ABOLIS
Cholériques guéris, 45
Cholériques décédés, 36
Total.81
Je puis dire, d’après ce tableau, que l’intégrité simultanée des réflexes rotulien et pupillaire chez les cholériques algides fera présager la guérison dans les deux tiers des cas ;
Que l’abolition simultanée de ces deux réflexes, à la période d’algidité, fera présager la mort dans les deux tiers des cas.
En d’autres termes, si un cholérique algide conserve: simultanément ces deux réflexes il a deux chances de salut sur trois; s’il les perd simultanément, il n’a plus qu’une chance de salut sur trois.
Il est intéressant de constater que, grâce aux progrès de l’hygiène, la léthalité cholérique a tendance à diminuer.
Prenons Hambourg en 1892 : 8,575 décès sur 19,647 malades, soit 43 pour 100 de mortalité. Or, dans
les épidémies précédentes, la mortalité avait oscillé entre 46 et 66 pour 100.
A Paris, dans les hôpitaux, en 1884, 587 décès sur 1,080 malades, soit 54.36 pour 100 de mortalité.En 1892, d’après les statistiques publiées par les médecins des hôpitaux, 1,060 cas et 467 décès. Laléthalité s’est donc abaissée à 44.05 pour 100.
On peut dire que les cholériques enlevés pendant la période algide sont cadavérisés avant la mort. Inutile d’insister sur le dessèchement, les plaques violacées de la peau, le rétraction du ventre, etc. La rigidité se produit très rapidement, quelquefois avant le refroidissement complet. Lorsque, pendant l’agonie, la température centrale a été haute, elle s’élève encore après la mort; elle a atteint 42°, 42°5 (Straus). '
Plusieurs auteurs ont noté les mouvements spontanés survenant post mortem.
Quand, au contraire, la mort n’a frappé qu’à la période de réaction, tous ces caractères font défaut.
Je suivrai pas à pas, dans les organes et dans les systèmes, l’évolution des lésions.
Péritoine. — Le péritoine est poisseux. Il semble recouvert d’une solution de gomme. Les anses intestinales sont agglutinées par un enduit visqueux qui s’étire en filaments délicats. Straus a trouvé dans cet enduit des cellules endothéliales granuleuses.
Quelques cellules ont subi la transformation muqueuse.
La péritonite est très rare.
Estomac. — La surface externe, habituellement
moins colorée que celle de l’intestin grêle, est parfois injectée de sang. L’organe contient un liquide diversement teinté, suivant les cas. On a noté, à la période algide, la pâleur de la muqueuse, parfois le ramollissement de cette membrane.
Chez les cholériques morts en réaction, la muqueuse s’injecte partiellement ou totalement. Bouillaud a observé, dans un cas unique, la gangrène. Moins rares sont les ulcérations. J’ai signalé (1) un bel exemple A’ulcérations gastriques multiples (j'en comptais 30 environ), chez un cholérique de dix-neuf ans, alcoolique, atteint d’hématémèses répétées au cours de la maladie et décédé le huitième jour. Chez une femme atteinte d’angiocholite et de cholécystite suppurées, et dont j’aurai l’occasion de parler ailleurs, la muqueuse gastrique avait une coloration rouge vif ; on voyait d’innombrables petits points rouge foncé et des ecchymoses.
OEsophage. — La muqueuse œsophagienne a souvent une teinte rosée et même rougeâtre. J’y ai vu des stries rouge foncé ; dans certains cas, des ecchymoses.
Rayer parle d’un exsudât crémeux, adhérent.
Intestin grêle. — Peu de chose à dire de l’aspect rosé ou rougeâtre à l’extérieur.
