XI. — LE TRAITEMENT
Dans une discussion récente, Dujardin-Beaumetz ne craignait pas de prononcer ces paroles : « Pour ce qui est de la thérapeutique du choléra, j’en suis arrive a un scepticisme absolu. Le cholérique est un être réfiactaire à toute médication. Je dirai plus : une thérapeutique active lui-est plutôt nuisible. )>
Quant à moi, je ne saurais me croiser les bras en présence des cholériques graves. Le devoir du médecin est d’espérer contre toute espérance. Quand meme. voilà sa devise. . ,
En général, l’ardeur généreuse du médecin n a pas besoin d’être stimulée. Il faut plutôt le mettre en garde contre l’enthousiasme que pourraient lui inspirer certains triomphes trop faciles ; il faut lui rappeler que la cholérine guérit toujours, quel que soit le traitement mis en œuvre, tandis que le choléra pernicieux guérit très rarement. D’autre part, il convient de lui remettre en mémoire cette notion très importante : le cholérique, à la période d’algidité, se refuse à absorber et aussi à éliminer les médicaments ; mais, à la période de réaction, la circulation redevient active, et alors les remèdes, accumulés sans prudence dans l’organisme,
risquent de faire balle et de tuer le malade. Voilà pourquoi Dujardin-Beaumetz nous invite à avoir la main légère.
On dit et on répète qu’il n’y a pas de médication spécifique du choléra. La chose est vraie. Mais n’est-ce pas déjà beaucoup que de savoir ce- que doit être une telle médication du choléra? C’est à la bactériologie que nous devons les notions qui nous conduiront un jour, cela n est pas douteux, à une thérapeutique victorieuse.
La doctrine pathogénique de Koch, qui, malgré les protestations de plusieurs, demeure aujourd’hui debout, se résume, d’après l’expression de Bouchard fl) en trois points : ' ''
1° Le choléra est une maladie infectieuse, dont le bacille virgule est l’agent pathogène ;
2“ La cavité intestinale est l’habitat exclusif de ce bacille :
3» Le bacille, ne pénétrant ni dans le sang ni dans la lymphe et ne se répandant pas dans les tissus, ne peut produire les accidents généraux du choléra par le procédé de l’intoxication. Il doit donc sécréter dans la cavité intestinale une matière vénéneuse qui, absorbée à la surface de l’intestin, détermine l’empoisonnement de tout l’organisme.
Il résulte donc de la doctrine de Koch que, lorsqu’on aura tué le bacille dans l’intestin, on n’aura fait que la moitié de la besogne ; resteront les toxines solubles qu’il faudra rapidement anéantir, ou dont on devra précipiter 1 élimination. Sans cela, il n’y aura pas de médication spécifique du choléra.
Mais,,dira-t-on, si telle est la médication spécifique, peut-on concevoir qu’elle soit jamais réalisée?
Assurément, il y a de grandes difficultés à vaincre. Supposons, en effet, que nous possédions un agent parasiticide parfait, c’est-à-dire capable de mettre à
(1) Bouchard (Congrès de Grenoble, 1885).!
LE TRAITEMENT
mort le bacille virgule dans l’intestin sans nuire au malade. A quel moment pourrons-nous le faire ingérer? Ce sera au moment où les premiers signes de l’intoxication seront venus nous avertir de l’existence du bacille et de la diffusion des ptomaïnes. Or, à cette heure, il sera peut-être déjà trop tard, et, tandis que le médicament livrera bataille aux bacilles, le cholérique mourra foudroyé.
Voilà pourquoi il importe d’avoir à notre disposition des moyens qui nous permettront de gagner du temps.
Voilà pourquoi il importe de traiter les cholériques dès le début et d’attaquer vigoureusement la diarrhée prémonitoire.
Le problème étant ainsi posé, dira-t-on qu’il soit insoluble? Osera-t-on répéter le mot de Semmola, qui, en 1884, tenait tout traitement parasiticide du choléra pour une charlatanerie scientifique ?
Je vais envisager d’abord les médications dirigées contre le principe morbide lui-même, et les notions acquises dans la recherche du médicament spécifique idéal.
En second'lieu, j’examinerai les indications thérapeutiques et leur traitement.
A. — Des médications qui visent le bacille et les toxines.
Les médications qui visent le bacille virgule et les toxines sécrétées par lui doivent aboutir, soit à entraîner simplement au dehors les principes nuisibles, soit à les réduire, dans l’organisme lui-même, à l'impuissance. Je grouperai sous cinq chefs les remèdes employés jusqu’ici.
1° Traitement par les éméto-cathartiques. —• Lés médecins n’ont pas attendu les découvertes bactériologiques pour admettre l’existence des poisons intes-
tinaux et gastriques, et la nécessité de leur élimination. Depuis longtemps ils ont proclamé l’utilité des purgatifs et des vomitifs, au moins au début, chez les cholériques. « Le vomitif, écrit Grisolle, nous avait donné de bons résultats dans l’épidémie de 1832, mais en 1849 nous ne lui avons reconnu aucun avantage ; il en est de même des purgatifs salins, à la suite desquels on voit parfois le choléra se confirmer. »
« On peut prescrire l’ipéca, dit Hayem (1), quand il y a un état saburral et lorsque l’attaque succède à des excès alimentaires. Mais il n’est utile que lorsqu’on peut intervenir dès le début, et l’on doit se garder d’en renouveler l’emploi. Les purgatifs, qui ont été prescrits comme agents de la méthode substitutive, ont échoué dans les épidémies antérieures et doivent être considérés définitivement comme plus .nuisibles qu’utiles. »
Il est bien difficile, en effet, la première heure étant passée, de ne pas reconnaître la nécessité de modérer les évacuations gastro-intestinales, dont nous connaissonsles graves inconvénients chez les cholériques.
Il existe une médication qui favorise parfois les grandes débâcles, mieux que ne le feront jamais l’ipéca, le tartre stibié, l’huile de ricin, les purgatifs salins; c’est la transfusion intra-veineuse d’eau salée. On voit certains cholériques, à la suite d’une injection copieuse dans les veines, rejeter, par l’estomac et par l’intestin, d’énormes quantités de liquide, absolument comme si le sérum artificiel avait été versé dans un vase sans fond. Or, pour ma part, je n’ai jamais vu cetle transfusion danaïdienne amener la guérison des malades. Aussi, suis-je disposé à n’accepter les éméto-cathartiques que comme remèdes de la première heure, et à souscrire aux réserves de Hayem.
D’ailleurs, s’il s’agit d’éliminer les toxines du con-
(1) Hayem. Traitement du chnlérat 1885*
LE TRAITEMENT
tenu gastrique, on a le lavage de l’estomac et, pour celles de l’intestin (du moins du gros intestin), l’entéroklyse.
2° Traitement par les purgatifs antiseptiques. — Le prototype des purgatifs antiseptiques est le calomel.
Le calomel, considéré par les médecins anglais et américains comme un véritable spécifique du choléra, jouit depuis longtemps d’une grande faveur. On en prescrivait jadis de fortes doses. En 1849, à l’hôpital de New-York, on donnait, en deux heures, à un cholérique 50 grains de calomel fractâ dosi; on poussa même jusqu’à 180 grains, et quelques malades prenaient une demi-once en une seule dose. En 1854, les doses furent plus, faibles : 60 grains en moyenne.
Il est certain que, si le calomel n’avait pas été dillerencié des purgatifs vulgaires, on l’aurait administré à doses massives et non réitérées ; or, c est le contraire qui est arrivé. Le calomel a été employé comme modificateur avantageux des sécrétions intestinales (même en dehors de toute conception bactériologique) et comme cholagogue.
En 1866, Leyden traita par le calomel les cholériques de Kônigsberg, à qui il donnait 10 ou 20 centigrammes du remède, jusqu’au moment où les matières prenaient une coloration verdâtre. Ziemssen conseilla, plus tard, plusieurs doses initiales de50 centigrammes, suivies de doses plus faibles. Nothnagel recommanda le calomel sans enthousiasme. . ,
Le calomel a eu cette fortune singulière de réunir a Hambourg (1), en 1892, non pas seulement la majorité
mais la presque unanimité des suffrages; et, siFrænkel
et Rumpf ne l’avaient pas accusé de provoquer parfois la colite pseudo-membraneuse ou la néphrite, rien n’aurait terni l’éclat de sa gloire. .
Rieder est le seul médecin hambourgeois qui 1 ait
(l)Voir les comptes rendus de la Société de médecine de Hambourg, dans la Deutsch. Med. Wochens., sept.,oct. etnov. 189-
considéré comme inefficace. A côté de lui, tous ceux qui ont publié les résultats de leur pratique dans l’épidémie de 1892 en ont vanté les effets.
