‹ Le choléraChapitre 67 sur 125 · XVI. — QUIMPER · texte numérisé non relu

XVI. — QUIMPER

Épidémies antérieures: choléra en i834-35 : 3g8 cas, 1 54 décès.

— en i84g-5o : i4o cas, 5o décès.

— - en i865-66 : a cas, a décès.

Superficie : 20a hectares.

Population: dénombrement de 1886 : totale, 17.171(1881 : i5.28o); agglomérée, i4.6o6.

Taux moyen, de 1882 à i885, de l’excédent des décès sur les naissances: 4,5o pour 1.000 habitants.

Taux moyen, de 1882 à i885, delà mortalité: 3i,ii pour 1.000 habitants2.

Nombre des maisons: 1. 24g; des ménages: 3.673.

Durée de l’épidémie : du a5 novembre i885 au 3o janvier 1886 *.

Nombre des décès : 36 (6 enfants, dont 3 garçons, 3 Elles; i3 hommes; 17 femmes).

Proportion des décès cholériques, en i885-86, au chiffre de la population totale : (35: 17.171) 2,0g pour 1.000 habitants.

Spiritueux: au cours d’une année (1 885), la consommation du vin, par tête d’habitant, a été de 4o litres, du cidre de 80 litres, de l’alcool de g lit. 3.

Si l’on s’en tient aux déclarations faites, il s’est produit à Quimper 86 cas cholériques qui ont entraîné 36 décès. J’expliquerai à la fin de cette notice pourquoi ces chiffres me paraissent n’être pas conformes à la réalité des choses et devoir être portés à 1 1 o cas et environ 5o décès.

Avant d’aborder l’étude spéciale de l’épidémie, je dois dire un mot de la situation sanitaire de la ville.

Comme on l’a vu au début de cette notice, le choléra a plusieurs fois visité la ville de Quimper. D’autres maladies épidémiques, notamment la fièvre typhoïde et la petite vérole, y ont fait à maintes reprises de sérieux ravages, notamment en i865, 1868, 1874, 1880, 1881 . L’on trouvera à la 5e annexe du document A (p. 385) une table de la mortalité à Quimper de 1861 à i885, indiquant pour chacune de ces 25 années le chiffre de la population, le nombre des décès, et la

1 Pour Quimper, je n’ai pas eu les documents établissant la répartition de la population par âges, état civil, etc. Le plan suivi dans cette notice est le même que celui do la notice du Guilvinec. Ici comme là, toutes les informations sont résumées en deux documents accompagnés de plusieurs annexes : document A (Les malades ) ; document B (Les habitations). Voir les explications données à cet égard pp. ig3 à igg.

2 Voir p. ii8 comment ces chiffres ont été obtenus.

3 Voir les observations météoriques pour cette période à la planche 23.

proportion des décès à la population. La proportion moyenne des décès pendant cette période est de 35,5g pour 1.000 habitants. En déduisant les deux années 1870 et 1871, où elle a atteint 54,34 p. 1.000 et 45,56 p. 1.000, elle reste encore de 34,64 p. 1.000. Deux fois seulement elle est tombée au-dessous de 3o p. r.000 (1879 : 26,27; *876 '• 28,78); pour i5 années sur les 23, elle a été supérieure à 34 p. 1.000. En i865, elle atteignait 45, 09.

Objectera- t-on la mortalité à l’asile des aliénés et à l’hospice, et dira-t-on qu’il n’est pas juste de l’imputer à la ville de Quimper? Pour l’asile, l’objection a quelque valeur, et j’ai fait un long et minutieux travail qui en tient compte. Pour l’hospice, il faut observer que toutes les villes dont la mortalité peut être comparée à celle de Quimper ont un ou plusieurs hospices, et que la mortalité qui s’y produit est toujours comprise dans le calcul. J’ai cependant voulu savoir ce que représente, dans la mortalité générale, celle des malades de l’hospice qui n’étaient pas des habitants de Quimper. En défalquant les aliénés étrangers morts à l’asile, la moyenne de la mortalité, pour les 25 années de 1861 à i885, est de 33,68 p. 1.000. En défalquant à la fois les aliénés étrangers et les étrangers morts à l’hospice, elle reste encore de 30,71 p. 1.000. Si l’on songe qu’en 1886, la mortalité, à Rome, ville qui passe pour peu salubre, a été de 26,44 pour 1.000; à Berlin, de 26,17 ; à Glasgow, ville de plus 5oo.ooo habitants, située dans des conditions exceptionnellement insalubres, de 25,22; à Copenhague, de 23,8g; à Bruxelles, de 23,ii ; à Genève, de 22,65; à Leipzig, de 21, 64; à Londres de 19,82, on trouvera le chiffre de la mortalité à Quimper excessif. De telles comparaisons peuvent être cruelles, mais elles sont utiles ; ce sont elles qui, en les obligeant à voir le mal, mettent les adminis trations en demeure de chercher les remèdes. Comment ne pas s’émouvoir, comment ne pas se sentir effrayé lorsqu’on constate, par exemple, que dans un grand département agricole tel que le Finistère, où la population est de plus de 700.000 habitants, la mortalité est d’environ 27 p. 1.000 1 . Pour l’Angleterre, elle est de 19p. 1.000. Elle a été inférieure à 18 p. 1.000 en 1888. Si l’on arrivait à abaisser la mortalité dans le Finistère au niveau de celle de l’Angleterre, l’on réaliserait une économie d’environ 5. 000 vies humaines chaque année.

