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CHAPITRE II

1885-1886. — Invasion et marche du choléra.

SOMMAIRE. — S Ier- Accès du choléra. Arrivée à Brest de navires venus de l’Extrême-Orient et de Toulon ; — le cas du Rhin. — S 2. Le milieu et les mœurs. Sol; — habitations; — eau; — - immondices; — alcoolisme. — S 3. Marche de l’épidémie. Épidémie du sud ; — épidémie du nord ; — tableaux ; — cartes.

§ Ier. — Accès du choléra.

Aux conférences internationales de Constantinople (1866) et de Vienne (1874) la conclusion suivante a été votée à l’unanimité :

Le choléra asiatique, susceptible de s'étendre, se développe spontanément dans l’Inde et c’est toujours du dehors qu’il arrive lorsqu’il éclate dans d’autres pays.

Cette déclaration de principe a été depuis confirmée par les congrès internationaux d’hygiène : à Bruxelles, en 1876 ; à Paris, en 1878 ; à Turin, en 1880; à Genève, en 1882 ; à la Haye, en 1884. L’académie de médecine et le comité consultatif d’hygiène publique de France professent sur l’importation et la transmissibilité du choléra asiatique la même opinion que les conférences et les congrès.

Lorsque le choléra éclate quelque part, il est utile de rechercher quelle voie il a prise pour pénétrer, par quelle porte il est entré. La recherche est souvent difficile, parce que les importateurs ignorent parfois qu’ils avaient le choléra avec eux ; parce que, lorsqu’ils le savent, ils s’efforcent de le cacher ; parce que la maladie ne se manifeste pas toujours dès que les germes en ont été introduits et que son éclosion dépend de circonstances qui ne sont pas toutes connues.

Gomment le choléra est-il entré dans le Finistère ?

L’on a dit que le premier malade, un marin de Concarneau, avait contracté la maladie en mer, au contact de pêcheurs espagnols. C’était l’opinion courante dans le pays ; MM. Proust et Charrin s’en sont faits les échos, avec prudence toutefois1. Je l’adoptai aussi tout d’abord sans examen; mais lorsque plus tard je regardai les choses de près, je fus frappé du manque de consistance de cette opinion et, poussant mes investigations dans des directions diverses, je découvris des faits restés inconnus au cours de l’épidémie et qui me semblent presque décisifs, en tout cas très instructifs.

Le premier cas de choléra se montre à Concarneau le 20 septembre i885 2. Un marin est pris en rentrant de la pêche. Est-il vrai que le bateau de ce marin en avait rencontré en mer un autre chargé de thons ou de langoustes, venant des côtes d’Espagne, et qu’entre ces deux bateaux des échanges avaient eu lieu ? Interrogés à maintes reprises, d’une manière précise et pressante, les marins du bateau incriminé ont toujours déclaré qu’ils n’avaient pas rencontré en mer d’autre barque que celles des ports voisins. Ces dénégations, même unanimes, même concordantes en leurs détails, même répétées à plusieurs mois d’intervalle, seraient sans doute insuffisantes pour détruire une présomption contraire. Mais sur quoi serait fondée cette présomption ? L’hypothèse a dû naître dans le cerveau d’une personne très pénétrée a priori de la nécessité d’une importation et n’en imaginant pas une autre possible que le contact au large. Pour moi, qui poursuivais mon étude sans idée préconçue, j’étais bien forcé, en l’absence de tout témoignage, de tout commencement de preuve contraire à la déclaration des pêcheurs, de m’en tenir à cette déclaration. Il fallait trouver autre chose.

On me raconta que, vers le mois de septembre i885, un voyageur, tombé subitement malade, avait dû s’arrêter à la gare de Rennes où il était mort du choléra le jour même. Mais, après de nombreuses recherches et correspondances, je dus abandonner encore cette piste.

1 « La maladie dans le Finistère a débuté à Concarneau, et elle parait y avoir été importée par des pêcheurs de thon venant d’Espagne. » (A. Proust. Communication d l'académie de médecine, 9 février 1886.) M. le Dr Charrin se sert de termes identiques dans son rapport au ministre. ( Recueil des travaüx du comité consultatif d'hygiène publique de France, tome XVI, p. 55 1.) Néanmoins, ce que MM. Proust et Charrin avaient présenté comme une hypothèse passe maintenant pour un fait avéré: «Les mesures prises en 1 885 contre le choléra ne l’empêchèrent pas de venir d’Espagne à Concarneau » (Charrin). (J. Arnoüld. «Le choléra en i8go. » Revue sanitaire de la province, i5 septembre 1890.)

2 L’on avait d’abord dit, par erreur, le 18 septembre.

M. le maire de Concarneau, dans ses rapports, avait indiqué les deux faits que voici: i° le 4 ou 5 septembre, un matelot, qui venait de l’Indo-Chine, où sévissait le choléra, était rentré dans ses foyers à Lanriec, sorte de faubourg de Concarneau ; 2° le 6 septembre i885, étaient arrivés deux autres marins, venant de l’Extrême-Orient. Ils avaient débarqué à Toulon et s’étaient rendus à Concarneau par voie de fer. Au moment où ils furent interrogés, ils avaient oublié le nom du vaisseau à bord duquel ils avaient voyagé. Je me suis assuré, par le relevé des navires venant des côtes de Chine et d’Indo-Chine et arrivés à Toulon pendant le mois d’août i885, que les seuls transports qui peuvent avoir rapatrié les trois marins de Concarneau sont: i° le Vinh-Long, parti de la baie d’Along, le a5 juin, arrivé à Toulon le i3 août avec 33o hommes d’équipage et 3oo passagers ; 2° le Tarn, parti également delà baie d’Along le n juin, arrivé à Toulon le 20 août avec 220 hommes d’équipage et 67 passagers.

Bien que ces deux navires soient arrivés à Toulon avec des patentes nettes, ils n’en venaient pas moins d’une région contaminée1. Il est donc possible, bien qu’aucun décès n’ait été signalé à bord pendant la traversée, qu’ils aient transporté avec les effets de marins et de passagers des germes cholériques.

Les marins, arrivés à Toulon le 1 3 ou le 20 août, suivant qu’ils sont venus par le Vinh-Long ou par le Tarn, ont passé une quinzaine de jours à Toulon, puisqu’ils ne sont arrivés dans le Finistère que le 4, le 5 ou le 6 septembre. Or, pendant la seconde quinzaine d’août i885, il y a eu à Toulon 186 décès cholériques 2.

Ces matelots affirmaient bien qu’ils n’avaient pas été malades pendant la traversée. Mais ne pouvaient-ils pas avoir rapporté des vêtements, des linges, ayant été, soit en Chine, soit surtout à Toulon, en contact avec des effets de cholériques?

La révélation de ces faits m’amena à rechercher avec un soin minutieux la provenance et l’état sanitaire des navires ayant abordé sur les côtes du Finistère en septembre i885. Je demandai des rapports et des relevés de leurs registres aux directeurs de la

‘ De cette même baie d’Along (Tonkin) sont partis au mois d’août i885 deux navires, le Château-Yquem et la Nive, qui ont eu pendant leur traversée, en quittant cette baie, le premier 38 décès cholériques, le second 2. ( Rapport « adressé à M. le ministre du commerce » par M. le D' Proust le 28 novembre i885. Recueil des travaux du comité consultatif d’hygiène publique de France, tome XVI, p. 167.)

* Recueil des travaux du comité consultatif d’hygiène publique de France, tome XV, p. 53a.

santé. M. le ministre de la marine eut l’obligeance de me faire communiquer, pour quelques navires de la marine de l’État, les livres tenus à bord et constatant la situation journalière des malades *. De cette enquête je ne donnerai ici que les résultats utiles. L’on verra que le directeur de la santé à Brest s’avançait peut-être un peu trop lorsque, écrivant, le 26 octobre i885, à M. le ministre du commerce, il déclarait que la cause première de l’épidémie était impossible à connaître, et « qu’aucun arrivage douteux, soit par bateaux, soit par des navires revenant des mers de Chine, ne pouvait être sérieusement invoqué » .

Arrivée à Brest de navires venus de l’Extrême-Orient et de Toulon; le cas du Rhin. — Pendant le mois de septembre i885, il est entré dans le port de Brest plusieurs navires venant des régions où régnait le choléra : de la Chine, du Tonkin, de l’Espagne, de Toulon, de Marseille. Ces navires sont :

Y Annamite, transport de guerre parti de Ke-Lung (Indo-Chine) le 21 juin, arrivé à Brest le 2 septembre;

la Louise, sloop parti de San-Cyprian (Espagne) le 27 août, arrivé à Brest le 2 septembre avec un chargement de langoustes ;

le Finistère, transport de guerre parti de Saigon (Cochinchine) le 3 juillet, arrivé à Brest le 2 septembre ;

le Rhin, transport de guerre parti de Toulon le 24 août, arrivé à Brest le 5 septembre ;

le d’Estaing, croiseur parti de Makung (Indo-Chine) le 25 juin, arrivé à Brest le 1 6 septembre ;

la Bourgogne, vapeur parti de Marseille le 2 septembre, arrivé à Brest le 1 4 du même mois.