Rumpf a donné d’abord une dose quotidienne unique de 30 centigrammes, puis des doses répétées de 2 à b centigrammes pour les adultes ; le calomel augmentait souvent la diarrhée et provoquait parfois des vomissements ; mais, comparé aux autres antiseptiques intestinaux, il a sur eux, d’après Rumpf, d’incontestables avantages, à condition d’être administré de bonne heure.
La'uenstein et Ratjeu ont prescrit 5 centigrammes par heure. Korach, ayant prescrit, après deux ou trois doses de S0 centigrammes, 3 ou 5 centigrammes toutes les deux heures, se flatte d’avoir calmé de la sorte la diarrhée et les vomissemènts des cholériques. Heyse a donné 10 ou 20 centigrammes toutes les deux heures, parfois davantage.
Praussnitz n’a pas dépassé 30 centigrammes par jour, en associant le calomel au sous-nitrate de bismuth. Eisenlohr, craignant la colite hydrargyrique, a eu recours aux doses moyennes ou élevées.
Même succès du calomel à Saratow, entre les mains de Tipiakoff, qui a prescrit toutes les heures 6 centigrammes, jusqu’au moment où il voyait les selles, se colorer.
Ce n’est pas seulement contre le choléra confirmé que le calomel doit être employé : il faudrait l’utiliser, dit-on, dans tous les cas suspects en temps d’épidémie. A Hambourg, les médecins qui, soignant les cholériques, étaient atteints eux-mêmes de diarrhée rebelle, lui ont dû, d’après Heyse, la cessation complète de leur mal en vingt-quatre heures.
3° Traitement par les antiseptiques intestinaux. — Rien n’est plus instrùetif que l’exposé de Rouchard :
« J’ai fait avec sincérité et loyauté l’application de la doctrine de Koch à la thérapeutique du choléra. Etant
LE TRAITEMENT 149
depuis longtemps en possession des principes et des procédés de l’antisepsie intestinale, je résolus d’employer les médicaments dont j’avais eu à me louer dans bien des cas de putridité de l’intestin, et dont l’association constitue un des éléments de ma méthode de traitement de la fièvre typhoïde : l’iodoforme, déjà employé par Yulpian, et la naphtaline déjà conseillée par Rossbach. 1 gramme d’iodoforme et 5 grammes de naphtaline ont été administrés chaque jour à un état de division tel que chacun de ces médicaments présentait en surface un développement de 60 mètres carrés. Si la doctrine de Koch était exacte, si l’agent pathogène habitait exclusivement l’intestin, je devais maîtriser le choléra. Or, sur mes 44 cholériques, j’ai eu 29 décès. C’est une mortalité de 66 pour 100. Cette moyenne prouve que ma thérapeutique a été absolument inefficace. »
Donc, maniée par les mains expérimentées de Bouchard, l’antisepsie intestinale a échoué : c’est qu’elle a atteint le microbe sans arriver jusqu’aux toxines ; elle n’a fait que la moitié de la besogne dont je parlais précédemment. Fallait-il persévérer dans la même voie après l’insuccès éclatant de Bouchard?
L’iodoforme a été, récemment encore, préconisé par Bujwid (de Varsovie), qui se contente de doses faibles, et par Neisser, qui indique comme maximum la dose quotidienne de 1 gramme.
La naphtaline, mélangée aux milieux de culture à o pour 100, retarde ou empêche le développement du bacille virgule ; voilà pourquoi Pernicc l’a recommandée après Bouchard.
Le charbon, conseillé par Guéneau de Mussy et Biett en 1832, a été délaissé : c’est un antiseptique trop faible pour le bacille virgule.
Je ne parierai.ni de l’alun, ni du nitrate d’argent, ni • des sels de cuivre, ni de Y arsenic et de ses composés, ni des sels de zinc, ni du sulfate de quinine.
Le protoiodure de mercure a échoué.
ISO
Le sublimé a donné de bons résultats à Yvert, en 1888, au Tonkin. Sur 46 cholériques traités par la liqueur de van Swieten à dose faible, 36 ont guéri. Ce médecin s’est servi du sublimé comme prophylactique et a réussi.
Le sulfure noir de mercure , préconisé par Socrate Cadet et, en 1884, par Cornucci, a rendu des services. Hayem. a reconnu, en 1873, que, prescrit à la dose de 1 gramme par heure pendant les douze premières heures, ce remède arrêtait la diarrhée prémonitoire.
L’eau chlorée , considérée par quelques-uns comme un spécifique, a paru inefficace, sinon nuisible, à Rumpf qui l’a employée.
Le tannin est un antiseptique ; mais, comme on ne l’a donné qu’en lavements (entéroklyse de Cantani) et que, malgré certaines affirmations, nous ne pouvons admettre qu’il ait ainsi dépassé la valvule iléo-cœcale pour atteindre l’habitat des bacilles, je le réserve pour un autre chapitre.
La créosote, comme le tannin, n’a été guère administrée qu’en lavements. Rumpf a constaté que, prise par la bouche, elle déterminait une insupportable sensation de brûlure et provoquait les vomissements.
La créoline peut être rapprochée, à ce point de vue, de la créosote. Paul Guttmann, Rumpf et Lauenstein ont essayé une potion contenant 5 grammes de créoline pour 200 grammes de véhicule, à prendre en vingt-quatre heures. Les malades se sont plaints, ont vomi presque toujours et aucun d’eux n’a guéri. Korach pense que la créoline peut nuire aux cholériques.
Le salol, grâce aux expériences de Lœwenthal, devait faire naître les plus grandes espérances. Lœwenthal, en effet, a démontré que le salol, résistant à l’action du suc gastrique et pénétrant dans le duodénum, pour s’y décomposer en acide phénique et acide salicylique, pourrait, sous l’influence du suc pancréatique frais, tuer là le bacille virgule-.
LE TRAITEMENT
Fort de ces notions, Lœwenthal préconisait le salol, d’abord comme prophylactique à la dose de 6 grammes par jour, puis comme curatif, en débutant par 4 grammes et en donnant ensuite 1 gramme par
Depuis la publication des travaux de Lœwenthal, le salol a conquis une si large place parmi les antiseptiques intestinaux, que partout les médecins devaient saisir l’occasion d’employer cette arme excellente.
Peut-on dire aujourd’hui qu’elle ait fait merveille .
A Hambourg, Eisenlohr a vu les doses fréquemment répétées de 1 ou 2 grammes réussir dans les cas moyens, mais demeurer absolument sans effet dans le choléra algide ; Rumpf a vu le salol constamment échouer,
' même après l’avoir administré dès le début de l’attaque. Il a essayé d’injecter sous la peau des malades le salol dissous dans l’éther : même insuccès. Rieder n’a pas été plus heureux; d’après lui, les résultats que donnent les injections sous-cutanées de cette solution doivent donc être attribués à l’éther, et non au salol ; administré par la voie buccale, le salol est immédiatement vomi'. Korach regrette d’avoir perdu son temps, au début de l’épidémie, à prescrire ce médicament inefficace. A Berlin, Paul Guttmann déclare que les vomissements des cholériques sont exaspérés par le salol. Dans un cas, il a fait prendre le salol comme prophylactique à un homme sain, et cela n’a pas empêché le choléra de se déclarer.
Je suis disposé, pour mon compte, à mettre en doute l’efficacité du salol chez les cholériques. Plusieurs fois, je l’ai prescrit à la dose de 4, 6 ou 8 grammes par jour, quand l’acide lactique était mal toléré ou vomi, et jamais je n’ai obtenu de résultat nettement favorable. D’ailleurs, le remède n’est pas très facile à administrer, puisqu’il est insoluble dans l’eau, et son goût déplaît souvent aux malades. Je n’ai pas essayé les injections sous-cutanées d’éther salolé.
Doit-on penser, avec Leudesdorf, que le salol soit
nuisible aux cholériques, et, avec Frænkel, qu’il puisse causer chez eux des néphrites, à l’exemple du calomel ? La chose me paraît difficile à juger. Il nous suffit de savoir qu’il a trompé les espérances des physiologistes et qu’il n’a pas guéri les malades.
Le salicylate de bismuth se décompose dans l’intestin, comme Yulpian l’a démontré, en oxyde de bismuth et acide salicylique. Il réussit dans la cholérine, mais n’a guère d’action dans le choléra grave. Barié (i) l’a associé à l’extrait théhaïque, sans dépasser 3 grammes par jour et s’en est bien trouvé. J’ai vu, au cours de l’épidémie de 1892, un pharmacien de la ville qui avait pris, en deux jours, 60 grammes de ce remède' sans obtenir aucun résultat ; je l’ai guéri par l’acide lactique, donné d’abord à la dose de 20 grammes. J’ai prescrit souvent avec succès le salicylate de bismuth à la période de déclin de la maladie.