'Pour la période décennale 1877-1886, le chiffre exact est de 28 p. 1.000. Voici quels avaient été les chiffres de 1884 qui n’est pas une année épidémique: population: 682.564 ; décès: 20,3io. Proportion: 29,74 p. 1.000.

Pour assainir Quimper, il faudrait apporter dans tous les quartiers de l’eau salubre, c’est-à-dire de l’eau de source captée en dehors de l’agglomération, canalisée et mise sur son parcours à l’abri de toute contamination. Une partie de la ville est ainsi desservie, mais une partie seulement, et c’est justement sur celle qui ne l’est pas, qui s’approvisionne d’eau à des puits percés au milieu des habitations, que le fléau a sévi. Je montrerai plus tard le rôle que paraît avoir joué dans l’épidémie l’eau des puits, et l’immunité dont ont joui les maisons et les quartiers qui ne se servent que de l’eau de la canalisation. C’est donc une des exigences les plus évidentes de la santé publique à Quimper, comme partout, d’augmenter dans des proportions considérables la quantité d’eau salubre dont disposent les habitants et de la répartir entre tous les quartiers de la ville1 .

Une autre de ces exigences serait la construction de latrines publiques et d’égouts emportant chaque jour, sans stagnation possible, les immondices de la ville.

Les égouts qui ont été construits il y a plus de vingt ans (deux branchements importants il y a douze ou treize ans) et qui sont indiqués au plan de la ville, p. 346, ne sont pas destinés à transporter les matières solides. Dans une seule branche des égouts, celle qui est marquée au plan par une ligne double qui traverse la place Terre-au-Duc et porte la lettre b, se déversent les robinets d’aisances des maisons. Dans les autres, les habitants vident fréquemment des vases de nuit. Cette pratique est contraire aux règlements et expose les habitants à des procès-verbaux. Mais comment pourraient-ils faire autrement, à moins de tout jeter sur le sol de la rue? La grande majorité des maisons n’ont pas de cabinets d’aisances, et des quartiers entiers, parmi lesquels celui qui a été frappé par l’épidémie de choléra, ne sont pourvus d’aucun établissement de latrines publiques. Il n’existe à Quimper que trois de ces établissements : les endroits où ils sont placés sont indiqués sur le plan de la ville, et ils

* Le 5 mai 1891, le comité consultatif d’hygiène publique a examiné un projet d’amenée d’eau qui a pour but de fournir à la ville de Quimper i.5oo mètres cubes d’eau par vingt-quatre heures. D’après le plan, il s’agit «de recueillir les infiltrations souterraines qui, dans les contrées granitiques, descendent des flancs vers le thalweg des vallées». Les captages seraient pratiqués dans doux petits vallons de la vallée du Pontigou, celui de Coat-Livagan et celui de Sainte-Anne. Réunis dans un aqueduc commun les produits de ces captages seraient conduits à un réservoir établi à Kernisy au sommet du plateau qui domine Quimper sur la rive droite de l’Odet.

Le comité consultatif a approuvé le projet tout en regrctant que la ville ne pût pas « trouver en eau de source le volume d’eau qu’elle recherche, sans s’engager dans des dépenses trop considérables pour ses ressources». ( Recueil des travaux du comité consultatif d’hygiène publique de France, tome XXI, p. 3i5.)

sont entretenus de telle manière qu’il est fort désagréable de les avoir dans son voisinage.