Sur ces navires la direction de la santé à Brest m’a fourni les renseignements suivants :

« Le transport de guerre Annamite, mouillé sur rade de Brest le 2 septembre i885, venant de Ke-Lung (île Formose). Parti de ce port le 21 juin i885. Relâches successives à la baie d’Along, Saigon, Singapour, Aden, Port-Saïd, Alger, dernier port d’où il est parti pour Brest le 27 août. Ce transport comportait 36o hommes d’équi-

' La marine a, en effet, un intérêt de premier ordre à savoir la vérité. Elle n’avait pas agi autrement en i884. « Nous avons recherché l'origine de l’épidémie actuelle, secondés en cela par l’amiral Krantz, qui mit à notre disposition tous les documents, tels que livres de bord et autres, qui nous étaient nécessaires .» (Rapport de M. Brouardel. Recueil des travaux du comité consultatif d’hygiène publique de France, tome XIV, p. 198.)

page et 682 passagers. Il arriva à Brest muni d'une patente de santé nette du port de Ke-Lung et de visas également nets de tous les ports de relâche sus-cités. Pendant la traversée aucun cas de maladie suspecte n’a été constaté ; aucune communication n’a eu lieu en mer. En conséquence, la libre pratique a été immédiatement accordée au navire, à l’équipage et aux passagers.

« La Louise, sloop, mouillée sur rade le 2 septembre, venant de San-Cyprian (Espagne) avec 6 hommes d’équipage et un passager, tous bien portants, avec une patente de santé nette, a été néanmoins soumise à une quarantaine d’observation de vingt-quatre heures, suivie de la visite médicale, conformément aux prescriptions de la dépêche ministérielle du 3i août i885.

« Le Finistère, transport de guerre, venant de Saïgon, muni d’une patente de santé nette du port de départ et de visas nets des ports de relâche; 219 hommes d’équipage et ig3 passagers. Ce navire n’ayant eu aucun cas de maladie suspecte pendant la traversée, ni aucune communication en mer, la libre pratique lui a été immédiatement accordée, ainsi qu’à l’équipage et aux passagers.

« Le Rhin, transport de guerre, parti de Toulon le 24 août à destination de Brest; 174 hommes d’équipage et 9 passagers; muni d’une patente de santé nette. D’après les déclarations du médecin du navire, il existait à Toulon des cas de choléra. Pendant la traversée jusqu’à Brest, aucun cas suspect ne s’est déclaré à bord. Néanmoins, conformément à l’annexe n° 1 du règlement général du 22 février 1876, une quarantaine d’observation de vingt-quatre heures est imposée au navire, à l’équipage et aux passagers. Les objets dits susceptibles, matelas, hamacs, objets de literie et effets de l’équipage ont été soumis à une large aération ; les manches à vent établies, les pompes mises en mouvement jusqu’à ce que l’eau sorte de la cale claire et sans odeur.

« La Bourgogne, vapeur, 62 hommes d’équipage, venant de Marseille, d’où il est parti le 2 septembre avec une patente énonçant qu’il y avait des cas de choléra à Marseille. A subi une quarantaine de trois jours pleins à Matifou du 4 au 7 septembre, où il a été soumis à une désinfection complète. Arrivé à Alger le 7 septembre, en est reparti le même jour après avoir embarqué 260 mihtaires convalescents ; en arrivant à Brest, l’état sanitaire du navire, de l’équipage et des passagers étant satisfaisant , la libre pratique a été immédiatement accordée. »

Il faut ajouter quel’ Annamite a débarqué à Brest 519 hommes, le Finistère xg3 et le Rhin 9. Total 721 hommes débarqués pour être laissés à terre. Ce total ne comprend pas les hommes d’équipage qui ont obtenu des permissions pour « tirer des bordées » dans la ville. Du 2 septembre au 5 du même mois, c’est-à-dire en trois jours, ces navires ont mis un millier d’hommes au moins en contact avec la population de Brest.

Quel était l’état sanitaire de ces hommes ?

C’est ici que je consulte les livres de bord.

JJ Annamite avait quitté Saïgon le 4 mars i885, remontant vers la Chine. Il est resté depuis le commencement de mars jusqu’aux derniers jours de juin dans les divers ports de la côte, Ke-Lung, Taïwan- Fu, les Pescadores, toutes localités infestées par le choléra. Pendant les mois d’avril et de mai, beaucoup d’hommes sont entrés à l’infirmerie pour cause de diarrhée. Ces indispositions duraient deux ou trois jours, quelquefois davantage. Le 27 mars, deux soldats d’infanterie de marine entrent à l’infirmerie avec « diarrhée et fièvre algide ». Ils meurent à bord, l’un en vingt-quatre heures, l’autre en trois jours. Le navire se trouvait alors sur les côtes de l’Indo-Chine. La fièvre algide emporte encore 6 hommes, un le 7, deux le 10, un le i3,un le i4, un le 18 avril. En mai, les diarrhées sont encore très nombreuses. Le 9 mai, 8 militaires entrent à l’infirmerie avec la diarrhée. Ils ont été rapatriés par le Volga. Les 24 et 26 mai, les 3, 5, x3 et 17 juin, toujours sur les côtes delTndo-Chine, 6 décès par « fièvre algide ». Le 1 7 juin meurt un gabier qui était resté six jours à l’infirmerie : en marge de son nom le registre portait d’abord « diarrhée » ; ce mot a été barré et remplacé par ceux-ci : « fièvre typhoïde ». Dans les premiers jours du mois d’août, on constate également un grand nombre de diarrhées. En résumé, beaucoup de diarrhées à bord et i5 décès d’une nature suspecte.

Le Finistère part de Saïgon le 3 juillet, après trois semaines de séjour dans la baie d’Along ; le choléra ravageait alors toute cette région. Pendant le séjour dans la baie d’Along, le nombre des malades atteints de diarrhée et de dysenterie a été considérable. Le 9 juin, il est entré à l’infirmerie plus de 100 passagers malades qui venaient sans doute d’être embarqués. En quelques jours l’on comptait à l’infirmerie 49 cas de diarrhée et 4i de dysenterie. Sur ces malades,

7 sont morts de la diarrhée, dont 6 à bord et 1 à l’hôpital de Saïgon;

4 sont morts de la dysenterie, tous les quatre à bord.

Quelle était la nature de cette diarrhée dont 7 passagers sont morts dans le trajet de la baie d’Along à Brest et dont plusieurs autres se sont trouvés gravement atteints, quelqueB-uus ayant dû être laissés à Fhôpital de Saigon et à l’hôpital d’Alger ? A l’arrivée à Brest, il y avait encore 46 malades atteints de diarrhée et de dysenterie, presque tous des soldats de l’infanterie de marine. Tous ont été débarqués. Le Finistère était porteur d’une patente nette ; il n’a pas fait de quarantaine ; il n’a été soumis à aucune désinfection.

Le Rhin, transport de guerre, est entré dans la rade de Brest le 4 septembre. 11 venait de Toulon où il avait séjourné du 28 juillet au 24 août et où l’épidémie de choléra était dans toute sa force1. Le Rhin, lorsqu’il est arrivé à Toulon, venait de Tamatave (Madagascar) et des côtes d’Afrique. La plupart des malades étaient atteints de la fièvre spéciale au littoral de Madagascar. Devant Toulon, dès le commencement d’août, deux hommes entrent à l’infirmerie pour diarrhée ; le i5 août, deux entrées pour diarrhée; le 18 août, une entrée ; le 19 août, une entrée, toujours pour diarrhée. Enfin, le 21 août, M. A..., enseigne de vaisseau, entré à l’infirmerie du bord avec le choléra , est transporté à l’hôpital militaire et meurt, le tout en quelques heures. Le 25 août un homme entre à l’infirmerie pour cause de « coliques abdominales » ; le 4 septembre, le livre constate encore l’entrée à l’infirmerie d’un malade atteint de diarrhée ; ce dernier a été débarqué à Brest et transporté à l’hôpital.

Ainsi, un cas de choléra mortel s’est déclaré à bord, en rade de Toulon et un certain nombre d’hommes ont été soignés pour diarrhée, maladie nouvelle pour l’équipage du Rhin. Ce cas de choléra a été connu des autorités de Toulon puisque le malade est mort à l’hôpital où l’on n’a eu que le temps de le transporter. Comment dès lors une patente nette a-t-elle été délivrée au navire ? Est-ce parce que le décès n’a pas eu lieu à bord ? Mais c’est à bord que la maladie s’est déclarée et le journal des malades, que l’autorité sanitaire a le devoir de consulter, porte en toutes lettres que l’enseigne de vaisseau est mort du choléra.

1 Pendant le mois d’août i885, le nombre des décès cholériques a été de 187 à Toulon et à l’hôpital Saint-Mandrier de 33 ; en septembre il a été de 176 à Toulon et de 2 4 à Saint-Mandrier. Le total des décès de cette épidémie a été de 378 à Toulon et à l’hôpital de Saint-Mandrier de 63 ; ensemble 44 1. Les deux jours où le nombre de décès a été le plus grand ont été le 26 (28 décès) et le a 4 août (26 décès), (Recueil des travaux du. comité consultatif d’hygiène publique de France, tome XV, pp. 555 etsuiv.) Or c’est le 24 août que le Rhin a quitté Toulon.

Avec cette patente nette le navire se présente devant Brest. Mais là peut-être le journal des malades a-t-il été vu, car l’admission du Rhin ne va pas sans quelque cérémonie. Le capitaine fait une déclaration ; il dit que « pendant la traversée aucun cas suspect ne s’est déclaré à bord ». Cette déclaration respecte la vérité puisque le cas de choléra s’était produit avant la traversée. Néanmoins une quarantaine de vingt-quatre heures est imposée au navire et les effets sont soumis à une « large aération ». Neuf malades sont débarqués et envoyés à l’hôpital . Il va sans dire qu’une fois la quarantaine faite les hommes d’équipage sont descendus à terre et se sont mêlés à la population.