Le sous-nitrate de bismuth est un antiseptique moins énergique que le salicylate. Merveilleux remède, personne ne l’ignore, dans les diarrhées banales, il est impuissant chez les cholériques graves.
Les acides. — Koch a démontré que, si l’ingestion des bacilles virgules demeurait sans effet, soit chez les animaux, soit chez l’homme, c’est que ces microbes rencontraient dans l’estomac un agent parasiticide : le suc gastrique. Il est donc rationnel d’acidifier autant que possible, en temps d’épidémie, le contenu de l’estomac et de condamner les alcalins. D’autre part, il faut choisir des acides assez stables pour traverser la ■ cavité stomacale et atteindre l’intestin grêle, où réside le bacille virgule.
D’ailleurs, la médication par les acides n’est pas nouvelle. En 1832, on la préconisait déjà en Allemagne, et, depuis lors, elle a été reprise plusieurs fois.
Uacide sulfurique a été employé, en 1866, par J. Worms, qui prescrivait le mélange suivant : t .
(1) Barié (Soc. des liôp. do Paris, 18
LE TRAITEMENT
Décoction de salep édulcorée. 150 grammes.
Acide sulfurique, i, 4 ou. 5 —
En Angleterre, Sproston a vanté la mixture suivante :
Eau distillée de menthe. 120 grammes.
Acétate d’àmmooiaque. 60 graius.
Sirop de framboise. 12 —
Acide sulfurique dilué. 8 —
Récemment encore, les instructions officielles anglaises contenaient l’indication de la limonade sulfurique et d’une potion à l’acide sulfurique.
Au début de l’épidémie de 1892, un médecin de Chicago, Almon Brooks, écrivît aux médecins de Hambourg pour leur recommander d’injecter sous la peau des cholériques, en une seule fois, un mélange ainsi composé :
Acide sulfurique dilué. l ,r 3a
Chlorhydrate de morphine .... 1 centigramme.
Eau distillée.. grammes.
Plusieurs l’essayèrent, mais aucun n’eut à s’en louer. Lauenstein vit même se produire, chez quatre malades, de la gangrène de la peau au siège des injections.
L’acide chlorhydrique mériterait, semble-t-il, la première place, puisque, à l’état physiologique, il existe déjà dans l’estomac. Quelques médecins l'ont prescrit aux cholériques. Rumpf et Eisenlohr déclarent qu il s’est montré absolument inefficace.
L’acide tartrique sert à fabriquer une limonade excellente que les malades, avides de boissons acidulées, recherchent toujours. J’ai fait dans mon service un grand usage de cette limonade (15 grammes d’acide tartrique pour 1 litre d’eau sucrée) qui m a été utile, mais sur laquelle je n’ai jamais compté pour réaliser complètement la cure des cholériques.
L’acide citrique doit être employé, comme 1 acide
tartrique, à titre d’adjuvant. La limonade au citron aura toujours un rôle modeste dans le traitement du choiera.
L acide salicylique détruit le bacille virgule ; la chose a été démontrée par Nicati et Rietsch. C’est, en généîal, le salicylate de bismuth qui a été administré, dans ces derniers temps, aux cholériques. Cependant, Rommelaere a fait prendre d’heure en heure, à un cholérique désespéré, des lavements contenant -5 grammes d’acide salicylique, et le malade a guéri.
L acide borique, proposé par quelques-uns, n’a pas encore fait ses preuves comme antiseptique intestinal.
L acide phénique, malgré son action connue sur le bacille virgule, n’a pas été employé à l’état simple. °n s est contenté de le savoir présent dans le salol.
L acide Lactique a été préconisé d’abord par Hayem dans les diarrhées bacillaires de l’enfance; Lesage a affirme qu il n’y avait pas de meilleur antiseptique intestinal. Aussi figura-t-il en tête des remèdes recommandés contre le choléra, au début de l’épidémie de 1892, par le Conseil d’hygiène. Dujardin-Beaumetz soumit a la Société de thérapeutique la formule suivante :
tî d n i aCti<ÏUe . 10 grammes.
nirop de sucre. 90 °
Alcoolat d’orange ou de citron 2 —
£au --'... 1000 -
d’heure 6nC * re cudIerées à sou P e tous les quarts
Malgré les critiques de Bucquoy, Constantin Paul, requy, on ht généralement à Paris un très bon accueil aux prescriptions du Conseil d’hygiène, et l’acide lactique devint bmntôt le médicament à la uiode. Que dire des résultats obtenus?
dwfw: déClare que racide lac tique, donné à la dose effet S ram mes par jour, n’a paru produire aucun
LE TRAITEMENT
Siredey s’exprime ainsi : <( L acide lactique qu a été presque partout en faveur, n a pas paru combattre la diarrhée aussi efficacement que je 1 espérais. » Bourcy, qui, sur 42 cholériques, n en a perdu que 14 a fait usage de l’acide lactique.
Delpeuch (1) dit qu’il a d’abord usé largement de l’acide lactique chez ses malades ; mais le remède ne m a pas paru suffisant, puisqu’il a eu recours ensuite aux lavements de créosote pour arrêter la dmrrhée.
■ Barïé déclare qu’il a prescrit plusieurs fois (?) 1 acide lactiaue à la dose de 20 grammes, mais c est a 1 opium et au salïcylate de bismuth qu’il attribue surtout ses succès thérapeutiques : 20 pour 100 de mortalité seulement sur un ensemble de 64 cas. .
En rendant compte des faits observés, en 189-, a l’hôpital Saint-Antoine, Hayem (2) s exprime de la façon suivante : « Lracide lactique a rendu des se vices considérables, surtout au début et dans les formes non foudroyantes. Dans quelques cas, il est rejeté par les vomissements : il faut alors pratiquer le lavage de l’estomac. Chez les malades traites P ar Lesage, là limonade lactique a été d une efficacüé incontestable dans les formes non algides et accom pagnées seulement d’une faible dépression theimique. Lorsque l’algidité a été, au contraire, très prononcée, l’acide lactique s’est montré à peu près muble.■ »
A Hambourg, on n’a guère use de 1 acidef ï£ r u
Eisenlohr déclare que ce médicament lm PJ>
(comme l’acide chlorhydrique d ailleurs) assez mdiffé
rent. Rumpf parle avec le même dédain de ces deux.
'tSonstem a combiné, dans une série de cas, l’usée de l’acide lactique avec l’entéroklyse de Cantam, mais ses malades, diï-il, n’ont pas tardé à refuser le remède, qu’il a dès lors remplacé par le calomel. - .
Il m’est permis d’émettre au sujet de 1 acide lac
(1) Delpeuch (Soc. des hôp. de Paris, 11 nov. 1892).
(2) Hayem (Acad, de méd, 8 nov. lba/).
tique une opinion personnelle, car j’ai employé systématiquement ce remède pendant toute la durée de l’épidémie au Bastion 36.
Dans tous les cas graves, mes cholériques recevaient, le premier jour, une limonade composée de 1 litre d’eau sucrée et de 15 grammes d’acide lactique, avec l’autorisation de l'étendre d’eau glacée ou de lamélanger, s’ils le désiraient, avec la limonade tartriqiie qu’on leur donnait à peu près à discrétion. La plupart se plaignaient du goût désagréable de la limonade lactique, disant que la boisson était trop forte ; quelques-uns la vomissaient immédiatement ; mais, comme on avait la précaution de la faire prendre par petites gorgées, comme on donnait dans l’intervalle des morceaux de glace, de la cocaïne ou du menthol, on arrivait presque toujours à la faire tolérer aux malades. Ceux qui manifestaient une répugnance invincible, ceux qui vomissaient malgré les précautions prises, ceux-là rejetaient aussi bien les boissons que je substituais à la limonade lactique et, dès lors, leurs chances de guérison devenaient bien faibles.
J’estime qu’il est toujours possible de < triompher de la répugnance des malades et de leur faire accepter un médicament qui a l’immense avantage d’être soluble dans l’eau.
D’ailleurs, j’abaissais aussi rapidement que possible la dose quotidienne à 10 grammes et même à 5 grammes. Les 99 cholériques graves que j’ai eu la satisfaction de voir guérir, et parmi lesquels 65 ont évité la transfusion intraveineuse, ont été traités par l’acide lactique.
4° Traitement par les toxines. — Dans cette catégorie d’agents thérapeutiques, je ne trouve à citer, comme ayant passé du laboratoire à la salle d’hôpital, que Y anticholérine de Klebs.