Le caractère dominant de l’épidémie de Quimper est dans son extraordinaire localisation. L’examen du plan est à cet égard des plus intéressants. On y voit un foyer actif, fortement concentré en un quartier (le quartier de la Providence), s’essayant à pénétrer dans le reste de la ville, mais presque immédiatement arrêté et neutralisé. C’est comme un tronc vigoureux qui ne réussit pas à étendre ses branches et ne jette au loin que des rameaux atrophiés. On observera sur le plan trois de- ces rameaux. Le premier fournit 3 cas, tous trois suivis de guérison, à l’extrémité S. -O. de la ville, dans la rue de Pont-l’Abbé. Ces cas se sont produits dans les habitations portant au plan les nos 14,17 et 18 .Une femme (n° 2 5 du document A), dont le mari était mort dans le quartier de la Providence (habitation 4) le 29 novembre, quitte la maison où son mari était mort, va s’établir dans l’habitation 1 4, est prise le 5 décembre et guérit. Le 7 décembre, deux autres personnes étaient prises dans la même rue, l’une à gauche (habitation 17), l’autre à droite (habitation 18), et guérissaient également. Le second rameau au S.-E. delà ville, rue Neuve (habitations 22, 24 et 38 au plan), fournit aussi 3 cas (8 décembre, 9 décembre, 3o décembre) et aussi 3 guérisons. Le fait de l’importation dans ce quartier n’a pas pu être saisi : cela tient peut-être à ce que c’est dans ce quartier que sont situées les maisons publiques. Un troisième rameau, à la limite N. -E.de la ville, rue de Kerfeunteun, donne dans les habitations marquées au plan 39, 42, 43, et aux dates des 3o décembre, 4 janvier et 21 janvier, 3 cas dont 2 suivis de décès. Une jeune fille de vingt-un ans tombe malade dans le quartier de la Providence (habitation 3i au plan) le 25 décembre. Sa tante qui habitait au haut de la rue de Kerfeunteun, près du cimetière, vient la soigner et l’emmène chez elle (habitation 3g). Sa nièce meurt le lendemain 26. La tante est elle-même prise le 3oet meurt le même jour. A quelques pas, un second cas se déclare, le 4 janvier,. chez un voisin qui meurt le 6. Un troisième cas se déclare le 21 janvier dans la même rue. Ce cas est suivi de guérison et la maladie s’arrête dans ce quartier ( voir au document A les notes de la colonne 10 sur les nos 80 et 81 ).

A ces neuf cas, il convient d’en ajouter deux autres suivis de guérison, l’un d’un marin de Concarneau soigné et guéri à la maison

d’arrêt (l’on pense que ce malade avait apporté de Concarneau la maladie et ce cas n’aurait donc rien à voir avec l’épidémie de Quimper), l’autre d’une des sœurs du bureau de bienfaisance qui a pris la maladie en soignant une cholérique du quartier de la Providence ( voir document A la note de la colonne io sur le n° 69). Sur les 86 cas observés à Quimper, il y en a donc 1 1 qui se sont produits en dehors du foyer cholérique principal et pour 7 d’entre eux la relation directe avec le foyer est établie. Il reste 75 cas qui se sont produits dans un périmètre très peu étendu. C’est un exemple remarquable d’épidémie de maisons.

On se demandera, et peut-être quelque jour un savant expliquera comment l’épidémie, étant ainsi localisée, n’a pas été plus meurtrière. Au Guilvinec, la mortalité a été d’environ 10 pour 100 de la population qui n’a pas émigré (72 décès sur 7 à 800 habitants); àAudierne, elle a dépassé 10 pour 100 (t 44 décès sur 1.200 habitants agglomérés). Elle a été bien moindre à Quimper, même en n’ envisageant que le quartier principalement atteint. La rue qui donne son nom à ce quartier et où se sont produits le plus de cas cholériques, est la rue de la Providence. Elle compte cinquantequatre maisons où sont logés 23o ménages, composés, au dernier recensement, de 864 personnes. Il y a eu dans cette rue 4o cas et i3 décès. Pourquoi la mortalité a-t-elle été de 1, 5 pour 100 dans la rue de la Providence, alors qu’elle était de 10 pour 100 à Audierne et au Guilvinec P Les habitations de la rue de la Providence ne sont pas plus salubres ni moins encombrées que celles du Guilvinec et d’Audierne; quelques-unes sont pires que tout ce que j'ai vu dans ces ports de mer. L’eau à Audierne est bonne et n’a joué aucun rôle dans l’épidémie (Dr Proust). Il est vrai que l’eau du Guilvinec est détestable; mais celle du puits de la Providence n’est sans doute guère meilleure. Les communications ne sont pas moins fréquentes entre les habitants de la rue de la Providence qu’entre ceux du Guilvinec ou d’Audierne. Pourquoi donc cette différence? C’est la question toujours ouverte des conditions de réceptivité.