Je n’ai pas eu les journaux de bord pour la Louise, le d’Estaing et la Bourgogne

C’est le cas de rappeler ce que M. le professeur Proust disait en i884 :

Dans certaines circonstances données, quarantaines et désinfections sont nécessaires pour prévenir dans notre pays l’importation des germes morbifiques, mais la désinfection a certainement le premier rôle et le plus important.

Sans elle, en effet, la quarantaine n’est qu’un leurre. Prescrivez— la pendant des semaines ; et une fois qu’elle est terminée, si vous laissez sortir les passagers avec leurs bagages remplis de linge plus ou moins infecté, avec leurs vêtements pouvant contenir des germes morbifiques, vous n’avez fait que prescrire une mesure vexatoire troublant les intérêts commerciaux, mais vous n’avez sauvegardé en rien la santé publique2.

C’est précisément ce qui est arrivé à Brest. Aucune désinfection sérieuse n’a été faite ni ne pouvait être faite, car la direction de la santé de Brest ne disposait d’aucun moyen sérieux de la faire. En 1887, une étuve à vapeur sous pression a été installée à l’île de Trébéron : des faits tels que ceux que je viens de raconter ne devront pas se renouveler.

C’est en effet une désinfection rigoureuse qu’il eût été nécessaire

* Il est vraisemblable que, si je les avais eus, j’y aurais trouvé des faits analogue9 à ceux relevés dans les journaux de V Annamite, du Finistère et du Rhin. Le Bien-Hoa est arrivé à Brest le 27 septembre. Il venait de Toulon. Le 29 août, à Toulon, M. V. . .. commissaire, avait eu à bord du Bien-Hoa une « diarrhée cholériforme». Le 3o août, un matelot avait été atteint du choléra abord ; il avait guéri. Le 2 septembre, deux matelots étaient entrés à l’infirmerie pour « diarrhée cholériforme ». Le 8 septembre, un ouvrier mécanicien était atteint du choléra et mourait en 24 heures à bord. Les malades de « diarrhée» étaient en quelques jours au nombre de 3o. A raison de ces deux cas de choléra dont une mort, le Bien-Hoa reçoit une patente brute. Après dix jours de traversée, il se présente devant Brest où le service de la santé lui impose une observation de 24 heures et une «large aération». Je reviendrai sur ce fait dans la notice de Brest et dans le deuxième livre de cet ouvrage.

s Proust. Rapporta sur la prophylaxie sanitaire maritime des maladies pestilentielles», Journal officiel, 29 octobre 1884.

d’imposer kY Annamite et au Finistère .■ N’est-il pas très probable que ces navires contenaient des germes infectieux ? Ils venaient de pays où régnait le choléra et ils ont eu parmi les hommes d’équipage et leurs passagers un grand nombre de malades atteints de la diarrhée. Est-il certain que cette diarrhée n’était pas la diarrhée cholérique? Or l’on sait que des malades, atteints de simple diarrhée cholérique, peuvent fort bien transmettre le choléra *.

Des observations sérieuses tendent à établir que des linges et effets ont, dans des conditions spéciales, recélé les germes morbifiques pendant une longue traversée et engendré le choléra dès qu’ils ont été livrés au blanchissage ou rendus à leur usage habituel. Or, si la diarrhée seule s’est manifestée à bord de Y Annamite et du Finistère, les linges et effets embarqués avaient servi dans des localités où sévissait le choléra ; ils pouvaient par conséquent avoir été contaminés. Il nous paraît téméraire d’affirmer que Y Annamite et le Finistère sont innocents de l’importation.

De pareils doutes sont légitimes à l’égard de Y Annamite et du Finistère ; mais que dire du Rhin ? Ce navire reste trois semaines dans le port de Toulon ; à ce moment il mourait du choléra à Toulon environ 35 personnes par jour. Un cas authentique et mortel éclate à bord et un grand nombre d’hommes d’équipage sont atteints de la diarrhée. Pendant ces trois semaines les hommes ont nécessairement emmagasiné beaucoup de linge sale. Le navire n’est pas désinfecté. On lui délivre une patente nette. A Brest on lui fait subir une quarantaine de vingt-quatre heures, qui n’ajoutait qu’une bien minime garantie à celle des douze jours de traversée, et une « large aération » . Puis les hommes quittent le bord et se répandent dans le pays.

h’ Annamite, le Finistère, le Rhin ont débarqué ensemble 721 passagers, dont un grand nombre malades ou convalescents; tous escortés de paquets de linge et de vêtements plus ou moins propres. A ces 721 passagers, ajoutez les hommes d’équipage en permission. Plusieurs centaines d’hommes arrivant de localités contaminées ont été ainsi mêlés à la population de Brest ou des environs. S’il exis-

1 « Des milliers de faits recueillis dans la dernière épidémie en Espagne confirment que toute personne sortant d’un foyer cholérique et atteinte d’une diarrhée même légère peut être la cause de transmission du germe cholérique par son séjour dans une autre localité indemne. » Dr Hauser, membre de l’académie de médecine de Madrid. Communication faite au congrès international d’hygiène de Vienne sur l’épidémie cholérique de 188h en Espagne. — M. Proust est du même avis, étant entendu qu’il s’agit d’une diarrhée cholérique. Voir p. 44g.

tait des germes cholériques à bord de ces trois navires ou de l’un d’eux, il est difficile d’admettre qu’il n’en a pas été débarqué.

On peut objecter que la présence du choléra a été constatée d’abord, non à Brest, mais à Concarneau. Concarneau n’est qu’à quelques heures de Brest et les deux ports entrent fréquemment en commerce. Les arrivages des grands navires attirent un concours particulier de pêcheurs et de trafiquants de toutes sortes. D’ailleurs les 721 passagers étaient pour la plupart dés soldats d’infanterie de marine en congé ou ayant terminé leur service et beaucoup, appartenant à la région, n’ont fait qu’un court séjour à Brest et ont rejoint leurs foyers.

Pourquoi le choléra a-t-il pris à Concarneau et n’a-t-il pas dès lors pris à Brest ? Apparemment parce que l’homme ou l’objet inconnu en possession du germe morbifique ne s’est pas arrêté à Brest, qu’il s’est rendu ou a été soit envoyé, soit apporté à Concarneau et que là le germe a pénétré dans l’organisme d’une personne prédisposée à le bien accueillir. Peut-être quelques-uns penseront-ils que Concarneau et le sud du Finistère étaient, à ce moment, dans un état de réceptivité qui ne se produisit à Brest que plus tard ; ils se demanderont si les facilités de propagation du choléra ne varient pas avec les lieux comme avec les individus, et si, dans un même lieu, elles ne varient pas avec des circonstances de chaleur, d’humidité, de saisons, de courants, d’état de l’air et du sol dont la complexité, dans leurs rapports avec la diffusion des germes, est très difficile à saisir. Les prudents se contenteront de dire : c’est là que le germe a fructifié parce que c’est là qu’il a été semé.

Il est en tout cas dès à présent établi que l’apparition dans le Finistère du choléra-morbus a coïncidé avec l’arrivée à Brest de navires qui avaient beaucoup de chances de transporter des germes cholériques, qui n’ont été soumis à aucun traitement rationnel pour la destruction de ces germes, et dont les passagers se sont librement dispersés à travers le département.

S 2. — Lë milieu et lés mœurs.

Ces germes infectieux, quelles qu’eussent été leur origine et leur porte d’entrée, s’ils eussent rencontré en arrivant un département assaini, des maisons munies de moyens convenables de nettoiement et d’évacuation, des organismes non débilités par les privations ou par les excès, des eaux potables pures, des autorités instruites de

leurs devoirs et armées pour les accomplir, n’eussent probablement pas prospéré. Mais il n’en était pas ainsi. Tous ces obstacles à la diffusion du choléra ne sont sans doute réunis dans aucune partie de la France ; mais, sans doute aussi, dans aucune ils ne font plus complètement défaut que dans le Finistère. Cet admirable département, si pittoresque, si attachant, mais si pauvre, semble jusqu’ici fermé aux notions de l’hygiène.

Encore Une fois, je ne fais pas un travail de théorie. Ce n’est pas mon affaire de rechercher théoriquement quels sont les principaux facteurs morbifiques du choléra et comment ils se hiérarchisent entre eux ; comment s’exercent, si elles existent, les influences ch~ matêriques, telluriques, atmosphériques ou saisonnières ; quelles sont les causes des prédispositions, soit locales, soit individuelles, et, parmi ces causes, lesquelles sont accidentelles, lesquelles permanentes ; quelles sont, en un mot, toutes les circonstances de nature à activer ou à atténuer la virulence des germes cholériques, à en faciliter ou à en entraver la transmission. Mais il m’appartient d’établir, en fait, quelles étaient, au point de vue sanitaire, les conditions du milieu où s’est produit le choléra, les mœurs, la manière de vivre des habitants. Ce milieu et ces mœurs, je les ai étudiés et je les présente, ne m’inquiétant pas de savoir si de mon exposé telle ou telle théorie pourra tirer un avantage. « Que de relations d’épidémies, dit M, Léon Colin, dont la valeur est diminuée, parfois entièrement compromise, parce que l’auteur a négligé tout ce qui ne se rapportait pas à une idée préconçue et que d’avânCe sa conviction était faite sur le rôle exclusif soit dê l’eau, soit de l’influence d’un foyer putride, soit d’un germe parasitaire ' », Je ne crois pas avoir encouru ce reproche. Tout ce que j’ai pu apprendre, je l’ai eût, sans rien dissimuler, sans rien exagérer, sans rien affaiblir.