Klebs admet que le bacille-virgule, absolument comme les organismes supérieurs, sécrète des poisons
j. deux ordres : les uns nuisibles à soi-même, ou
£Ç>»mirmre le bacille chez l'homme et quü B.
T S obtenu en t.ieant agir l'alcool
, , r îpg cultures tue le bacille virgule. Il guérit
absolu choléra et les vaccine même contre
^C’esrsutlef‘indications deKlebs, venu à Hambourg j + vônîrl^mie de 1892 que Manchot a utilisé le
pendant 1 épidémie de l»^ q des cho lé-
nouveau remède, Il injectait sous id ji rioues 6 ou 7 centimètres cubes d anticholérine e nques d o second iour, 3 seulement le
F rem ‘ e mf tor T ou 2 rîuVtrième jour. Chaque
30 centimètres cubes chez un cholérique q
tSSStSSk
température de 2“ en moyenne dispantion^d^ la
demeuïaitincomplèle etTiTfaüaU pratiquer la transfusim^intra-veineiise. Parfois, on notait un frisson et un accès fébrile durant quelques heures
Manchot a remarqué que les malades ainsr trmtes
pouvaient guérir rapidement et qu ils évitmenU état
fébrile secondaire (ce que j ai , a PP d
l’état fébrile du dixième jour) qu accompagne, dans certains cas, l’érythème cholérique
Sur 31 cholériques graves, f tch f“ 6 ® érie rnuiri seulement 10 : la mortalité, dans cette sérié restreinte a donc été de 67.7 pour 100 encore fautilrappeler que la transfusion intra-veineuse n a été
évitée que dans 8 cas favorables. De plus, l’anticholérine n’a pas tué les bacilles ; à la suite des injections sous-cutanées, on les trouvait presque toujours dans les matières et avec des caractères qui ne permettaient pas de songer à une dégénérescence.
L’anticholérine de Klebs a fourni à Bêla Angyan (de Buda-Pesth) 9 guérisons sur 19 cas très graves.
5° Traitement par le sérum sanguin d’animaux vaccinés. — Rumpf est le seul auteur qui ait cité des tentatives de cet ordre (congrès de Wiesbaden, 1893) ; insuccès chez 35 cholériques.
B. — Des indications thérapeutiques et de leur traitement.
Parmi les médicaments que j’ai passés en revue, il n’y en a pas un seul qui mérite le nom de spécifique. D’ailleurs, il est difficile de concevoir un remède qui réponde à toutes les indications du choléra grave ; l’action de ce spécifique idéal aura toujours besoin d’être préparée et soutenue par une série de manœuvres accessoires.
Quelles sont les indications thérapeutiques du choléra et comment devons-nous répondre à ces indications ?
1° Arrêter la diarrhée et calmer les coliques. — Je ne reviendrai pas sur les médicaments rangés dans les précédentes catégories et qui tous visent ce but. Je ne parlerai pas non plus des modestes astringents.
L’opium régnait en maître dans la thérapeutique du choléra, lorsque, en 1866, Leyden le condamna comme défavorable. On l’a accusé, depuis cette époque, de déprimer les malades et aussi (expérience de Koch) de retenir dans l’intestin paralysé les toxines dont il importe de précipiter l’élimination. Ses partisans ont répondu qu’il favorisait l’action des antisep-
tiques intestinaux en prolongeant la durée de leur contact avec les bacilles.
En 1892, l’opium a paru inutile à Rieder et a Kommelaere, dangereux à Ratjen, à Rurnpf, à Eisenlohr. llevse souhaite qu’il soit banni à jamais de la thérapeutique du choléra, car il détruit les effets de la transfusion et provoque le collapsus.
Cependant, Tipiakoff l’a souventassocié aux sels de bismuth, et Barié, qui a une statistique très favorable, déclare que l’opium lui a toujours réussi.
Tout dépend de la gravité des cas et de la période où l’on agit. Personne n’ignore que, bien souvent, a diarrhée initiale du choléra a pu être enrayée par le laudanum ou par l’élixir parégorique (lequel contient de l’extrait d’opium et du camphre), dont on a prescrit des doses de XX gouttes plusieurs fois répétées dans la journée ; mais, dès qu’il y a tendance au collapsus, l’opium peut être dangereux.
2° Arrêter les vomissements . — G est surtout pour calmer et pour éviter les vomissements qu’on recommande aux cholériques (puisque la soif ardente- les condamne à boire) de prendre par petites gorgées de l’eau glacée, de l’eau de Seltz froide, des limonades acides. On conseille aussi l’eau chloroformée, 1 éthei, le menthol (doses variant de 50 centigrammes a 1 gramme) ; j’ai employé avec succès le chlorhydrate de cocaïne à la dose de 2 ou 3 centigrammes. Enfin, plusieurs médecins ont pratiqué le lavage de 1 estomac avec l’eau bouillie (Hayem, Lesage), ou avec une solution faible d'acide lactique (Delpeuch) et ne craignent pas de préconiser ce procédé thérapeutique, bien qu’il paraisse pénible aux malades. On a abandonné la révulsion à l’épigastre, qui était pratiquée jadis.
3“ Calmer les crampes. — Pour cela, rien ne réussit mieux que les bains et la transfusion de sérum artificiel. On peut avoir recours, en cas de vive souffrance, aux injections de morphine. .
4° Réchauffer les malades et stimuler la circulation
périphérique. — Les cholériques peuvent être comparés aux sujets asphyxiés par le froid. C’est pour cela qu’il a paru rationnel de les traiter, comme les malheureux qu’on trouve roidis dans la neige, par l’eau glacée et les affusions froides. Depuis l’épidémie dê 1832, cette pratique a passé de mode et généralement on a adopté les bains chauds.
En 1892, les bains chauds ont été employés, à Paris, dans la plupart des services hospitaliers. Chez les cholériques algides, dit Hayem, les bains chauds, durant vingt minutes, et répétés toutes les deux ou trois heures, provoquent une élévation de température de 1 à 2° et, en même temps, le relèvement du pouls, la disparition des crampes, le retour des urines. Siredey loue également les excellents effets des bains, à condition qu’on s’en abstienne pendant la période de réaction. Mathieu a vu, comme Siredey, des convulsions survenir à la suite des bains chauds chez des cholériques qui offraient les signes de l’intoxication urémique. Delpeuch déclare que, contre l’algidité et la cyanose, les bains à 40° sont sans effet. A Hambourg, la balnéation chaude a paru réussir dans les cas d’intensité moyenne ; dans les cas graves, il a toujours fallu recourir en même temps aux transfusions.
Il est bon de pratiquer d’énergiques frictions, d’envelopper les membres dans l’ouate, de mettre dans le lit des boules d’eau chaude. Quant aux procédés qui ont pour but de provoquer la sudation (enveloppement dans le taffetas gommé, bains de vapeur), ils peuvent activer la réaction, mais déterminent souvent du. malaise. Eviter les sinapismes, qui provoquent parfois des eschares.
5° Stimuler le cœur. — A côté des stimulants et des toniques (acétate d’ammoniaque, rhum, cognac, champagne, thé, café), dont il faut user avec prudence et qui, souvent, provoquent des vomissements, nous avons à notre disposition la caféine et l’éther que nous
LE TRAITEMENT
injectons sous la peau. Ces médicaments sont susceptibles de retarder, d’empêcher même parfois, le collapsus algide.
Barié se loue des lavements d’éther.
Delpeuch préconise les injections sous-cutanées de sulfate de strychnine, qu’il préfère aux. injections de caféine et d’éther.
On verra que le meilleur stimulant du cœur est le sérum artificiel injecté dans les veines.
6° Stimuler lesreins. — C’est ce que font les procédés qui stimulent le cœur et augmentent la pression sanguine. La transfusion intra-veineuse influence rapidement les reins.
7 ° Calmer la dyspnée. — La dyspnée cesse avec la cyanose et les symptômes qui trahissent l’anoxémie, quand on a pratiqué la transfusion. Les inhalations d’oxygène m’ont paru utiles.
8° Calmer le délire. — C’est une des indications capitales, surtout chez les alcooliques.
Comme il importe de ménager la voie gastrique, comme les lavements laudanisés sont rarement conservés, il faut s’adresser aux injections sous-cutanées de morphine.
9° Restituer au sang épaissi le sérum qu’il a perdu. — Pour remédier aux énormes déperditions de sérosité consécutives à la débâcle gastro-intestinale, pour délayer le sang épaissi et secourir les tissus déshydratés, on peut utiliser les voies ouvertes (estomac, intestin, vessie) ou en ouvrir de nouvelles.
Les injections intra-vésicales sont peu efficaces ; les injections faites dans le péritoine et les plèvres sont insuffisantes, difficiles et manifestement dangereuses. Je n’envisagerai que les procédés qui s’adressent aux voies digestives et directement au système circulatoire.