Le fléau, et c’est un caractère commun à toute cette épidémie du Finistère, n’a frappé que la classe indigente. Sur les 86 malades de Quimper, 74 étaient tout à fait pauvres ; 7 possédaient ce que l’on appelle en Basse-Bretagne une petite aisance, comme par exemple le n° 12 du document A, ouvrier déport en retraite, qui n’est pas pauvre puisqu’il a 5oo francs de pension ; 5 seulement étaient dans

une position vraiment aisée : 4 de la même famille, la famille d’un boulanger; ce sont, au document A, les nos 63, 66, 78, 79; le cinquième est inscrit sous le n° 35 : c’est la femme d’un mendiant (voir à ce numéro la note de la colonne 9).

Il n’y a pas eu un seul cas dans les grands établissements publics : rien à la caserne, rien au collège, rien aux écoles communales. Pas un seul cas dans la bourgeoisie, du moins pas un seul qui ait été déclaré.

Cependant, avant l’épidémie, s’étaient produits trois faits dignes de remarque. Le 5 octobre, un habitant de Brest arrivait à Quimper pour siéger au jury criminel. Il était en proie depuis la veille à une diarrhée violente. Il siégea le 6. Dans la nuit du 6 au 7, les diarrhées revinrent; tous les symptômes du choléra se manifestèrent: algidité, cyanose, suppression du pouls et des urines, voix éteinte, et il mourait dans un hôtel le 7 octobre, à dix heures du soir.

Le 7 novembre, M. le Dr Coffec était appelé à soigner une petite fille, appartenant à une famille assez aisée, et qui lui parut présenter les symptômes d’une attaque légère de choléra. L’enfant fut isolée et guérit. La maison fut rigoureusement désinfectée.

Enfin un notaire de Quimper fut pris le 10 novembre de diarrhées, et son médecin crut reconnaître dans sa maladie les symptômes du choléra. Le malade mourut le 12 novembre.

Faut-il, comme le médecin des épidémies de l’arrondissement de Quimper, M. le Dr Coffec, voir dans ces trois faits trois cas de choléra nostras ? Peut-être, mais il y aurait là une coïncidence bien curieuse.

Il serait extraordinaire qu’à Quimper, où le choléra nostras était pour ainsi dire inconnu, trois cas de cette maladie se fussent produits précisément au moment où le choléra asiatique sévissait dans le département. Si au contraire cés trois cas se rattachent, par une filiation qui nous échappe, à l’épidémie régnante, il faudrait en conclure que le choléra, pénétrant dans des habitations salubres, dans des familles aisées, a épuisé toute sa force sur ses premières victimes et n’a pas pu se répandre, tandis que, plus tard, il a trouvé dans le milieu misérable qui constitue le quartier de la Providence un terrain propice où il a fructifié à l’aise.

Comment le choléra est-il entré à Quimper P II a été très difficile de le savoir. Il existe — j’ai déjà eu plus d’une fois l’occasion de le constater ■ — chez ceux qui ont été atteints les premiers et peuvent