Lorsqu’on ouvre l’organe, à la période d’algidité, on y trouve une grande quantité de liquide inodore, séreux, mêlé de flocons blanchâtres, et, lorsque ce liquide s’est écoulé, on voit adhérer à la surface de la muqueuse une matière crémeuse ou gélatineuse ; c’est dans cette matière qu’il convient de chercher les microbes. Après lavage, la paroi intestinale se montre d’autant moins colorée que les sujets ont succombé plus rapidement. Au début, il n’y a que la teinte hor-
(1) L. Galliard. Ulcérations gastriques multiples chez un cholérique (Soc. méd. des hôp. de Paris, 18 nov. 1892).
tensiade Broussais. C’est seulement au bout de quelque temps que se produisent les ecchymoses, l’infiltration ■sanguine de la paroi, visible surtout dans la dernière portion de l’iléon. Les plaques de Peyer sont à peine saillantes (Koch insiste sur la zone d’hyperémie qui les entoure). Au contraire, les follicules isolés sont tuméfiés ; de là cette psorentérie dont on a fort exagéré la valeur. C’est à titre d’exception qu’on a signalé des exulcérations, des ulcérations, une coloration noirâtre de la muqueuse ramollie.
A la période de réaction, le liquide intestinal reprend l’odeur caractéristique et se colore par la bile; au lieu de la coloration hortensia du début, on constate une fine injection de la muqueuse ; les plaques de Peyer sont un peu gonflées, tandis que la psorentérie s’atténue. On a noté à cette période la tuméfaction des valvules conniventes, les ulcérations, la gangrène (Bouillaud, Mouchet), la perforation de l'intestin (Hamerynk).
L’examen histologique du contenu intestinal montre, avec les nombreux microbes, des leucocytes, des cristaux, des cellules épithéliales isolées ou réunies en . lambeaux, témoignant de la desquamation épithéliale qui est la lésion fondamentale du choléra.
Il y a là, en effet, ce que Straus a pu caractériser par l’expression : entérite aiguë desquamative.
Sur les coupes, la desquamation du revêtement est constante et uniforme, quel que soit le point que l’on examine. Cependant elle n’a pas le temps d’atteindre le fond des glandes. Cornil et Babès ont trouvé les cellules du fond et du corps des glandes détachées et vitreuses.
Une autre altération, généralisée à toute l’étendue de l’intestin, c’est l’infiltration nucléaire du tissu adénoïde de la muqueuse, des villosités, des follicules isolés et des plaques de Peyer; sur le jéjunum et le duodénum, cette infiltration ne dépasse guère la muscularis mueosæ ; sur l’iléon elle envahit toute la sous-
no
muqueuse (Straus). La tunique musculeuse est intacte. Le tissu sous-séreux est infiltré de leucocytes. L’endothélium de la séreuse a disparu.
Gros intestin. — Moins de congestion que dans l’intestin grêle, desquamation moins constante.En général, l’hyperémie s’arrête brusquement à la valvule de Bauhin (Griesinger). Lapsorentérie ne s’observe guère que dans la moitié des cas. A la période algide, on trouve assez souvent de petites ulcérations au niveau des follicules. Les Allemands signalent des membranes diphthéroïdes à la surface de l’organe. La colitç pseudo-membraneuse à pu être attribuée, dans quelques cas, à l’usage du calomel. La grangrène du gros intestin serait moins rare que celle de l’intestin grêle : Bouillaud en cite six cas.
Foie. — Généralement exsangue et diminué de volume au début, le foie ne tarde pas à se congestionner, disent les auteurs. Kelsch et Vaillard l’ont toujours trouvé augmenté de volume dans les cas avancés. Tholozan signale un piqueté ecchymdtique à la surface. Il y a souvent des taches jaunâtres à contours irréguliers ou des traînées de coloration jaune sale.
C’est au niveau de ces traînées qu’Hanot et Gilbert ont constaté la tuméfaction transparente : le protoplasma cellulaire a un aspect vitreux et cesse de fixer les matières colorantes, tandis que le noyau est tuméfié et colorable ; ou bien les cellules sont atrophiées, les granulations normales ayant disparu, le noyau s’étant effacé; au degré de destruction le plus avancé, elles forment des blocs amorphes, d’aspect vitreux.
D’après Straus, les travées hépatiques sont écartées et ont perdu en partie leur ordonnance radiée ; les capillaires sanguins sont gorgés de sang. Les cellules hépatiques sont déformées, mal limitées, granuleuses ; les noyaux sont parfois multipliés, augmentés de volume et vésiculeux.