I. Restitution aux voies digestives. — En 1830, les paysans russes prenaient l’initiative de gorger les cholériques d’eau salée, et, l’année suivante, Searle appli-
quait méthodiquement le procédé aux malades de Varsovie. En 1832, Thomas Latta donnait aux cholériques de Leith (Écosse) d’énormes quantités d’eau salée à boire et en même temps leur administrait des lavements salés. En 1866, à Paris, Moissenet eut la satisfaction de guérir 33 cholériques sur 44, en leur faisant prendre des potions au chlorure de sodium et des lavements contenant 30 ou 40 grammes du même sel; mais il ajoutait à cela le bicarbonate de soude à haute dose (30 à 40 grammes). C’est exactement l’inverse de ce que nous préconisons aujourd’hui.
Il est certain qu’on doit donner aux cholériques assoiffés des boissons à discrétion. Faut-il les contraindre à boire malgré leur désir? Les médecins qui l’affirment apprécient mal l’intolérance gastrique de ces patients et’font trop bon marché des vomissements si pénibles qui sont la conséquence inévitable de leur méthode.
Les lavements ont été prescrits en tout'temps chez les cholériques, mais nul ne les avait préconisés avec autant d’ardeur que Cantani. Ce médecin ne s’est pas contenté d’irrigations banales du gros intestin, il a fait des injections de 2 litres, qu’il s’est efforcé de porter, à l’aide d’une sonde, aussi haut que possible dans l’intestin. Bien qu’il soit difficile d’admettre, avec Cantani, que le liquide franchisse la barrière iléo-cœcale pour atteindre l’iléon, il faut reconnaître qu’il y avait là un procédé nouveau et que la création d’une dénomination nouvelle était justifiée, h’entéroklyse de Cantani était destinée, dès lors, à occuper une place importante dans la thérapeutique du choléra.
A l’exemple du médecin napolitain, les praticiens qui ont eu recours à l’entéroklyse ont ajouté à l’eau tiède une dose de 3 grammes d’acide tanniqué, souvent aussi quelques gouttes de laudanum.
Pendant l’épidémie de 1892, le procédé a joui d’une grande faveur à Hambourg, non pas comme traitement
LE TRAITEMENT
héroïque du collapsüs algide, mais comme un adjuvant utile des autres médications pendant le stade de phlegmorrhagie. Heyse voit surtout dans l’entéroklyse un bon moyen de vider rapidement l’intestin, de conjurer le ténesme rectal et de procurer ainsi aux malades le' repos dont les privent les incessantes évacuations. Ce n’est pas exactemènt le but que voulait atteindre le promoteur de la méthode.
Bourcy est le seul médecin qui, à Paris, ait fait connaître les résultats obtenus dans l’emploi du procédé de Cantani : « Le traitement de mes 42 cholériques a consisté surtout, outre les bains chauds, les injections de caféine et les potions à l’acide lactique, en grands lavages gastriques et intestinaux. Ces derniers étaient faits avec le bock à injection et la sonde molle introduite dans l’intestin aussi loin que possible. Le liquide employé était l’eau récemment bouillie et la quantité employée oscillait entre 2 et 6 litres. L’effet immédiat de ces lavages était un soulagement très marqué, si bien que les malades les réclamaient avec instance. Il m’a semblé que les cas de moyenne intensité étaient fort améliorés par ce procédé. »
Il serait injuste de ne pas mentionner ici la statistique de Tipiakoff, qui a soigné à Saratow 61S cholériques et en a sauvé 270. Dans la série des malades traités par les bains chauds et l’entéroklyse, ce médecin n’a eu qu’une mortalité de 22 à 24 pour 100, tandis que, dans la série des cas traités par les injections sous-cutanées de sérum, la mortalité s’est élevée à 56 pour 100.
II. Restitution au système circulatoire.— On a donné le nom d ’hypodermoklyse à l’injection de sérum artificiel faite dans le tissu cellulaire sous-cutané, c'està-dire visant le système capillaire. J’ai proposé d’appeler artérioklyse l’injection intra-artérielle, et phléboklyse l’injection intra-veineuse du même sérum, en disant que ces opérations constituaient une sorte de trinité thérapeutique*
Je passerai rapidement sur la transfusion intraartérielle, proposée, pour la première fois, par Landois et décrite par E. Ungar. Qu’on ait l’intention de diriger le liquide dans le sens normal du courant sanguin ou de lui faire remonter ce courant, cette opération ne peut avoir plus d’efficacité que celle qui s’adresse aux veines ; elle ne peut influencer plus rapidement le myocarde ; et, comme on ne doit jamais se décider, sans nécessité absolue, à ouvrir des artères, j’estime que l’artérioklyse doit être mise au rang des opérations dangereuses et, par conséquent, rejetée. Les résultats de Schede (de Hambourg), qui a obtenu 4 succès sur 16 opérations, ne sont pas de nature à ébranler ma conviction à cet égard.
J’arrive aux deux opérations qui se disputent actuellement la faveur des médecins et qui, largement pratiquées en 1892, méritent d’être mises en pleine lumière : la phléboklyse et l’hypodermoklyse.
A. Transfusion intra-veineuse. — Avant l’Écossais Latta, qu’on considère, en général, comme l’inventeur de la transfusion aqueuse chez les cholériques, il convient de citer Jœhnichen, qui, en 1830, à Moscou, injecta une solution acidulée dans, les veines d’une cholérique agonisante. Latta ne vint qu’en 1832 et, la même année, Magendie avait recours, sans succès d’ailleurs, aux injections intra-veineuses, tandis que le Hambourgeois Zimmermann rapportait dans le journal d’Ilufelandle premier cas de choléra guéri, en Allemagne, par le procédé de Latta.
Grâce aux efforts des médecins d’outre-Manche (Craigie, Gerdwood, Laurie, Carruthers, Weatherill), imitateurs de Latta, la méthode de la transfusion d’eau salée comptait déjà, en 1850, plus de trente succès chez les cholériques algides. En 1855, Duchaussoy lui consacrait une étude excellente. En 1866, Lorain l'appliquait discrètement (400 grammes d’eau pure injectés), mais victorieusement, à un malade. En 1873, Dujardin-Beaumetz tentait en vain de sauver trois
cholériques, en leur injectant de l’eau salée.
Lorsque survint, à Paris, l’épidémie de 1884, Hayem n’hésita pas à mettre au service du procédé de Latta sa connaissance approfondie de l’hématologie clinique. Au lieu d’avoir recours à la solution de Latta (eau, 6 pintes; sous-carbonate de soude, 2 scrupules ; chlorure de sodium, 2 drachmes), il se servit du liquide suivant :
Eau. 1000 grammes.
Chlorure de sodium pur. S —
Sulfate de soude. 10 —
La température de cette solution était portée à 38° et la quantité injectée à 2 litres. Hayem avait pu établir, par la numération des globules au stade de collapsus algide, que, pour ramener la masse du sang à la normale (sans tenir compte des exigences des tissus déshydratés), il ne fallait pas moins de 1,150 grammes de sérum artificiel. Il y avait donc avantage à dépasser cette dose, sans imiter Latta, qui ne craignait pas d’injecter, dès le début, 120 onces soit 3 kilogr. 390, et qui, dans un cas heureux, fit passer dans les veines d’un cholérique, en treize heures, 17 kilogrammes de sérosité.
Avec la solution de Hayem, on rendait plus durables les effets de la transfusion et moins fréquentes les opérations nécessaires chez le même sujet. D’autre part, Hayem put établir, grâce au microscope, une distinction importante entre les cas où la retransfusion s’imposait (le nombre des globules rouges s’étant élevé à la suite de la déperdition post-opératoire de sérosité) et ceux où elle était inutile. En général, il mit entre deux transfusions un intervalle de vingt-quatre heures ; chez deux malades seulement, le nombre des transfusions s’éleva à trois, chez un seul à quatre, chiffre maximum.
Résultats de Hayem en 1884 : sur 90 cholériques
transfusés, 27 guérisons et 63 décès, soit 30 pour 100 de guérisons.
Hayem ne tarda pas à trouver un imitateur : en 1885, Rouvier traita comme lui 35 cholériques et obtint 18 guérisons (32.7 pour 100 de guérisons).
Ces chiffres montraient bien que la transfusion intra veineuse n’était pas un moyen infaillible. Mais, lorsqu’on vit Hayem affirmer que le procédé n’aggravait pas la situation des malades ; que, pour provoquer la réaction franche, il n’avait pas d’égal, qu’il devait être considéré, désormais, comme constituant une méthode rationnelle, scientifique, non exceptionnelle, mais régulière dans le traitement du choléra; que, d’ailleurs, l’expérience de 1884 n’était pas encore décisive et que la transfusion pouvait aspirer à de plus nombreuses victoires, plusieurs conçurent le projet d’utiliser, à la première occasion, l’étude si précise, du médecin de Saint-Antoine.