être accusés d’avoir contaminé les autres, un sentiment de crainte qui les pousse à dissimuler la vérité. Nous en avons ici un exemple frappant. Le premier cas signalé est celui d’une femme âgée de trentecinq ans, marchande foraine, dont la profession est d’aller vendre des gâteaux, ce qu’on appelle en Bretagne du pain doux, dans les foires. L’on a multiplié les efforts pour rechercher d’où cette femme avait pris la maladie qu’elle a ensuite communiquée à la ville. M. le Dr Coffec, qui était son médecin, n’a pu obtenir aucun renseignement. « C’est, dit-il ', une pauvre journalière gagnant son pain en vendant des gâteaux sur les places publiques à Quimper les jours de foire et marché. Elle va bien aussi dans les environs pour son petit commerce, mais jamais elle n’est allée dans un lieu contaminé. » M. Proust a interrogé cette femme ; il en a tiré plus que le Dr Coffec, mais à lui non plus elle n’a pas tout dit. « Elle vend un pain spécial connu sous le nom de « pain doux » aux habitants de Quimper et surtout aux paysans des villages voisins, dans lesquels elle se rend de temps à autre. Quinze jours avant le début de son attaque de choléra elle était allée à Pont-Croix, localité dans le voisinage de laquelle existaient à cette époque plusieurs cas de choléra2.» Ce n’est qu’à la longue, après bien des tentatives infructueuses, au bout de plusieurs mois, que j’ai su la vérité: la marchande foraine, ayant reçu l'assurance qu’il n’en résulterait pour elle aucun mal, l’a avouée à une sœur du bureau de bienfaisance. Elle avait, comme elle l’a raconté à M. le Dr Proust, été à Pont-Croix. Pont-Croix est le chef-lieu du canton où est situé le port d’Audierne, dont il n’est distant que de 5 à 6 kilomètres. L’épidémie de choléra était alors à Audierne dans toute sa force. Notre marchande est revenue à pied de Pont-Croix à Quimper et, non pas quinze jours après son voyage à Pont-Croix, mais au cours même de ce voyage, avant d’être rentrée à Quimper, au moment où elle y louchait, sur la route, elle a été prise de vomissements. Si l’on songe que c’est le 25 novembre que la maladie s’est nettement déclarée et que la période la plus violente de l’épidémie d’Audierne s’étend du 20 au 23 novembre, l’on ne conservera aucun doute sur la manière dont s’est faite l’importation du choléra à Quimper.

Un rapprochement curieux peut être établi entre le premier cas

' Dr Coffec . Rapport sur l'épidémie de choléra de l’arrondissement de Quimper pendant l'année 1885.

2 Dr Proust. Bulletin de l'académie de médecine. 188G, pp. 202 et 2o3.

constaté à Quimper et le premier cas constaté à Marseille lors de l’épidémie de i884- A Marseille, c’est un nommé Allard qui, malade, circule pendant plusieurs jours à travers la ville, y promène ses diarrhées, entre enfin à l’hôpital (25 juin) et guérit1 . A Quimper, c’est une marchande qui, elle aussi, tient bien contre la maladie pendant plusieurs jours, continue son commerce, circule par la ville, ne s’alite qu’à la dernière extrémité et guérit également.

Je crois pouvoir établir avec une quasi-certitude la manière dont la maladie s’est transmise du premier au second cas. Je prie le lecteur de vouloir bien se reporter au plan de Quimper ci-contre (planche 17) et aussi au pelit plan : puits de la rue de la Providence (planche 22, p. 356). La maison où. s’est produit le deuxième cas est située dans la rue de la Providence, tout à côté du puits n° 1 . Elle porte le n° 2 au plan de la ville. C’est du puits voisin qu’elle tirait son eau. Cette eau était-elle à l’abri des infiltrations du sol? J’ai fait faire aux abords des sondages par le service des ponts et chaussées (2°annexe au document B, p. 4o5). Il résulte de ces études que le puits reçoit les infiltrations du sol. La rue de Douarnenez où habitait la femme prise la première est beaucoup plus élevée que la rue de la Providence. Un caniveau, que marque une ligne bleue sur le plan de la ville, et dont il est facile de suivre le trajet dans la rue de Locronan d’abord, puis dans la venelle de Saint-Marc, conduit par une pente rapide les eaux de la rue de Douarnenez à la rue de la Providence au point où se trouve le puits noté 1 sur le plan, et indiqué à la planche 22 parle mot pompe. Les 25, 26 et 27 novembre, comme cela est constaté à la 2e annexe du document A (planche 23, p. 378), ont été des jours de pluie, ce qui a encore accéléré l’écoulement des eaux et facilité les infiltrations du sol. Ainsi que je viens de le dire et qu’il est expliqué à la colonne 1 1 du document A (n° 1), la marchande foraine qui a été prise la première ne s’est alitée que très tard. Entre temps ses déjections tombaient ou étaient jetées un peu partout et certainement aux abords de sa maison. Le caniveau s’en emparait, les portait à la pompe, distante de 97 mètres seulement du point situé en face de la maison de la malade. De là les matières pénétraient dans le sol sablonneux, du sol dans le puits, et l’eau du puits portée à la maison 2, laquelle est distante de 22 mètres, transmettait la maladie au n° 2.

1 Rapport sur l'épidémie de choléra qui a régné en 188b dans le déparlement des Bouchesdu-Rhône, pp. 2 4 et 20.

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