Il y a quelques points sur lesquels il est sans doute inutile d’insister. Tout le monde sait que la population de ce département est une des plus pauvres de la France ; sur le littoral, les pêcheurs, qui ont été particulièrement frappés dans notre épidémie, mènent une existence misérable, et si l’on veut apprendre comment l’on vit à l’intérieur des terres, l’on n’a qu’à lire plus loin, dans la notice consâ„ crée à l’épidémie de Quimper, les détails fournis sur les conditions de subsistance d’un journalier habitant cette ville. Il est inutile en outré de démontrer ici que les autorités locales n’ont presque rien fait de

* Léon Colin. Encyclopédie d'hygiène èl de médèciné publique, tome I, p. 63o.

ce qu’elles devaient faire pour permettre à l’administràtion préfectorale de prendre à temps des mesures de défense effectives ; parfois non prévenues elles-mêmes, elles se sont, dans presque tous les cas, abstenues de prévenir le préfet.

Le sol. — Je m’étendrai un peu plus sur certaines conditions d’insalubrité : habitations malsaines, eaux impures, immondices accumulées, habitudes d’intempérance. Mais auparavant je dois faire connaître la composition du sol dans les communes atteintes par l’épidémie. M. Jacquot, inspecteur général des mines en retraite, directeur honoraire du service de la carte géologique détaillée de la France, a bien voulu me remettre, sur cette question, une note des plus intéressantes, que je publie in extenso et pour laquelle je lui exprime ma gratitude :

A mon sens, il s’agit bien moins de rechercher la nature ou l’âge des terrains qui constituent le sol des communes atteintes par l’épidémie, que d’examiner les conséquences qui peuvent résulter de leurs dissemblances au point de vue deî’hydrographie souterraine. C’est là le point essentiel à mettre en évidence, comme l’a prouvé la comparaison qui a été faite, lors de l’épidémie de i885, de la commune du Guilvinec avec le hameau de Léchiagat, commune de Treffiagat 1 . Le Guilvinec n’est séparé de Léchiagat que par une simple anse de mer formant port et les deux agglomérations sont placées, d’ailleurs, dans des conditions géologiques identiques. Le Guilvinec a été fortement atteint, parce que cette commune n’avait que des puits peu profonds; Léchiagat, signalée comme tirant son alimentation en eau potable d’une source située à deux kilomètres, est restée au contraire indemne.

Le but des recherches à entreprendre se trouvant ainsi défini, on n’a pas tardé à reconnaître que l’étude de la constitution géologique du sol de la Bretagne, restée à l’état rudimentaire, avait fort progressé depuis que le service d’exploration de la carte de France, réorganisé en 1876, a eu à s’en occuper. On peut même constater qu’au point de vue de la science pure, le relevé géologique de cette contrée, confié à M. Barrois, a été poussé très loin, puisqu’il y a distingué des granités d’âges très divers et qu’il a signalé avec beaucoup de soins les modifications métamorphiques survenues par l’intrusion des roches éruptives dans les terrains ambiants. En revanche, la question de l’hydrographie souterraine, qui présente tant d’intérêt pratique pour les populations et à laquelle des découvertes récentes assignent un rôle capital dans l’expansion des épidémies, est à peu près passée sous silence. C’est une lacune manifeste.

Pour y suppléer, et, en prenant pour point de départ les relevés géologiques de M. Barrois auxquels je me plais à rendre hommage, j’ai eu recours à deux principes que je crois incontestables :

1 0 Les terrains de même nature se comportent de la même manière avec les précipitations atmosphériques ;

2 0 L’hydrographie souterraine d’une contrée est représentée en caractères indélébiles par l’hydrographie de la surface, de telle sorte que l’on peut, sans crainte de se tromper, remonter de l’une à l’autre.

Au point de vue de l'hydrographie souterraine, on peut faire deux parts des ter-

1 Voir aux notices communales le plan du Guilvinec.

rains, presque tous très anciens, qui constituent le sol de la Bretagne et celui du département du Finistère.

Dans la première catégorie je rangerai les granités, granulites, gneiss, micaschistes qui jouent un rôle important dans l’orographie de la contrée ainsi que les roches éruptives diorites, kersantites, en un mot toutes les roches cristallophylliennes.

A la seconde catégorie appartiennent les terrains sédimentaires qui, d’après la légende de la feuille deChâteaulin, embrassent la série paléozique depuis l’étage des schistes et phyllades de Saint-Lô, jusqu’au terrain houiller de Quimper, soit le cambrien, le silurien, le dévonien et le carbonifère ( en laissant de côté les sables et l’argile de Toulven, exploitée pour les faïenceries de Quimper, qui sont tertiaires pliocènes et n’occupent qu’une étendue insignifiante).

En s’en tenant aux généralités on peut admettre que les terrains sédimentaires forment dans la partie centrale de la Bretagne et du Finistère un bassin qui, assez étroit vers l’ouest, s’élargit et s’ouvre dans la direction opposée et dont toutes les assises sont relevées sous des angles considérables.

On peut aussi admettre (et ceci est très important ) que dans le Finistère, comme dans le reste de la Bretagne, le sol est partagé par parties à peu près égales entre les deux grandes catégories ci-dessus définies.

Elles se comportent d’une manière bien différente avec les eaux atmosphériques.

Par leur nature les roches cristallophylliennes sont toutes imperméables. Dès lors, l’eau qui tombe à leur surface ruissellerait, comme elle le fait, d’après M. Barrois. sur le plateau déclive de Pont-l’Abbé, si, sous l’influence prolongée des agents atmosphériques, il ne s’opérait à leur surface une décomposition qui désagrège leurs éléments. Les précipitations atmosphériques pénètrent dans le dépôt perméable qui en résulte et elles y forment une nappe qui n’est jamais bien profonde. De là les sources très nombreuses, mais généralement aussi peu abondantes des pays granitiques. De là également les puits de ces régions où l’eau affleure presque à la surface du sol. On trouve toutefois dans la partie granitique du Finistère, notamment aux environs de Brest et de Quimper des sources remarquables par leur volume. Elles doivent leur existence à l’intrusion au milieu des granités, granulites ou gneiss, soit de roches éruptives moins facilement altérables, soit même de lambeaux de terrains sédimentaires qui y forment des sortes de barrages. Quand cette circonstance se présente, il se produit constamment au contact des deux terrains un afflux d’eau considérable. Dans le bassin sédimentaire du Finistère on rencontre des assises qui sont à peu près imperméables comme les schistes. Il y en a d’autres au contraire qui, étant fissurés comme les calcaires et les quartzites, se laissent facilement pénétrer par les eaux atmosphériques, les accumulent et après un long trajet en rendent le produit sous forme de sources. En parcourant la légende de la feuille de Châteaulin, on reconnaît sans peine les couches qui se trouvent dans ces conditions. Ce sont, par exemple, les lentilles calcaires assimilées à l’assise dévonienne de Néhou dans le Cotentin. On pourrait encore ranger dans cette catégorie les quartzites dévoniens de Plougastel et les grès siluriens de Gamaret. Si la légende avait été complétée au point de vue hydrographique on y aurait vraisemblablement indiqué des nappes d’eau. Mais sous ce rapport aucune assise n’est comparable à celle connue sous le [nom de grès armoricain et qui, placée vers la base du terrain silurien, se retrouve avec constance à ce niveau dans le Cotentin, la basse Normandie, l’Anjou et le Maine. C’est elle qui dans le Finistère constitue, du moins pour la plus grande partie, les montagnes d’Arrée au nord du bassin sédimentaire et qui reparaît vers le sud dans les montagnes Noires. Elle atteint sur quelques points cinq cents mètres d’épaisseur. Il faut donc se représenter cette assise quartzeuse si puissante, relevée presque vertica-

lemeut et recevant sur sa tranche les précipitations atmosphériques, si abondantes dans cette partie de la France. Elle en rend le produit sous forme de sources aussi nombreuses que volumineuses et toute l’hydrographie du Finistère lui est pour ainsi dire subordonnée. On peut remarquer en effet que tous les cours d’eau do quelque importance y ont leur origine. Ce sont ; au nord des montagnes d’Arrée, leDossenet l’Elorn, les rivières de Morlaix et de Brest, et au sud de ces montagnes, l’Aune, la rivière de Châteaulin, le Seorf, l’Aven et l’Qdet qui descendant du versant, méridional des montagnes Noires ont également leurs sources dans le grès armoricain.

On peut donc, considérer le bassin sédimentaire comme étant bien pourvu en eaux de cette nature.