Dès qu’apparut le choléra de 1892, à Paris, on songea à la transfusion. C’est à Beaujon qu’on eut l’occasion de la pratiquer tout d’abord, puis elle fut faite par moi-même au Bastion 36. Du 11 juillet au 25 octobre, 149 cholériques ont subi de ma part cette opération, et, sur ce nombre, 34 ont guéri. Elle a été pratiquée de même par Yariot, Siredey, Bourcy, et surtout à Saint-Antoine, dans le service de Hayem, par Lesage.
A Hambourg, en 1892, la transfusion intra-veineuse a été faite dans tous les services de l’Hôpital général. Comme le nombre des malades était considérable, comme on faisait concurremment les transfusions sous-cutanées et les grands lavages intestinaux, on a pu comparer entre elles les différentes méthodes. Le liquide employé était une solution de chlorure de sodium à 6 pour 1000, à laquelle on ajoutait parfois une petite quantité d’alcool absolu. La dose injectée variait de 1 litre et demi à 2 litres.
Parmi les plus chauds partisans de la transfusion
LE TRAITEMENT
intra-veineuse, il faut citer Rumpf, Rieder, Schede, Jolasse, Heyse, Mouchot; en moyenne, ces médecins ont eu, chez les cholériques traités par ce procédé, une mortalité de 75 pour 100.
Quels sont les effets de la transfusion intra-veineuse? Quelles sont les indications? Quel est l’avenir de l’opération chez les cholériques?
Aucun des médecins qui ont assisté aux injections intra-veineuses faites chez les cholériques en état de collapsus algide n’a manqué d’exprimer son admiration pour des résultats qui tiennent du prodige.
« Lorsque les malades, dit Hayem, sont dans le collapsus complet, sans pouls, sans voix, les paupières à demi fermées sur des yeux atones et commençant à se dessécher, on croirait assister à une véritable résurrection. Après la pénétration dans la veine d’une certaine quantité de liquide, l’œil s’ouvre, s’humecte de larmes et reprend l’expression de la vie. Le malade regarde encore d’un air indifférent ce qui se passe autour de lui. Il semble sortir d’un rêve ; il entend et la connaissance lui revient. Rientôt la coloration cyanique du visage s’efface, le pouls redevient sensible, le malade retrouve une voix forte et bien timbrée pour déclarer qu’il se sent mieux et pour demander à boire. En quelques minutes, on a transformé un être insensible et cadavérisé en un individu plein de forces. L’espérance du médecin renaît, et cette preuve éclatante de la puissance de son art l’encourage à la lutte et le récompense de son zèle. »
« La-transfusion intra-veineuse, c’est le réveil des morts! » s’écrie Schede.
Parmi les phénomènes réactionnels attribuables à la phléboklyse, le plus remarquable est assurément le prompt retour du pouls radial supprimé. Il ne faut pas croire qu’une copieuse injection soit nécessaire pour faire battre le pouls radial. Quelques centaines de grammes suffisent en général. Cela prouve que le liquide injecté stimule le myocarde, et il est inutile
d’invoquer ici l’action des sels de soude sur le muscle cardiaque, puisque Lorain a obtenu un suCcès définitif avec 400 grammes à’eau pure. La rapide irrigation des centres nerveux est démontrée par la réapparition des réflexes, des fonctions de sensibilité, de l’intelligence, par la disparition de la cyanose et de l’asphyxie.
Avant la fin de l’opération, on voit, en général, se produire un frisson qui dure une demi-heure ; puis la température centrale s’élève de 1° ou 2°. La langue devient humide, l’aphonie disparaît, l’opéré demande à boire. Souvent, il ne tarde pas à uriner. Dans certains cas (rarement d’après Hayem, assez souvent d’après moi), il a des vomissements réitérés et de copieuses évacuations intestinales ; l’organisme du cholérique étant dèslors traversé parle liquide comme un.tonneau des Danaïdes, on pourrait accuser l’opération d’avoir manqué son but, si l’on n’envisageait les toxines diluées par le sérum artificiel et entraînées à la surface de l’estomac et de l’intestin. Au point de vue théorique, cette dilution et cette élimination rapide des toxines sont assurément très désirables ; en pratique, les grandes débâcles consécutives à la transfusion sont toujours à regretter : elles ramènent le collapsus algide et nécessitent des transfusions réitérées.
Pour mon compte, j’ai rarement fait plus de trois transfusions à chacun de mes cholériques et deux seulement ont subi six opérations. A Hambourg, le chiffre de six transfusions chez un seul et même cholérique n’a guère été dépassé. Schede cite des malades qui, ayant été transfusés cinq fois et même sept fois en quarante-huit heures, ont guéri. Lesage a dépassé ce nombre ; mais il faut dire que sa façon de comprendre les indications de la transfusion n’a pas été, de tous points, semblable à celle de Hayem en 1884, à celle des médecins de Hambourg et à la mienne.
Les indications de la transfusion intra-veineuse
LE TRAITEMENT
doivent être précisées rigoureusement si l’on Veut Ser des excès regrettables dans la pratique. Il faut lpr rryi’elle constitue une opération sérieuse, S \ r Tans uSer de Feutrée (facile à éviter) de l'air dans les veines, elle expose les malades aux embolies îuîmlnaires constatées par Frankel, aux fo^J «£■ puratifs du poumon vus par Simmonds, aux P hlebltes ’ aux suppurations locales, et que, d ailleurs, on neut jamais mesurer d’avance l’effet d’une per urbation thérapeutique aussi violente. Il faut se rappeler qu un mandnombre de cholériques graves guérissent sans transfusion (j’en ai compté 65 dans mon- service) et,
par conséquent, réserver la transfusion aux cas dése
pérés. C’est ce qu’avait fait Hayem, en 1884, mais déjà, en 1885, il manifestait le regret de n avoir pas agi autrement et s’élevait contre la temporisation.
Aussi n’eut-on pas à s’étonner de 1 entendre procla
mer à l’Académie de médecine, le 8 novembre 1892, lorsqu’il commenta les résultats obtenus dans son se lice par Lesage, les bienfaits de la transfusion hâtive „ G u idé par mes observations anterieures, dit-il,
I pcao-e n’a P pas craint d’étendre le domaine de la transfusion et il P a opéré, non seulement les malades sans pouls, mais ceux aussi dont le poulsTadial eUit seule ment très affaibli, toutes les fois qu apres un certa nombre de bains chauds le choc artériel ne s était pas
re Y V a-t-il avantage à étendre le domaine de la tfap sfusion? Y a-t-il avantage à transfuser, comme on l a fa t à Saint-Antoine, des cholériques non gravesP de la statistique apportée par Hayem à.l appm de g dire i’estime que la transfusion doit etre faite seule ment in extremis. J’estime qu’il faut attendre, P<mr pratiquer, le collapsus algide avec suppression durahte du pouls radial. J’estime que nous dcvons la temr e réserve, dernière cartouche, dans notre .giberne thér
Pe Ce q n’est, d’ailleurs, qu’en la présentant de cette
manière qu’on pourra la faire accepter des médecins. P se refusent encore à l’accueillir, lui repro¬
chant d etre seulement un moyen de prolonger la lutte et non pas de gagner la bataille. Pour Delpeuch, par exemple, le médecin qui s’efforce de rendre la vie au cholérique cadavérisé est comparable au physiologiste qui ressuscite pour quelques secondes, à l’aide d’iniections carotidiennes, la tête d’un décapité. J’ai répondu a Delpeuch en déclarant que, sur mes 34 cholériques transfuses guéris, j’en considérais 30 (parmi lesquels 3 menacés de mort parle choléra foudroyant) comme ayant été sauvés par la transfusion. N’en eussé-ie sauvé qu un seul, je n’aurais pas à regretter mes effoits. Et puis, il y a, pour l’avenir du traitement des cholériques plus que pour le présent, un autre argument à faire valoir : « Le jour où nous aurons entre les mains, ai-je dit, le médicament spécifique du choléra nul ne négligera de gagner du temps, nul n’hésitera à rechercher ce retard de l’agonie que certains dédaignent à 1 heure actuelle. y>
^Gagner du temps! voilà ce qu’il faut faire dans le choiera foudroyant.
J’ai parlé du liquide à employer : sérum d’Hayem ou solution de chlorure de sodium à 6 pour 1000 commeàHambourg. Température du liquide à injecter: 3b» à 39» comme l’a conseillé Hayem. Je suis convaincu qu il peut être dangereux de porter le liquide à un degré supérieur. Quantité de liquide: 1,500 à 2,000 grammes chez les adultes. L’injection doit être faite lentement et durer au moins quinze minutes.
