X. — TRÉGUNC
Épidémies antérieures : choléra en 1866: 3 cas, 3 décès.
Superficie: 5. 066 hectares.
Population : dénombrement de 1886 : totale, 3. 860 (1881 : 3.809) ; agglomérée,
Taux moyen, de 1882 à i885, de l’excédent des naissances sur les décès: 9,i3 pour 1 ’ooo habitants.
Taux moyen, de 1882 à i885, de la mortalité: 35,39 pour 1 .000 habitants'. Nombre des maisons: 993 ; des ménages : 1.029.
Spiritueux: au cours d’une année (i885), la consommation du vin, par tête d’habitant, a été de 6 litres, du cidre de 3y litres, de l'alcool de 4 lit. 2.
Épidémie de i885-86.
Population exposée (le bourg, pointe de Trévignon, Curion) : 762 habitants se subdivisant ainsi :
1° Division par groupes d’âge et par sexe
De o à i5 ans $ Garçons..,..
De i5 à 60 ans.... j Hommes...
( Femmes. . . .
Au-dessus de 60 ans. \ Hommes...
( Femmes. . . .
2° Division par état civil (enfants jusqu’à 15 ans non compris):
Célibataires
C Hommes
( Femmes
Mariés
( Hommes
( Femmes
Veufs
( Hommes
( Femmes
Les professions qui ont fourni des victimes au choléra se chiffraient comme suit au dénombrement de 1886 :
Hommes ,
Femmes.
Marins
Cultivateurs.
Bouchers . . .
Tailleurs . . .
Ménagères . .
Voir p. x48 comment ces chiffres ont été obtenus.
Nombre des maisons exposées: i43; des ménages : 2o5.
Durée de l’épidémie: du 17 octobre au 19 décembre i885
Nombre des décès : 23 (5 enfants, dont 4 garçons, une fille; 12 hommes;
Proportion des décès cholériques, en i885, au chiffre de la population exposée: (23:762) 3o,i8p. 1.000.
Trégunc est un bourg situé à 6 kilomètres de Concarneau. Les cas de fièvre typhoïde y sont fréquents.
En i885, le premier décès cholérique est du 17 octobre. C’est celui d’un marin qui venait de Concarneau. En octobre, il y a eu
7 décès, 10 en novembre, 6 en décembre. Le dernier est du 19 décembre. Vingt-huit personnes ont été atteintes ; 5 ont guéri.
Cette énorme proportion des décès (82 p. 100) a besoin d’une explication. Nous la trouvons dans un rapport du Dv Coffec, médecin des épidémies :
Je suis allé, le 10 novembre, à Trégunc. Jusque-là aucune précaution, aucune mesure de désinfection n’avait été prise et je sais que, malgré mes vives recommandations, les mesures de désinfection n’ont été appliquées, après mon départ, que d’une façon bien incomplète. J’ai été heureux de trouver à Trégunc une ancienne religieuse de l’hôpital de Quimper, très dévouée, très intelligente et qui a fait de son mieux. Mais elle était mal secondée. Chez beaucoup, elle a rencontré une résistance invincible à la désinfection et fort souvent, on s’attachait à ne pas la prévenir de la maladie.
J’ai trouvé dans le bourg une rue et une cour particulièrement insalubres, avec tas de fumiers, matières stercorales et immondices de toutes sortes, une grande flaque d’eau croupie, et, à côté, un puits qui fournit de l’eau à une grande partie du bourg. Je fis des observations au sujet de ce puits établi dans de si mauvaises conditions d’hygiène et par suite si dangereux en temps d’épidémie de choléra ou de fièvre typhoïde .
C’est dans ce quartier qu’habitaient les premiers atteints, les marins venant de Concarneau. On jetait, sans désinfection, sur ces fumiers les déjections des cholériques .
La transmission de la maladie a été évidente et facile à saisir. On l’a suivie se développant dans le bourg, de maison en maison, ou formant dans les villages de petits foyers isolés créés par une personne venant du bourg et communiquant la maladie à des membres de sa famille .
Hors du bourg, la maladie a surtout sévi à la pointe de Trévignon, sur le bord de la mer et dans le gros village de Carion, à une petite distance de cette pointe. Dans ce village de Carion se trouve un lavoir où les femmes venaient laver pêle-mêle leur linge et celui des cholériques qui, naturellement, n’avait subi aucune désinfection. Ce lavoir a certainement alimenté l’épidémie. On finit par s’apercevoir de son influence et la municipalité se décida à en
Voir les observations météoriques pour cette période à la planche 10, p. 1 44.
interdire l’usage en même temps qu’elle s’efforçait d’obliger les familles à désinfecter les linges et vêtements.
Après l’abandon de ce lavoir, les femmes allèrent laver à la mer. Le Dr Coffec croit avoir remarqué que le lavage à l’eau de mer, même des linges non désinfectés, n’a procuré la maladie à aucune femme.
Tableaux des malades.