Ces prémisses posées, on reconnaît que les communes signalées comme ayant été fortement atteintes par les épidémies do choléra peuvent., eu égard à la position qu’elles occupent, être partagées en dix groupes naturels assez bien définis, de la manière suivante :

Au nord :

N“ i . Le groupe de Brest comprenant indépendamment de cette ville, Lambézellec, Sl-Pierre-Quilbignon, Guipavas et comme annexe, un peu à l’écart., Plouguin ;

N° 2. La côte dans l’arrondissement de Morlaix, Roseoff, Saint-Pol-de-Léon, Plougasnou, Loquirec ;

N° 3. Morlaix avec Plouezoch, Plougonven et Plouégat-Guérand, annexe de Landivisiau :

N° 4. LeFaou et Hanveo, rapprochées quoiqu’elles appartiennent à deux arrondissements différents dont les limites sont manifestement arbitraires pour les épidémies ;

N° 5. La presqu’île de Crozon, ce bourg avec Lanvéao et Gamaret ;

Au sud:

N° 6. Douarnenez avec Plonévez-Porzay, Ploaré, Pouldergat et Poullan, annexe de Quimper ;

N° 7. Baied’Audierne, la commune decenom,Esquibien,Plouhinec. île de Sein;

N° 8. Pont-l’Abbé et Guilvinec ;

N° 9. Concarneau avec Beuzec-Conq, Lanriec et Trégunc, groupe très compact, car c’est le canton tout entier ;

N“ xo. Enfin Quimperlé, Riecet Moëlan.

Les groupes nos x, 2, 3, 6, 7, 8, 9 et 10, comprenant trente-trois communes, sont dans la dépendance des terrains cristallophylliens à nappes d’eau peu profondes. Les communes des groupes 4 et 5, au nombre de oinq, appartiennent au contraire aux formations sédimentaires. Mais il convient de faire remarquer que pour quelques-unes d’entre elles et pour le bourg de Crozon, par exemple, placé en un point culminant sur la tranche de grès armoricain, il y a, sous le rapport hydrographique, une certaine analogie avec celle des premiers groupes.

Restent les deux communes de la Feuillée et de Carhaix trop éloignées pour qu’on puisse les rattacher à un quelconque de ces groupes. Quoiqu’elle soit située dans la partie centrale du département, la première appartient à un pointement granitique enclavé au milieu des formations sédimentaires. Quant au bourg de Carhaix, d’après le figuré do la feuille géologique de Châteaulin, il est bâti, au moins pour partie, sur des alluvions recouvrant des schistes houillers imperméables, de teile sorte qu’il doit être rangé dans la catégorie dos premiers groupes.

En résumé, sur les quarante communes signalées, trente-cinq doivent être classées comme appartenant à des terrains à nappes peu profondes et pouvant être facilement contaminées, A l’exception des communes qui ont des distributions d'eau, elles se trouvent donc placées dans des conditions identiques à celles qui ont été

signalées au Guilvinec comme ayant contribué à la propagation de l’épidémie. Cinq communes paraissent être dans des conditions différentes, sous la réserve des observations produites à l’occasion de Crozon.

Si on se reporte à ce qui a été dit plus haut de la répartition par parties à peu près égales du territoire du Finistère entre les terrains granitiques ou leurs similaires, d’une part, et de l’autre, les formations sédimentaires, on ne peut qu’être frappé de la disproportion que présentent les communes atteintes par l’épidémie dans chacune des deux catégories.

Les habitations. — En l’an VII, Cambry publia le récit d’un voyage qu’il avait fait dans le Finistère en 1795. Son livre1 présente de ce pays un tableau qui, sur bien des points, est encore exact. Voici comment il dépeint les habitations :

Au milieu de ces sites délicieux vivent des individus fort sales. Leur cahute sans jour est pleine de fumée ; une claie légère la partage. Le maître du ménage, sa femme, ses enfants et ses petits-enfants occupent une de ses parties ; l’autre contient les bœufs, les vaches, tous les animaux de la ferme. Les exhalaisons réciproques se communiquent aisément et je ne sais qui perd à cet échange. Ces maisons n’ont pas 60 pieds de long sur i5 de profondeur ; une seule fenêtre de 18 pouces de hauteur leur donne un rayon de lumière; elle éclaire un bahut sur lequel une énorme masse de pain de seigle est ordinairement posée sur une serviette grossière ; deux bancs ou plutôt deux coffrets sont établis le long du bahut quai leur sert de table à manger. Des deux côtés d’une vaste cheminée sont placées de grandes armoires sans battants, à deux étages dont la séparation n’est formée que par quelques planches, où sont les lits dans lesquels les pères, les mères, les femmes entrent couchés, car la hauteur de ces étages n’est quelquefois que de 2 pieds ; ils dorment sur la balle d’avoine ou de seigle, sans matelas, sans lits de plume, sans draps ; beaucoup d’entre eux ne sont couverts que d’une espèce de sac de balle ; très peu se servent de couvertures en laine , quelques-uns en possèdent de ballin ; c’est une espèce d’étoffe tissée de gros fil d’étoupes. Ils emploient aussi quelquefois des couvertures de poil ; si par hasard ils ont des draps, à peine atteignent-ils les deux extrémités du lit. Le reste de leurs meubles est composé d’écuelles d’une terre commune, de quelques assiettes d’étain, d’un vaissellier, d’une platine à faire les crêpes, de chaudrons, d’une poêle et de quelques pots à lait.... Je 11’aipas parlé du parquet ; jamais il n’est carrelé, ni boisé, ni pavé : la terre inégale en sert ; on pourrait se casser la jambe dans les trous profonds qui s’y forment; les enfants s’y blessent, s’estropient fort souvent. Imaginez la malpropreté, l’odeur, l’humidité, la boue qui régnent dans ces demeures souterraines, l’eau de fumier qui souvent en défend l’entrée, qui presque toujours y pénètre. Ajoutez— y la malpropreté d’individus qui ne se baignent ni ne se lavent jamais, qui sortent des fossés, des mares, des cloaques où l’ivresse les avait précipités ....

La peinture est sans doute poussée au noir. Et pourtant. . . ! Les réduits où habitent en i885 les pêcheurs du Finistère ne valent guère mieux que les cahutes des « terriens » de 1795. Les animaux

’ Voyage dans le Finistère en 170b et 1795. 3 vol. Paris, an VII de la République française .

de la ferme sont remplacés par le poisson et les engins de pêche : l’odorat n’y gagne rien.

Voici en effet la description, faite en i885, d’un quartier d’Audierne 1 .

L’adossement de ces maisons à la colline constitue une cause permanente d’insalubrité : mares formées dans les cours par l’eau qui suinte de la colline ; cloaques infects, surtout en été; infiltrations continuelles des eaux dans ces logements dont l’intérieur est presque toujours misérable. Là tout est réuni pour favoriser l’épanouissement morbide: misère, malpropreté, incurie des habitants. Il n’est pas jusqu’aux lits clos, communs dans les campagnes bretonnes, et quelquefois à deux étages superposés, souvent réduits à une simple paillasse et . à une mauvaise couverture, qui n’ajoutent leur tribut à cette hygiène déplorable. Les lits sont souvent fixés au mur et reçoivent une part de son humidité. 11 faut ajouter l’habitude qu’ont les marins, au retour de la pêche, de déposer leurs vêtements encore imprégnés d’eau salée dans la pièce qui sert d’entrée et, s’il n’y en a point, dans les pièces même où l’on couche. C’est un pêle-mêle de bottes de mer, de casiers à langoustes, de filets, de barils de rogue. Pendant le jour, on suspend le poisson qui sèche à l’unique fenêtre de la maison; la nuit venue, on le rentre. Le rez-de-chaussée, sans plancher ni dallage, est transformé en une boue gluante qui adhère aux chaussures. L’air y est rarement renouvelé. La chaleur et le soleil n’y pénètrent presque jamais. Les étages supérieurs, et il n’y en a souvent qu’un seul, ne présentent d’autre salubrité que celle qui résulte de leur situation. L’escalier aussi sale que l’entrée, sert généralement à suspendre les filets et engins de pêche. Bien que la chambre soit pourvue d’un plancher, celui-ci disparaît sous une épaisse couche de poussière . On n’allume de feu que pour préparer les repas, quelquefois dans un poêle en fonte, le plus souvent dans une cheminée d’un tirage défectueux. Aussi ces logements sont-ils, lorsque soufflent les vents du sud, empoisonnés par une fumée âcre due à la combustion imparfaite d’un bois humide et vert.

Le directeur de la santé à Brest, M. le Dr Anner, s’exprime presque dans les mêmes termes en parlant du Guilvinec :

Les planchers n’existent presque nulle part ; le sol que les pieds foulent est la terre même avec ses irrégularités et ses anfractuosités dans lesquelles stagnent les boues et ordures aussi bien de l’extérieur que de l’intérieur ; beaucoup délits demi-clos, c'est-à-dire des sortes d’armoires avec porte à coulisses, sans dôme ; comme literie une paillasse et une couverture 2.

Dans une communication à l’académie de médecine sur le choléra en Bretagne (9 février 1886), M. le professeur Proust a décrit de la manière suivante des maisons que nous avons visitées ensemble :

Une des maisons que nous avons pu voir, à Concarneau, nous a paru particulièrement misérable. Le logement se composait d’une seule pièce. Le sol était formé par la terre humide sur laquelle il y avait de la paille, des flaques d’eau et des matières fécales rendues par une femme de quarante-cinq à cinquante ans, propriétaire du logis. Elle venait d’avoir le choléra et était couchée sur un lit

1 Rapport du D' le Jollec, médecin de la marine.

3 Rapport au ministre du commerce et de l’industrie, aC octobre i835.

dépourvu de matelas, de draps et de toute couverture, muni seulement d’un peu de paille. Une ruelle très étroite conduisait à ce logement dans lequel le jour n’existait que par une fenêtre très petite, ne pouvant pas s’ouvrir. On ne trouvait dans cette pièce ni meuble d’aucune sorte, ni ustensile de cuisine.