J ai conseillé de choisir toujours la veine saphène interne immédiatement au-dessus de la malléole ; elle est facile à trouver, elle repose sur un plan osseux on peut y faire pénétrer facilement la canule sans se butter a des anastomoses. On incise la peau et l’aponévrose, on met la veine à nu sur une étendue de * centimètres au maximum, on la dissèque, on la charge sur une sonde cannelée et on la tend à l’aide
LE TRAITEMENT
ninre pour y introduire la canule munie du tro- «TaSrié la pointe du trocart étant dirigée vers le cœur! tL cela en obéissant aux lois de 1 antisepsie
la ? US rU a canule est introduite, on enlève le trocart, ^“"remtilace par Pembout de l’injecteur. Il est très q U on la canule dans la veine,
împor i a i ssa it sortir, tout serait à recommencer,
etchacun sait qu’on risque souvent de transpercer la •’ p ml de s’engager seulement dans la game. L opération est^n^^^^^^^ délicate. Quand l’injection est finie, On comprime la veine au-dessus de la plaie, po J c’onnoser à l’issue du liquide mele au sang, et 1 on hâtede suturer la plaie. Puis on applique un panse-
CVCdoh renouveler la transfusion, il faut lécher iection de l’air dans les veines ; ensuite la pénétration
Bèî. etc ) jToui, à ces accidenta une chose heureu-
“Ce, il faut avoir un liquide parlent fri« pt stériliser aussi l’appareil dont on fera usage. Pour 1 r tes corps étrangers, il faut f.ltrer avec so.n le lîmiide ainsi que Lauenstein l’a conseillé. Il faut obéir, dans toutes les pratiques ’opératomes, e ce la d’une façon absolue, aux '.exigences de 1 antisepsie plus minutieuse.
; Q uel est le meilleur appareil? Hayem s’est servi d’une pompe en caoutchouc. Après avoir essayé l’appareil de Dieulafoy et l’appareil de Potain, qu’on peut employer en cas d’urgence, j’ai eu recours au transfuseur de Collin.
Variot (1) s’est servi de l’appareil à pression, utilisé dans les laboratoires pour les injections microscopiques. A Hambourg, on a pris soit de simples injecteurs en verre, soit des appareils plus compliqués, parmi lesquels celui de Renvers paraît spécialement recommandable au point de vue de la pureté du liquide et de l’exclusion de l’air. Tous les appareils sont bons, pourvu qu’on se garantisse contre la pénétration des germes, des poussières, des particules solides et contre l’entrée de l’air dans les veines.
B. Transfusion hypodermique. — C’est en 1883 que bamuel (de Konigsberg) et J. Michaël (de Hambourg) recommandèrent presque simultanément les injections d’eau salée dans le tissu cellulaire sous-cutané des cholériques. En 1884, Cantani utilisa la méthode a Naples, et la fît accepter à plusieurs confrères ; sur 187 cholériques traités par l’ hypodermoklyse (on se rappelle que l’entéroklyse appartient au même médecin), 114 eurent la vie sauve : c’était une proportion de guérisons de 61 pour 100. La même année, semmola se déclarait partisan absolu de ce procédé. En 1886, Bêla von Angyan publiait les résultats obtenus chez 274 cholériques ; 106 guérisons et 168 décès, soit 40 pour 100 de guérisons.
En 1892, à Hambourg, l’hypodermoklyse a été acceptée d emblée comme un excellent mode de traitement du choléra, et, comme J. Michaël était là pour soutenir qu’elle pouvait rivaliser avec la transfusion intra-veineuse, on ne craignit pas de l’employer même au stade de collapsus algide. Mais bientôt’ plusieurs médecins déclarèrent que, pour les cas
(1) Variot (Soc. des hôp. de Paris, 25
LE TRAITEMENT
extrêmes, il n’y avait qu’un traitement héroïque : l’injection dans les veines. D’ailleurs, ils acceptaient l’hvpodermoklyse pour les cas d’intensité moyenne, et s’efforçaient dè combiner l’une et 1 autre opération dans les cas graves. ' ,. .
A Paris, l’hypodermoklyse a été pratiquée par Mathieu, chez une trentaine de malades. Ce médecin (1) a iniecté, à l’aide de l’appareil de Burlureaux, de 400 à 800 grammes et même jusqu'à 1,200 grammes de sérum d’Hayem. Dans tous les cas, les effets ont naru favorables, soit que la transfusion intra-veineuse eût précédé ces injections, soit qu elle n eut pas semblé nécessaire. « Je n’hésiterais pas, ajoute Mathieu, à employer-de nouveau et plus largement encore ce procédé, soit d’emblée, dans les cas moyens, soit consécutivement à la transfusion întra-
^Siredey a soumis 54 cholériques au même traitement : « Dès qu’apparaissaient les premiers phénomènes d’algidité, de cyanose, on faisait une injection de 150 à 300 grammes de sérum, à l’aide de l’appareil de Burlureaux ou à l’aide de diverses seringues. L injection était faite profondément dans le tissu cellulaire sous-cutané, ou à travers les muscles de la cuisse ou de la fesse, quelquefois à la partie inferieure de l’épaule, en employant toutes les précautions antiseptiques. Malgré la quantité du liquide injecté, il n est survenu aucun accident immédiat ni éloigné. La douleur était vive chez certains malades, nulle chez les cholériques en collapsus. La dose quotidienne de sérum injecté variait de 300 à 500 grammes. Elle a été maintenue quelquefois pendant deux ou trois jours. Elle a été portée à 1 litre pour- une jeune femme qui était entrée dans un état excessivement grave ; dès la fin de la première journée, la connaissance était revenue, le pouls se relevait et l’émission de 200
(1) Mathieu (Soc. des hôj?.- de Paris, 4 nov. 1893).
grammes d’urine annonçait la fin de la crise. Chez 54 malades traités de la sorte, 38 sont morts et 16 ont guéri. »
La statistique de Siredey indique donc une proportion de guérisons de 29.63 pour 100. Michaël indiquait 42.7 pour 100 comme résultant d’un calcul fait à l’aide de diverses statistiques, lorsqu’il a voulu démontrer les avantages de l’hypodermoklyse. En général, les chiffres fournis par cette méthode thérapeutique sont supérieurs à ceux que donne la transfusion intra-veineuse, mais cela tient à l’état relativement favorable des sujets. Les cholériques désespérés ne subissent, en général, que la transfusion intra-veineuse; de là les échecs si fréquents de cette opération. Il faut s’attendre à voir toujours, dans la série des transfusés, moins de cholériques guéris que dans l’autre série. On doit s’abstenir de mettre en regard les chiffres de ces deux séries, puisque chacune des deux méthodes a ses indications spéciales. De même, il est impossible d’opposer les résultats de la transfusion intra-veineuse hâtive à ceux de la transfusion pratiquée in extremis.
Paul Guttmann (de Berlin) n’hésite pas à considérer l’hypodermoklyse comme la seule conquête thérapeutique sérieuse qu’ait réalisée le choléra, depuis 1884. Nous devons reconnaître avec lui qu’elle a des avantages réels:
1° Elle peut être faite en ville, tandis que la transfusion intra-veineuse n’est praticable qu’à l’hôpital, et on peut la faire de bonne heure ;
2° Elle est moins dangereuse, puisqu’elle n’expose ni à l’entrée de l’air dans les veines, ni aux embolies ;
3° Elle donne des résultats moins brillants, moins saisissants, mais plus durables que l’autre opération ; elle expose moins aux débâcles gastro-intestinales.
Puisque nous possédons l’hypodermoklyse qui doit suffire dans les cas d’intensité moyenne et que nous avons le droit d pratiquer hâtivement dans les Cas
LE TRAITEMENT
o-raves pourquoi chercherions-nous à lui substituer fa transfusion intra-veineuse hâtive ? Réservons la phléboklyse pour les cas désespérés.
Pour pratiquer les injections sous-cutanées de sérum on doit se servir du même liquide que pour la transfusion intra-veineuse et l’employer à la même température ; on aura une aiguille plus large et deux fois plus longue que celle de la seringue de Pravaz, qu’on adaptera au tube en caoutchouc de l’injecteur et qu’on introduira sous la peau des régions sousclaviculaire ou abdominale, ou bien aux points qu a indiqués Siredey. Ici, comme pour la transfusion intra-veineuse, tous les injecteurs sont bons, pourvu qu’on les manie avec précaution et qu’on obéisse aux lois de l’antisepsie. On peut, pour gagner du temps, avoir recours à deux aiguilles simultanément.
