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Finistèrel885-86
Dans son étude si remarquable, Le choléra à Paris en 188b, M. Bertillon s’exprime ainsi:
On sait que l’influence de l’état civil sur la mortalité en général est très puissante et s’observe dans tous les pays où elle a été recherchée. Toujours les célibataires meurent plus que les mariés et moins que les veufs. Les différences sont de même ordre en ce qui concerne les femmes ; mais elles sont pour elles moins
marquées. . . . Ces règles sont applicables au choléra Il faut, sans doute,
attribuer ces résultats singuliers à ce que beaucoup de célibataires ont une vie moins régulière que les gens mariés. De plus un grand nombre de célibataires vivent en commun avec d’autres individus. Beaucoup logent en garni, d’autres dans des casernes, la plupart mangent dans des restaurants, dans des pensions, etc. Les gens mariés, au contraire, sont cantonnés dans leur famille et ont ainsi plus de chance d’échapper à une contagion.
C’est exactement l’inverse qui s’est produit dans le Finistère, comme le prouve le tableau L.
Il en résulte, en effet, que dans la population atteinte les célibataires hommes sont 36,63 sur ioo adultes, tandis que sur xoo adultes hommes décédés du choléra, il n’y a en a que i4,57 célibataires, proportion inférieure des deux tiers environ à celle des épidémies parisiennes pour la même catégorie d’individus. Pour les femmes, le fait est même plus accentué.
Il en résulte encore que dans la population atteinte les mariés hommes, qui sont 58,72 sur 100 adultes, ont eu 72,33 décès sur 100 décédés cholériques, proportion énorme, très supérieure à celle des épidémies parisiennes pour la même catégorie d’individus. Chez les femmes la différence est moins forte, mais elle existe.
Enfin, les veufs et les veuves, comme à Paris, ont été frappés dans une proportion très supérieure à leur importance numérique, mais il est facile de remarquer que c’est là un effet, non de leur état de viduité, mais de leur âge.
Le problème que pose la dissemblance entre ces faits et ceux relevés par M. Bertillon n’est peut-être pas impossible à résoudre. Les uns comme les autres paraissent confirmer la doctrine de « la contamination directe par contact de l’homme ou de l’objet ». (Grancher.) Les plus frappés, ce sont les plus exposés. Les plus exposés, ce sont ceux qui sont en communication avec le plus de personnes. A Paris, les germes cholériques ont bien des chances de se répandre dans les lieux que fréquentent les célibataires: garnis, marchands de vins, restaurants. . . et autres. Mais outre que les célibataires en Bretagne mènent nécessairement une vie plus rangée que les célibataires urbains, bien moindre a été pour eux que pour les mariés la principale cause de péril, l’encombrement du logis. Grâce au manque de propreté et surtout au trop plein, le foyer domestique dans le Finistère s’est montré un séjour plus dangereux que le cabaret. C’est ce qui peut expliquer l’énorme proportion des décédés mariés des deux sexes. Dans cette catégorie, si les hommes ont été plus frappés que les femmes, c’est sans doute qu’ils joignaient aux désavantages du foyer domestique, encombré et sale, ceux résultant de leur métier de marins.
Quant aux veufs, j’ai dit que leur forte mortalité paraît surtout due à leur âge. Le tableau K indique en effet que les veufs ou veuves atteints par le choléra avaient, dans une proportion de plus
de 60 p. ioo, dépassé cinquante-cinq ans. Beaucoup, d’ailleurs, parmi les veufs ou veuves décédés n’avaient perdu leur conjoint que depuis deux ou trois jours, ou même depuis quelques heures. Yeufs ou veuves au moment du décès, ils étaient mariés quand ils étaient tombés malades.
Influence de la profession. — Il me paraît inutile de donner pour bases aux statistiques des professions qui n’ont fourni qu’un, deux ou trois décès; je ne m’arrête qu’à celles qui ont compté quatre décès au moins. En voici le tableau :
Tahîeau M.
PROFESSIONS
EXISTANTS dans les localités atteintes.
DÉCÉDÉS
PROPOR-