D’autres fois, les chambres sont absolument encombrées. A Poulgoazec, nous avons vu, au rez-de-chaussée, dans une pièce peu spacieuse et munie d’une seule petite fenêtre, deux grands lits armoires, des filets mouillés, un grand nombre d’ustensiles de pêche, des poules, des carottes éparses dans la salle, des amas de linge sale. Cette pièce est l’unique local où habitent trois personnes adultes et cinq enfants. Devant la maison, dont le rez-de-chaussée est en contre-bas, se trouve un amas de fumier ; le purin peut pénétrer dans l’intérieur du logement. Derrière la maison, une porcherie.

Étroitesse des chambres servant de logement à cinq, six et jusqu’à dix personnes, absence d’ouvertures suffisantes, renouvellement de l’air par la cheminée et par la porte, malpropreté du sol et des murs, accumulation des ordures dans la chambre même pendant des heures, telles sont les conditions habituelles de logement de beaucoup de pêcheurs, et l’on verra dans la notice sur l’épidémie de Quimper qu’il y a dans les villes des habitations qui ne le cèdent en rien à celles du littoral. Or, là où le choléra éclate, la mortalité est en raison directe de l’encombrement. Fodor, cité par MM . Gornil et Babès, a chiffré les conséquences de cet encombrement :

Dans les chambres habitées par une seule personne, il meurt du choléra Gi pour io.ooo. Dans les appartements qui logent deux personnes par chambre, il meurt i3i pour io.ooo. Dans les logis où il y a de trois à quatre personnes par chambre la mortalité est de 219 pour 10.000 et, lorsqu’il y a plus de 4 personnes par chambre, la mortalité est de 327 pour 10.000 '.

Je citerai à cette occasion un épisode de l’épidémie italienne de i884 : il démontre à la fois combien peuvent être efficaces des mesures promptes et énergiques et combien l’insalubrité des logements est favorable à la propagation du choléra. Les 27 et 28 juillet 1884, le choléra se déclare avec une violence extraordinaire dans la petite commune de Seborga (Ligurie) qui ne compte que 339 habitants ; 89 s’enfuient dans la montagne. Des 25o qui restent, 4o sont atteints, 28 meurent. L’administration fait vider toutes les maisons sans exception. La population campe en plein air. On oblige chaque habitant à prendre un bain au sortir duquel on l’habille d'un vêtement neuf. A chaque individu l’on donne une ration de vivres. Ces

1 Corn il et Babès . Les bactéries, 3e édition. Paris. Alcan, 1890, p. 1 9 4 . — M. Léon Colin dit bien que « le choléra ne procède pas de l’encombrement » ( Encyclop . d’hygiène et de médecine publique, tome II, p. 4o), mais il ne dit pas que l’encombrement ne soit pas une cause adjuvante de sa propagation.

mesures sont exécutées le 21 août. Le ik, l’épidémie avait entièrement disparu '.

Il serait difficile d’agir partout d’une manière aussi radicale. Dans le Finistère, il y aurait eu, dans bien des cas, grande utilité à désinfecter des logements par mesure préventive. C’était impossible. Il eût fallu employer la violence pour obliger les habitants à abandonner leurs demeures. On y réussissait quelquefois, rarement, après le décès ou la maladie grave d’un membre de la famille jamais quand il n’y avait eu personne de pris dans la maison.

Cette malpropreté a son excuse dans la misère. C’est la misère qui explique non seulement les taudis du Finistère, mais les bouges parisiens, hier dans la rue Sainte-Marguerite, aujourd’hui encore à la cité Jeanne-d’Arc et à la cité du Soleil. Dans des milieux différents, la préoccupation exclusive du manger produit le même détachement des soins de la personne et de la maison.

L’eau. — A de rares exceptions près, l’on boit dans le Finistère l’eau des puits. Or, presque partout le sol est composé, à la surface, de sable calcaire très perméable2. Les eaux potables sont donc exposées à subir le mélange de celles qui ont couru et séjourné sur le sol, s’imprégnant de matières en décomposition le long des chemins et au coin des maisons. Quelquefois même les ruisseaux, après avoir roulé toutes sortes d’ordures, s’écoulent directement dans des puits dépourvus de margelles. Les habitants le savent ; ils le voient ; ils n’en restent pas moins très indifférents et boivent philosophiquement une eau qui ne leur fera du mal que si la destinée en a ainsi ordonné.

L’eau paraît en conséquence avoir contribué à la propagation du choléra, d’une part, en disséminant les germes cholériques par les ruisseaux, par les fontaines-lavoirs, par les écoulements de toute nature, d’autre part, en introduisant ces germes dans l’organisme humain par les eaux potables. Les communes que l’on peut citer comme ayant eu des puits particulièrement infectés sont celles de Douarnenez, de Plouhinec, de l’ile de Sein, de Guengat, du Guilvinec, de Quimper. Ceux qui pensent que l’eau remplit dans une

' Mokana, secrétaire général du ministère de l’intérieur. Il colera in Italia, i884-85, p. 35.

2 « La granulite constitue la presque totalité du sol de la Bretagne : elle est constamment recouverte d’une arène friable et perméable, résultat de sa décomposition sous l’influence des agents atmosphériques. L’eau y pénètre avec facilité ...» Rapport de M . Ogier « sur l’alimentation en eau de la ville de Quimper ». Recueil des travaux du comité consultatif d'hygiène publique de France, tome XXI, p. 3i8.

épidémie de choléra ee double rôle de véhicule des germes morbides et d’agent direct d’introduction tireront sans doute argument des faits relevés avec précision dans ees deux dernières communes.

Déjà, en 1871, le comité consultatif d’hygiène publique de France, dans une Instruction générale concernant les mesures préventives contre le choléra, s’était expliqué sur la question des eaux ;

... La question des eaux affectées aux usages domestiques mérite une attention particulière. Il importe que ces eaux soient pures et chargées le moins possible de principes organiques. Il faut qu’elles soient à l’abri des infiltration? provenant d’un sol imprégné de matières organiques, ce qui arrive souvent au voisinage des cimetières, des égouts, des fosses d’aisances, des puisards et de certaines usines qui répandent sur le sol ou dans les cours d’eau des résidus nuisibles. Par conséquent, les fontaines publiques, les réservoirs, les puits, les cours d’eau qui alimentent la consommation doivent être l’objet de mesures propres à en éloigner toute cause de contamination. On peut poser comme règle générale d’intérêt public que l’eau destinée à la consommation doit être, non seulement préservée des infiltrations dont il vient d’être parlé, mais encore amenée depuis la source jusqu’à destination, autant que possible, à l’abri de l’air et de la lumière.

MM. Wolfhügel et Riedel ont constaté que les bacilles en virgule, semés dans des échantillons stérilisés d’eau de rivière, d’eau de puits, d’eau de source, présentent dans les premiers jours une diminution numérique très notable :

Us demandent un certain temps, après leur introduction dans l’eau, pour s’accommoder à oe milieu, nouveau pour eux ; beaucoup succombent pendant cet acclimatement. Puis leur nombre augmente rapidement. La vie du bacille virgule dans ces eaux est très longue ; on eu retrouve uu grand nombre susceptible de végétation au bout de sept mois 1 .

M. Koch:

Quant à la viabilité du bacille virgule, les expériences ont démontré qu’il vit dans l’eau de puits pendant trente jours, dans les eaux vannes pendant sept jours, dans le contenu d’une fosse d’aisance vingt-quatre heures, sur de la toile humide trois à quatre jours, dans l’eau du port de Marseille (Nicati et Rietsch) quatrevingt-un jours2.

MM, Corail et Babès :

L’eau, disent-ils, peut servir de véhicule aux bacilles en virgule qui y vivent bien un certain temps ; mais elle ne renferme pas de substances capables de les nourrir, si bien qu’ils finissent par disparaître. Mais il n’en est pas de même dans les eaux stagnantes gui renferment des dépôts de matières organiques. Lorsque le niveau des eaux souterraines s’abaisse, les flaques d’eau se chargent davantage de débris de toute espèce, constituent des bouillons plus concentrés et la pullulation des germes s’y opère avec plus de facilité *.

On verra plus loin que, tandis qu’au Guilvinec les habitants, bu-

* Cité par la Dr Legrand. Prophylaxie sanitaire maritime moderne du choléra. Paris, 1890.

2 Koch. Conférence sur le choléra. Semaine médicale, i3 mai i885.

3 Cornu et Babès. Les Bactéries. 3" édition, 1890, tome II, p. i83.

vant de l’eau de puits prise dans l’agglomération, étaient frappés par la maladie de la manière la plus cruelle, leurs voisins de Léchiagat, en relations continuelles avec eux, ayant la même manière de vivre qu’eux, à peu près aussi ignorants qu’eux des règles de l’hygiène, mais qui buvaient de l’eau de source, ont été absolument épargnés.

L’eau, dit le Dr Charrin, a joué un rôle certain dans plusieurs villes. A Prat- Salon, hameau de Kerhuon, commune de Guipavas, il y a eu 7 cas, dont 5 décès sur 18 habitants, dans l’espace de quelques jours. L’eau d’alimentation avait été contaminée par l’eau d’un lavoir placé tout à côté de la source, un peu au-dessus, et séparé d’elle par un petit mur en terre ; dans ce lavoir, on avait lavé des linges de cholériques '.

Les immondices . — Les immondices trop tard éliminées paraissent avoir grandement facilité la propagation de l’épidémie.

