2 décès ; dans une, Crozon, 3 décès ; dans deux, Loctudy, Lampaul-Ploudalmézeau, 4 décès; — dans sept communes, de 5 à 19 décès, savoir: trois dans l'arrondissement de Châteaulin : Port-Launay (6 décès) ; Dinéault (6); Saint-Nic ( 1 5) ; — quatre dans l’arrondissement de Quimper : Douarnenez (17); Pont-Croix (10); Penmarch (17) ; île Tudy (7). Dans neuf communes, le nombre des décès a été de 20 et plus: Brest, Lambézellec et Saint-Pierre-Quilbignon, ensemble: 716 victimes ; le Faou, 3i ; Lanvéoc (dans la presqu’île de Crozon), 22 ; Audierne, 5g ; Pont-l’Abbé, 38 ; le Guilvinec, 52 ; Carhaix, 4o.
C’est à Moélan qu’à la date du 27 octobre l’on signale le premier décès. L’épidémie s’y propage pendant quatre mois, le nombre des morts est de 83. De Moélan, le mal s’étend dans les communes environnantes.
Brest n’est pris que plus de deux mois après l’apparition du fléau dans le Finistère. On y constate le premier décès le 10 janvier 1866. Le dernier décès a lieu le 27 mars. Dans ce court espace de
temps le choléra, à Brest, à Lambézellec, à Saint-Pierre- Quilbignon, a fait 7 1 5 cadavres .
Le 26 janvier le mal pénètre dans la presqu’île de Crozon, par Lanvéoc; il passe au Faou le 16 février; il est à Saint-Nic le 20 février; à Dinéault le 7 mars; à Port-Launay, aux portes de Châteaulin, le 3i mars ; il n’y cause que 6 décès et il n’entre pas à Châteaulin.
Cette fois, l’épidémie atteint Pont-Croix et Audierne (8 février) avant Douarnenez (17 avril). Elle se montre à Quimper, mais elle n’y prospère pas (2 décès les 10 et 11 avril). Pont-l’Abbé (38 décès du 20 avril au 12 mai) et surtout le Guilvinec (52 décès du 18 avril au 6 mai) sont plus cruellement traités. Nous voici donc au milieu de mai. Le choléra est depuis deux mois éteint dans l’agglomération où il a pris naissance, car le dernier décès à Beuzec- Conq et le dernier décès à Melgven sont du 5 mars ; depuis près de deux mois il a abandonné Brest. A partir du 12 mai, on ne le signale plus qu’à Audierne et dans la commune de Penmarch où il est entré le 21 avril, où il s’attarde, où il s’obstine, espaçant ses victimes, mettant deux mois à tuer 17 malades. Le dernier meurt le 18 juillet et l’épidémie a fini son oeuvre. Cette œuvre a duré neuf mois.
L’un de ses épisodes curieux est l’invasion de Carhaix, chef-lieu de canton, très éloigné de toutes les localités visitées par le choléra. Celui-ci s’y manifeste le 28 février par un décès. A ce moment le mal faisait encore quelques rares victimes à Melgven, à Beuzec-Cap- Sizun, à Saint-Nic, au Faou, à Brest. A Carhaix, il cause 4o décès en deux mois (28 février au 3o avril) puis il disparaît sans pénétrer
dans les communes avoisinantes .
NOM
DATE
DATE
NOMBRE
DES COMMUNES
DU PREMIER DÉCÈS
DU DERNIER DÉCÈS
DE DÉCÈS
Moélan
27 octobre i865
22 février 1866
Pont -Aven . . .
2 b novembre. . . .
26 janvier
Riec . .
Nizon
5 décembre
1 1 février
Ouimperlé . . . T .
Le Trévoux. . . .
Mellac . .
2 5 décembre
Bannalec ....
11 janvier
Nevez
2 janvier 1866
1 1 février
Brest (avec Lambézellec
et S'-Pierre-Quilbignon)
27 mars
Tréméven
Planche 5 .
FINISTÈRE
Choléra de 1865-1866.
BgMÊ
A r t o n d i ssernem
FINISTERE
Epidémie de choléra de J865-1866
I ~ 1 20 décès etplvs.
IPHBl Dr S d 7.9 décès.
