‹ Le choléraChapitre 68 sur 125 · P L A N C II E · texte numérisé non relu

P L A N C II E

Plan de Quimper

Une fois la maladie entrée dans ce quartier de la Providence, tout semblait favoriser son développement. Ce quartier est habité par les plus pauvres parmi les pauvres de Quimper. Mal nourris, mal logés, toujours sales, ils offraient au fléau une proie facile.

Voici l’esquisse de ce qu’est la vie d’un manœuvre valide, âgé d’environ trente ans, habitant Quimper. Il gagne i fr. 75 par jour et travaille en moyenne 23 jours par mois, ce qui lui fait un gain mensuel de 4o francs. Il a une femme et trois enfants. Il occupe un logement qu’il paie 5o francs par an, 4 fr. 20 par mois. Il lui reste pour sa nourriture, son vêtement, ceux de sa femme et de ses enfants 3 5 fr.8o par mois, 1 fr 20 par jour. Le matin, l’on mange une soupe à l’oignon ou à la graisse, on boit du café trempé; à midi, de la bouillie d’avoine ou des pommes de terre; le soir, de la bouillie encore et de la galette de sarrazin. Jamais de viande. Rarement du beurre. Jamais de vin, ni de cidre, ni de piquette. Le dimanche, quand on a pu mettre quelques sous de côté, le chef de famille boit une effroyable mixture qu’il appelle de l’eau-de-vie, et qui dès l’abord le grise et l’abat.

Quand la femme travaille (et généralement les soins de son ménage et de ses nombreux enfants absorbent son temps), elle gagne environ 10 francs par mois. Les lessiveuses, qui ont un travail très pénible, gagnent 10 francs par mois et sont en outre nourries de cette nourriture que je viens de détailler. Les filles à la campagne sont nourries et gagnent 6 francs par mois.

Les logements sont en rapport avec les aliments. Ce sont des taudis. Une seule pièce, quel que soit le nombre des membres de la famille. Des 63 familles qui fournissent nos 86 cas cholériques, il y en a 5g, comprenant 24o personnes, qui n'ont qu’une seule pièce pour y loger, y coucher et y faire la cuisine. Les quatre autres, comptant 17 personnes, ont chacune deux pièces à leur disposition (voir pour les détails, au document B, les habitations 10, 1 1 , 1 9 et 32).

La pièce unique est généralement basse, sombre, mal aérée. Quand elle est au rez-de-chaussée, elle n’a pas de plancher. Le volume d’air est absolument insuffisant. Les 64 pièces où se sont produits des cas de choléra cubent ensemble 3.55i m. 700 ; il faut en déduire au moins un cinquième, soit(3.55i,700 : 5) 710m. c. 34o, pour l’emplacement des lits, coffres, meubles, provisions et guenilles. Il reste donc (3. 551,700 - 710,340) 2. 84i m. c. 3 60. Les occupants de ces pièces étaient au nombre de 257. Ceux-ci avaient donc chacun (2. 84i m.c. 36o: 257) 11 m. c. d’air en moyenne.

J’ai été tellement frappé de l’impropriété de certaines maisons pour l’habitation que j’ai prié M. Bigot, architecte départemental, de dresser les plans et dessins de quelques-unes, et je reproduis ici ces plans et dessins (planches 18, 19, 20 et 21).

L’habitation 6 (planche 18), où est mort le n° 7, était habitée par une personne et se compose d’une pièce unique, contiguë à une porcherie. Le dessin indique que cette chambre n’est séparée de l’étable par un mur que jusqu’à une certaine hauteur ; au-dessus du mur la séparation se continue au moyen de planches qui certainement laissent passer les émanations de la porcherie.

L’habitation 2 (planche 18), où deux personnes ont été atteintes du choléra, a un peu plus l’apparence d’un logement ; en réalité, les conditions hygiéniques y sont à peu près les mêmes. Dans la chambre A, chacun des 5 habitants avait à peine 9 m. c. d’air.

Dans la même maison, chambre B, sous le toit, où deux personnes ont été atteintes du choléra, la quantité d’air respirable pour chacun des trois habitants est de 5 m. c. 370.

Le coin que l’on a utilisé pour y faire l’habitation 2 bis (planche 19) était bon tout au plus à mettre une échoppe de cordonnier. Deux personnes habitaient là, dont une a été atteinte du choléra et a guéri. Le logement n’est éclairé que par une petite fenêtre. Chacune des deux personnes qui l’habitaient y disposait de 6 m. c. 5oo d’air.

L’habitation 4 (planche 20) est peut-être, dans son ensemble, la plus infecte de toutes celles que nous avons visitées. Elle comprend deux corps de bâtiments, dont l’un élevé d’un étage mansardé, l’autre composé d’un rez-de-chaussée. Tous les locataires jettent leurs ordures au point D ; de ce point, les parties liquides s’écoulent au moyen d’un caniveau qui traverse la maison, sans être couvert, pour gagner le regard de l’égout. Les émanations s’en répandent ainsi dans les deux corps du bâtiment. Il existait, au point E, une étable à porcs ; elle a été depuis condamnée par mesure de police. Le grand corps comprend quatre logements; dans trois d’entre eux (chambres F, G, H) quatre personnes ont été atteintes du choléra. Ces logements sont remarquables par leur exiguité et leur malpropreté. Mais il faut surtout considérer les trois logements A, B, C. Ce sont eux qui donnent à cette maison son caractère particulier. Ces bouges, où l’on ne voudrait pas placer des bêtes de

Planche i 8 .

Quimper. — Plan des habitations 2 et 6.

Planche N° 19

Gravé et Jrnp.'parEr/icu'd l'rF'r

Planche K0 20

Gravé et lmp. pavErTiard, J'r7ss

Planche

CHOLÉRA DE I880-JL88G.

Quitnper. — Plan de V habitation 21.

Planche N° 21

Echelle de o, 01 jfour mètre

EEZ DE CHAUSSÉE

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