Dans les cours des maisons, il y a presque toujours un coin où l’on jette pêle-mêle les débris de cuisine, les fumiers des animaux, les boues, les poussières, les vieux chiffons et, en cas de maladie, les déjections des malades. De ce tas d’immondices suinte un liquide infect qui gagne la rue et s’écoule où il peut, au petit bonheur de la pente. S’il descend directement à la mer, c’est tant mieux pour la localité. Plus souvent, le petit ruisseau empoisonné s’attarde dans les chemins, y séjourne jusqu’à ce que le sol l’ait absorbé, ou aboutit paresseusement à une mare qu’il alimente.

Cette cause de propagation des germes morbides avait déjà été remarquée à Marseille, où la malpropreté des rues et des maisons était proverbiale. Marseille a commencé la construction d’égouts. Les rues qui en sont pourvues en ont bénéficié lors de l’épidémie de choléra de 188 4 :

En jetant les yeux sur le plan des égouts de la ville, on voit immédiatement que dans les rues où il existe des égouts, le nombre des décès est beaucoup moins grand que partout ailleurs. Ce fait très remarquable s’observe non seulement dans les grandes rues au tracé rectiligne, bien aérées, convenablement habitées et dont le nettoiement et le balayage sont opérés avec le plus grand soin, mais encore dans les quartiers les plus mal tenus, où les conditions de salubrité et d’hygiène sont le moins observées. ... Le quartier situé derrière la Bourse, entre la rue de la République, la rue Cannebière, le cours Belsunce et la nouvelle rue Colbert, offre à cet égard plusieurs exemples frappants. Toutes les rues de ce quartier sont également malpropres, également sinueuses ; plusieurs de ces rues sont munies d’égouts ; elles seules ont été épargnées 1 2.

1 Ghabrin. Rapport au ministre du commerce sur l’épidémie de choléra en Bretagne, i5 mai 1886.

2 Gukbarb, ingénieur en chef des ponts et chaussées. Le choléra à Marseille en 188b.

Ces faits sont caractéristiques. Certainement on ne peut pas exiger que de petites localités dénuées de ressources construisent des égouts souterrains; mais il est toujours possible d’établir à ciel ouvert des rigoles imperméables, conduisant en beu sûr les liquides qui s’échappent des habitations et des tas d’immondices. Il est toujours possible surtout de ne pas laisser séjourner plus de vingt-quatre heures dans les cours et les rues les résidus de ménage, les boues, les poussières, les fumiers des animaux.

Yeut-on quelques exemples, empruntés aux notices qui vont suivre, de l’accumulation des immondices dans les localités frappées par l’épidémie ? A Concarneau, les habitants déposent les matières fécales le long de la grève, laissant à la mer le soin de les enlever. A Trégunc, l’on voyait une cour et une rue rempbes de fumiers et de matières stercorales ; on jetait, sans désinfection, sur ces fumiers, les déjections des cholériques. Parlant du Guilvinec, l’agent-voyer s'exprime ainsi : « Il n’y a que quelques fosses d’aisances dans toute la ville ; les habitants satisfont leurs besoins un peu partout, aux abords de leurs demeures. Les fosses d’aisances sont vidées sur des tas de fumiers dès qu’elles sont pleines . Les fumiers sont transportés sur les champs vers le mois de février. Les plus grandes rues seules sont nettoyées tous les quinze jours. » Le Dr Cosmao dit, toujours à propos du Guilvinec: « Pas de fosses d’aisances, d’eau potable nulle part. Des marais au milieu de la ville, des détritus partout. » A Plonévez-Porzay, la terre battue, qui sert en même temps de plancher aux famibes et de beux d’ébats aux cochons, est le réceptacle de toutes sortes d’ordures croupissant dans la houe que transportent les sabots. 11 n’y a pas plus de baquets pour les résidus de ménage que pour les matières fécales. Les débris de légumes, de poissons et de viandes sont déposés au verger tous les huit ou dix jours, lorsque leur fermentation a rendu le séjour de la maison intolérable. A l’île de Sein, le système de vidanges est très primitif. On compte à peine une demi-douzaine de fosses. « Les habitants du bord de la mer, pour jeter les immondices par dessus le parapet, n’attendent même pas le moment où le flot baigne la chaus sée » (p. 427). Les habitants de l’intérieur accumulent les ordures près des maisons, sur des tas de fumiers composés de cendres, de varechs, de résidus d’étables qu’ils conservent avec soin pour les diriger à certaines époques, d’habitude au printemps, sur « la grande terre ». Si à Poulgoazec la rue principale était transformée en une

série de mares, c’était moins par suite du séjour des eaux pluviales que parce que, de la plupart des maisons, des ruisseaux de purin, provenant d’étables à porcs, s’écoulaient dans la rue au moyen de trous pratiqués dans les murs des pignons.

Je terminerai sur ce point en citant un fait signalé dans une autre épidémie; il vient confirmer la leçon qui ressort des faits observés dans le Finistère-.

A Perpignan, pendant l’épidémie de i884* une maison fut particulièrement frappée. Sur vingt-deux locataires qui habitaient cette maison i3 furent atteints et sur les treize, sept moururent dans un intervalle compris entre le i3 août et le 10 septembre. Or, dans cette maison, appartenant à un tripier, se trouvait au rez-de-chaussée une fosse d’aisances communiquant avec l’égout collecteur de la rue. Cette fosse recevait les déjections des locataires. Ceux-ci les déversaient par un large tuyau en briques qui s’étendait du rez-dechaussée jusqu’au logement supérieur et qui offrait à chaque étage une ouverture de 4o centimètres non fermée permettant de précipiter les eaux sales et les matières cholériques. On n’a arrêté les ravages du choléra dans cette maison qu’en la faisant complètement évacuer

M, Palmberg est donc justifié à dire: te Les localités dépourvues d’égoüts, ayant une voirie mal organisée, approvisionnées de mauvaise eau, ou possédant un sol imprégné de matières excrémentitielles, sont celles qui sont le plus exposées aux apparitions du choléra 2. »

L'àlcdolismê. — Les épidémies qui ont donné lieu à des publications détaillées ne fournissent guère de renseignements sur la question de savoir si Ÿ alcoolisme est une cause de prédisposition au choléra 3. Les statistiques sont a peu près muettes sur ce point. Cependant M. Bertillon, dans son étude sur le choléra à Paris en 1884, donne les chiffres suivants qui se rapportent à un certain

nombre de malades décédés à domicile :

Genre de Vié i bon ou assez bon. . ; 218 décédés.

Gêilfè de vie : tnaüvais, irrégulier, privations , . , i . , , l , . s , .... I 118 1 —

Àlcoohsme 74 —

Total , » 410 décédés.

1 BocAmV, Rapport sué l'épidémie dû choléra asiatique qhi a règhè 4 Pèrpignatiih iS8& , p,4 1 .

2 Palmberg. Traité d'hygiène publique. Paris, 1891, p. 564.

* Voir but ce point ce qui est dit pp. too et i5i .

Ce qui dônne Une proportion de 1 8, o4 alcooliques sur ioû décédés. M. Bertillon ajoute que sur 5 1 4 autres décédés de cette épidémie, 126 étaient morts à domicile, 5 dans des garnis et 383 dans les hôpitaux. Il est vraisemblable que les 383 décès des hôpitaux auraient fourni, si l’on avait eu des renseignements, une proportion d'alcooliques au moins aussi élevée que celle des malades décédés à domicile.

Le Dr le Tersec, médecin de ire classe de la marine, délégué par son administration pour soigner les malades du Guilvinec, déclare que « l’alcoolisme augmente les conditions de réceptivité individuelle » . Ce qui veut dire que si le germe pénètre dans son organisme, l’alcoolique se trouve dans des conditions physiologiques favorables au développement du choléra.

Voici en quels termes, moins formels, s’exprime le Dr Charrin : « Sauf de très rares exceptions, les personnes atteintes appartiennent à la classe pauvre. Beaucoup étaient des malades ; beaucoup étaient des alcooliques. L’alcoolisme est une des plaies de la Bretagne, d’autant que les produits consommés sont d’ordre absolument inférieur 1 . »

Les alcooliques ont été fort maltraités au Guilvinec. Je ne veux pas anticiper sur ce que j’en dirai plus loin, et je me borne à constater que sur les g4 personnes âgées de plus de quinze ans qui ont été atteintes au Guilvinec, il y a 34 alcooliques, soit une proportion de 36,17 alcooliques pour 100 malades. Sur les 67 décès de personnes âgées de plus de quinze ans, il y a 21 alcooliques, soit une proportion de 36,84 p. 100.

4 Tréboul, pour les deux périodes de l’épidémie, sur les 67 personnes âgées de plus de quinze ans qui ont été atteintes, il y avait 11 alcooliques notoires, ce qui donne la proportion de 22 p. 100. Sur ces 5o malades, 10 sont morts et il y avait cinq alcooliques, soit 5o p. 100. Le nombre des alcooliques n’a pas été relevé dans toutes les communes : mais partout, les médecins et les autorités ont constaté que, parmi les malades, il y avait un grand nombre d’hommes et de femmes ayant des habitudes d’ivrognerie, On en verra le détail dans les notices 2.

Il résulte des chiffres enregistrés dans V Annuaire stülktiqüe de la France (1887, pp. 77 et 79) que la moyenne, en France, des pré-

1 CnARRiN . Rapport an ministre, i5 mai 1886.

2 Voir notamment pp. 196 et 197.

venus jugés pour délit d’ivresse, en i884, a été de 0,95 pour 10.000 habitants. Dans le Finistère, cette moyenne a été de 9,06 pour 10.000 habitants '.