ÜJ Bi 1 Marins de 5 décès.
Planche 6 .
FINISTÈRE
Choléra de 1885-1886.
Planche K? G
NOM
DATE
DES COMMUNES
SU PREMIER DÉCÈS
DU DERNIER DÉCÈS
DE DÉCÈS
21 février 1866
1 7 février ...........
TT avr;]
q mnrç
lo
Audierne. . . k
P juin
Lampaul
Daoulas
Saint-Nic
Beuzéc-Cap-Sizun ....
Melgven
Carhaix
3o avril
ko
Dinéault
Port-Launay
Hanvec
n avril
Quimper
10 avril.
Douarnenez
Poullan-Tréboul. .....
2 5 avril
Guilvinec
Ile-Tudy
Pont-l’Abbé
Loctudy
2 3 avril
Penmarch
QT
18 juillet
Total
1 Les relevés du D' Michaud n’indiquent à Audierne que 20 décès, le premier du 8 mars, le dernier du 22 avril. Mais il est certainement plus sûr de s’en rapporter à ce que dit le médecin d’Audlerne, le Dr Hébert, dans son rapport sur l’épidémie de 1885 : «Le choléra a sévi, en 1866, pendant les mois de février, mars, avril, mai, juin, et a fait 59 victimes. A part le chiffre exact des décès, nous n’avons trouvé aucun renseignement sur cette épidémie.»
2 Ce chiffre, fourni par le maire du Guilvinec, nous a paru présenter plus d’authenticité que celui de 35 relevé par le Dr Michaud dans les archives de la préfecture.
Sixième épidémie: 1885-1886 (Planche n° 6). — L’on trouvera plus loin des informations détaillées sur la marche de cette épidémie, les communes atteintes, les dates où elles l’ont été, le nombre de leurs décès. Dès à présent, pour rendre les rapprochements plus faciles, nous en plaçons la carte sous les yeux des lecteurs et nous en ferons figurer les chiffres dans le tableau général qui résume tous les décès causés par le choléra dans le Finistère.
Que maintenant l’on compare entre elles les cartes des différentes épidémies et que de cette comparaison l’on tire, si on le peut, des règles.
C’est l’absence de règles qui frappe ; c’est l’irrégularité, l’incohérence, une confusion faite pour déconcerter quiconque cherche une explication autre que les hasards de la transmission et de la réceptivité individuelles. Les conditions de la réceptivité nous échappent, mais nous savons ce qui facilite la transmission: ce sont les occasions multiples de contage, les rapports habituels entre le point contaminé et un point qui ne l’est pas ; sur le point contaminé, les relations nécessaires entre les habitants ; les communications fréquentes d’une part, la densité de la population de l’autre. Quand on examine de très près les diverses épidémies de choléra dans le Finistère, avec le désir de dégager de cet examen une con- clusion générale, l’on constate ceci : le choléra s’est propagé dans les communes et sur les parties de ces communes qui ont les unes avec les autres des communications fréquentes et il s’est développé d’autant plus que la portion agglomérée de la population était plus dense. Les ports du Finistère sont entre eux en communication constante, tandis que les relations sont rares et même peu sympathiques entre le littoral et l’intérieur, entre les pêcheurs et les « terriens ». Est-il nécessaire d’établir ce double fait? Je l’affirme comme en ayant été le témoin ; il est d’ailleurs à la connaissance de tous. La conséquence a été que le choléra, entrant dans un port (Brest, par exemple, qui le reçoit de Toulon ou de l’Orient), se propage sur la côte et pénètre peu dans les terres. Que l’on recherche les communes où le choléra a produit le plus de décès au cours d’une seule épidémie, ou bien celles où il a fait le plus de victimes en ajoutant les épidémies les unes aux autres, le résultat est le même : les communes les plus frappées sont celles du littoral et, dans ces communes, la portion située au bord de la mer, qui est la plus dense, ou plutôt la seule agglomérée. C’est ce que montrent les deux tableaux suivants :
Tableau des dix communes du Finistère où dans une des épidémies de choléra s’est produit le plus grand nombre de décès.
I. Brest (avec Lambézellec et Saint-Pierre-Quilbignon). 715 (1866)