Tout ce qui précède confirme ces appréciations de M. Proust :

Nous avons vu qu’un sol humide, un terrain poreux étaient les plus aptes à s’imprégner du miasme, à produire de nouvelles efflorescences épidémiques. C’est pourquoi on a observé, dans certaines parties de la Russie, de l’Allemagne et de la Hongrie, de ces retours périodiques du choléra. Le terrain humide sur lequel est bâti Amiens explique aussi pourquoi le choléra a eu dans cette ville une durée persistante.

Nous avons vu également comment les populations misérables, n’observant en rien les lois de l'hygiène, minées par les excès de tout genre, offraient peu de résistance à la maladie et subissaient les plus redoutables atteintes du fléau3.

Une crainte me vient. Le caractère pénible, parfois odieux, de quelques-uns des faits, malheureusement incontestables, que j’ai relevés et d’autres que je relèverai dans la suite de ce travail, ne fera-t-il pas croire que je nourris un sentiment peu sympathique au pays que j’ai eu l’honneur d’administfer ? Rien ne serait plus éloigné de la vérité. Si court qu’ait été le temps que j’ai passé en Bretagne, il a suffi pour me faire apprécier les fières qualités qui distinguent son peuple. Mais cette sympathie ne va pas jusqu’à m’aveugler. Je sais que chez d’autres elle est plus passionnée, et, de même qu’une femme d’esprit disait aimer Paris jusque dans ses verrues, peut-être se trouvera-t-il des bretons qui, admirant, excusant tout du pays qu’ils aiment, blâmeront la brutalité de mes constatations. Ces reproches seraient injustes. Si je pensais que l’ivrognerie dans les contrées du nord est une conséquence fatale du climat, si je pensais qu’aucun effort n’est capable de prévenir les épidémies et de diminuer la mortalité, je me serais abstenu de mettre en lumière des faits dont la divulgation n’eût servi qu’une stérile curiosité. Mais, comme je suis convaincu que c’est le contraire qui est vrai; que la préservation des maladies transmissibles et la diminution de la mortalité seraient obtenues par de sages mesures d’hygiène publique, et qu’ainsi une importante économie de vies humaines pourrait être facilement réalisée ;

1 Ces chiffres ont un caractère officiel. Ils diffèrent très sensiblement de ceux que donne M. Arnould dans son beau livre : Nouveaux éléments d'hygiène, p. 982. « Dans le Finistère, la moyenne annuelle du nombre des inculpés pour ivresse est de 82,4 pour 10.000 habitants. » Il est vrai que M. Arnould parle des inculpés et l’Annuaire des jugés; mais cette différence dans les bases du calcul ne suffit évidemment pas [à expliquer l’écart des résultats: 82,4 d’unepart et 9,06 de l’autre.

3 A. Proust. Traité d'hygiène, p. 954.

que nulle part l’homme n’est irrémédiablement voué au vice dégradant de l’ivrognerie, et qu’en Bretagne ce vice, qui dépare tant de dons généreux, peut être utilement combattu et doit être finalement vaincu, j’ai conscience d’avoir fait mon devoir, et d’avoir rendu service à mes anciens administrés, en montrant les choses telles qu’elles sont. Nos vrais amis doivent nous cacher le mal qui est en nous, lorsque ce mal est sans remède; mais ils doivent nous le dévoiler impitoyablement lorsque leur franchise, nous ouvrant les yeux, peut nous amener à prendre le chemin de la guérison.

§ 3. — Marche de l’épidémie.

Le choléra apparait pour la première fois à Concarneau le 20 septembre i885. Le premier décès a lieu à Beuzec-Conq, commune attenante à Concarneau. Le 22 septembre, la maladie passe à Penmarch, les 27 et 28 à Melgven et à Nizon, le 3o au Guilvinec. Ce dernier foyer devient rapidement très actif : les deux tiers des habitants émigrent, il n’en reste plus que 7 à 800 : 126 sont frappés, 72 succombent.

Pendant le mois d’octobre, sont successivement envahies les communes deLanriec, de Plobannalec, de Pont-l’Abbé, de Trégunc, d’Audierne. Dans cette dernière ville, le fléau se montre plus cruel encore qu’au Guilvinec ; nulle part il n’y a eu autant de décès ; le nombre s’en est élevé à i44> et il n’était pas resté dans la commune plus de 1.200 habitants. C’est aussi en octobre que le choléra se montre dans le nord du département, à Kerhuon, hameau de la commune de Guipavas, près de Brest. Il n’a pas été possible d’établir une relation entre l’épidémie du sud et celle du nord.

Le mois de novembre apporte la maladie : dans le nord, à Brest ; dans le sud, à Pont-Croix, à Douarnenez, à Ploubinec (Poulgoazec), à Pouldergat (Poul-David), à Ploaré, à Quéménéven, à Plonévez- Porzay (Tréfentec), à Quimper.

L’épidémie du sud pénètre au cours du mois de décembre dans les communes de Guiler, de Nevez, de Tréboul, de Fouesnant, de Guengat, et dans File de Sein ; celle du nord entre à Lambézellec, à Plougastel-Daoulas, à Landivisiau, à Saint-Marc, à Trémaouézan.

Le mal est alors en décroissance; il frappe encore là où il est, mais il ne s’étend plus guère. En janvier, février et mars 1886, il

est dans sept communes, où du reste il ne fructifie pas : dans le nord, Saint-Pierre-Quilbignon, aux portes de Brest (4 décès), Plouneventer (2 décès), Landerneau (3 décès) et Gouesnou (2 décès) ; dans le sud, à Plogastel-Saint-Germain (1 décès), Landudec(2 décès) et Plonéour (1 décès).

En janvier, c’est surtout à Douamenez que le choléra sévit. Je raconte plus loin1 comment, quand il paraissait abattu, les incidents d’Audierne lui rendirent quelque vigueur. Il était définitivement vaincu à la fin du mois d’avril 1886.

Yoici quel a été le nombre des décès par mois :

1885 Septembre ( 9 jours ) 11 décès.

- — Octobre 108

■ — • Novembre 250 —

— Février 33 —

— Mars 15 —

— Avril 7 —

Ces informations sont résumées et rendues visibles dans deux tableaux et deux cartes :

Dans les tableaux, les communes du Finistère atteintes par le fléau sont groupées en communes du sud, d’une part, et, de l’autre, en communes du nord. Les tableaux indiquent, pour chacune d’elles, le lieu présumé de l’importation du mal, la date du commencement et de la fin de l’épidémie, le nombre des décès. II suffit de considérer le total de la colonne 6, page 69, et celui de la colonne 6, page 71 , pour voir combien l’épidémie du sud a été plus meurtrière que l’épidémie du nord ;

Les cartes (planches nos 8 et 9) ne portent que le nom des communes visitées par le choléra et l’indication du nombre des guérisons et des décès. Des flèches relient la commune qui a donné le mal à la commune qui l’a reçu. La grosseur des points (rouges pour les guérisons, noirs pour les décès), est proportionnelle au nombre des malades, soit guéris, soit décédés. L’on aura ainsi, avant déliré les notices communales, une vue d’ensemble sur la géographie de l'épidémie, sa marche et l’importance locale de chacune de ses manifestations.

1 Voir pp. 86 et suiv .

En consultant à la fois le tableau et la carte, l’on aura sous les yeux une histoire rapide de ces manifestations. Par exemple, l’on se rendra compte que le choléra apparaît à Concarneau le 20 septembre i885, pour y faire sa dernière victime, la 47°, le 25 février 1886; que le 26 octobre, l’ayant déjà depuis plus d’un mois, Concarneau a transmis le mal à Audierne (1 44 décès, dont le dernier est survenu le 23 avril 1886) ; qu’Audierne l’a envoyé à Pont- Croix où il ne prospère pas (iercas: 5 novembre i885; dernier décès: 19 janvier 1888; total des décès: 6); que de Pont-Croix le choléra a passé à Quimper le 25 novembre ; qu’il a fait au chef- lieu du département 36 victimes dont la dernière est morte le 3o janvier; enfin, que Quimper a, le 3o décembre, envoyé la maladie à Guengat, qui a fourni 7 guérisons, 5 décès, et n’a transmis le mal à personne.

Pour trouver la justification de ces transmissions, il faudra consulter les notices communales.

Tableau^ .

I, — i 885-86 : Épidémie

No.

d'ordre.

COMMUNES

DATE

DU PREMIER CAS

20 septembre i885

11 octobre i885

5 novembre i885

Plouhinec (Poulgoazec)

Pouldergat (Poul-David)

pi P

Plonévez-Porzay (Tréfentec)

2 décembre i885

Ile de Sein

Tr’boul (Ve atteinte)

Plogastel-Saint-Germain

i4 janvier 1886

Plonéour

a Sud.

LIEU PRÉSUMÉ d’importation.

DATE

DU DERNIER DÉCÈS

NOMBRE

DES DÉCÈS

!lkm

idem

i3 décembre i885

Concarneau

idem

g 3 avril 1886

Audierne

iq janvier 1886 ....

idem

i o mars 1886

idem

2 3 février 1886

Douarncnez

q mars i88fi

Pont-Croix

3o janvier 1886 ... .

Douarnenez

idem

3n novembre iRRfl - - t

idem

idem

a décembre i885

Audierne

t fi janvier 1886

Trégunc

t 5 décembre i885

Douarnenez

q mars 1886

avril t 88(5

idem

Quimper

12 février 1886

idem

16 janvier 1886

Douarnenez

7 février 1886

idem

Total

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