L’utilité de l’opération, telLe qu’on l’a préconisée dans l’épidémie de 1892, me paraît si évidente que je propose de mettre entre les mains des praticiens une provision de sérum artificiel et un appareil très simple de telle sorte que l’injection sous-cutanée soit faite à domicile, avant le départ pour l’hôpital. Gela permettrait aux cholériques d’affronter, sans dommage, les longs trajets en voiture qui, trop souvent, causent des accidents irrémédiables.
C, — Conclusions.
Dans le choléra léger, tous les procédés réussissent ; il suffirait presque de condamner les malades au lit de les priver d’aliments solides et de calmer leur soit à l’aide de boissons indifférentes pour les guérir.
Dans le choléra grave, il faut agir avec prudence, mais il faut agir vite. Si l’on n’a pas réussi a juguler la diarrhée prémonitoire, qu’il importe toujours de traiter énergiquement, il ne faut pas perdre son temps à essayer l’effet de l’opium ou des antiseptiques faibles,
des sels de bismuth, par exemple. Il faut recourir immédiatement à l’un des deux remèdes, qui, en attendant un spécifique, s’imposent à notre confiance : le calomel, préconisé en Allemagne, ou l’ acide lactique, vanté en France. On se gardera, cela va sans dire, d’associer ces deux médicaments : on choisira l’un ou l’autre et, si l’on se décide pour le calomel, on renoncera aux limonades acides qui vont si bien avec l’acide lactique.
S’il y a tendance au collapsus'e t cyanose, on aura recours aux bains chauds, à l’entéroklyse ou à l’hypodermoklyse, sans oublier les frictions, les injections sous-cutanées d’éther et de caféine, les inhalations d’oxygène.
S’il y a collapsus algide avec suppression du pouls radial, on fera la transfusion intra-veineuse.
Le choix des boissons aura une grande importance : boissons gazeuses glacées, eau de Seltz, champagne glacé étendu d’eau, café glacé très léger. Avant la période de réaction, il ne faut donner aux cholériques ni lait, ni bouillon, ni alcool; le thé fait souvent vomir. Si l’on autorise trop tôt l’usage du lait et des aliments, on s’expose à des rechutes.
Dans la convalescence, l’intolérance gastrique et la diarrhée sont fréquentes. L’alimentation doit être extrêmement légère. J’ai eu recours parfois avec succès au lait d’ânesse. Il faut songer aussi aux lavements de peptone. J’insiste sur la nécessité de maintenir longtemps les convalescents au lit, malgré leur impatience.
Le traitement des complications sera réglé d’après chaque cas en particulier.
LA PROPHYLAXIE
XII, — LA PROPHYLAXIE
« Si l’on admet, écrivait Koch en 1884, que le choléra soit engendré par un organisme spécifique, il faut abandonner l’idée d’une origine autochtone à certains lieux. Un tel organisme, et en particulier le bacille virgule, se développe d’après les mômes lois que tous les êtres vivants. Il ne peut être engendré que par un organisme semblable à lui-même. Mais comme les bacilles virgules ne. sont pas répandus sur toute la surface du globe, nous sommes obligés d’admettre que la maladie dont ils sont la cause prend naissance dans les pays qui servent de berceau à ces bacilles virgules.
«Il est impossible de supposer que le choléra puisse naître spontanément dans le delta du Nil, sous prétexte que ce delta présente quelques analogies avec celui du Gange. De même, on ne peut admettre que le choléra se montre en Europe sans que le bacille y ait été importé.
« Nous ne connaissons pas une seule épidémie qui soit née spontanément hors des Indes, et ce fait confirme l’hypothèse que le choléra dépend d’un organisme spécifique, qui tire son origine des Indes. »
Nous risquerions de vivre dans une sécurité trompeuse si, les yeux toujours tournés vers l’orient, nous méconnaissions le choléra de reviviscence, dont l’année 1892 nous a fourni un si terrible spécimen.
Les premiers cas de la banlieue ont été causés, cela est démontré, par l’eau de Seine. Mais encore? D’où l'eau de Seine tenait-elle les baciljes virgules?
« N’assistons-nous pas, disait Chantemesse (1), à une
(1) Chantemesse (Soc. méd. des hôp. de Paris, 15 juill. 1892).
reviviscence des germes enfermés dans le sol depuis 1884, le microbe ayant retrouvé des conditions favorables à sa pullulation ? »
Tant que nous manquerons de renseignements positifs sur les spores et sur leur résistance, tant que la bactériologie du choléra n’aura pas dit son dernier mot, nous devrons surveiller non seulement nos frontières et nos ports, mais le territoire de notre pays.
La prophylaxie aux Indes. — C’est aux Indes surtout qu’il faudrait pouvoir détruire les foyers cholériques. Le programme est vaste. Quelques résultats, cités par H. Monod, permettent d’entrevoir les succès à venir :
« La petite ville de Guntur, rendue célèbre par ses épidémies cholériques, a acquis depuis quelques années une réputation non moins grande par son immunité. Même lorsque le choléra faisait rage autour d’elle, pendant les années de famine, il n’y a pas eu un seul cas dans la ville. D’où vient cette différence ? Sous la main d’un officier sanitaire énergique, la ville avait été assainie, les maisons et les rues nettoyées ; mais, ce fonctionnaire parti, tout était retombé à peu près dans l’état ancien. Une seule réforme avait persisté, et elle a suffi pour préserver les habitants du choléra : Guntur a été pourvue. d’une excellente amenée d’eau, et c’est depuis lors que le choléra' a disparu. »
La prophylaxie internationale. — Je ne ferai pas l’histoire des quarantaines. Tout ce qu’on peut dire sur les règlements sanitaires internationaux a été exposé dans des livres bien connus (1). La désinfection scientifiquement exécutée tend à se substituer partout à la méthode des lazarets. En 1890, à la frontière d’Espagne, nous avons désinfecté le linge des voyageurs dans les étuves à vapeur sous pression, nous avons retenu dans les maisons d’isolement les cholé-
(1) Proust. La défense de l'Europe contre le choléra; Paris, 1892.
LA PROPHYLAXIE
riques et les suspects ; le choléra n’a pas pénétré en France (Brouardel).
A la conférence de Venise (janvier 1892), les délégués français ont demandé que les navires eussent à bord un médecin et une étuve à désinfection, de façon que tous les objets susceptibles d’être souillés fussent désinfectés pendant la traversée, avant l’arrivée au port. C’est ce système qui a triomphé.
De par cette convention, les navires (venant d extrême Orient) indemnes de choléra ou ceux qui auront été complètement désinfectés, soit pendant la traversée, soit avant leur entrée dans le canal de Suez, traverseront seuls ce canal.
Les navires sur lesquels il y a eu des cas de choléra pendant la traversée, mais aucun cas nouveau depuis sept jours, s’ils ont un médecin et une étuve à bord, pourront passer le canal en quarantaine, parce que, si un nouvel accident survenait, le médecin pourrait ordonner les mesures de désinfection nécessaires. Les navires de cette catégorie qui n’ont ni médecin ni appareil de désinfection seront retenus, avant l’entree dans le canal, aux sources de Moïse, où seront appliquées les mesures de désinfection.
Les navires infectés ayant des cas de choléra a bord ou ayant eu des cas de choléra depuis sept jours seront arrêtés aux sources de Moïse, les malades seront débarqués et isolés. On désinfectera le linge sale, les objets à usage, les vêtements, ainsi que le navire.
« La délégation française, en faisant accepter ces propositions, est convaincue qu’elle a mis l’Europe à. l’abri de la pénétration du choléra par la voie de Suez ; elle a émis le vœu que des conventions analogues soient appliquées au golfe Persique et aux frontières de l’Inde et de la Russie. » (Brouardel).
Emue par les événements de 1892, la majorité des puissances européennes a réuni à Dresde, en avril 1893, une conférence sanitaire. La donnée était la suivante :
Le choléra a pénétré dans un des Etats de l’Europe ;
quelles sont les règles .à observer, au point de vue du transit des voyageurs et des marchandises, pour proj' téger les autres États ?
Voici le résumé de la convention adoptée.
« Le gouvernement du pays contaminé notifiera, dès son apparition, aux autres gouvernements l’existence sur son territoire d’un foyer cholérique.
« Les gouvernements ainsi prévenus devront publier immédiatement les mesures qu’ils prescriront au sujet des provenances de la circonscription contaminée; mais elles ne seront appliquées qu’à la circonscription territoriale infectée et non au pays tout entier dans lequel se trouve cette circonscription.
« Les marchandises prohibées seront : les linges, hardes et vêtements portés, les literies ayant servi ; les chiffons et les drilles. Exception est faite pour certaines catégories de chiffons qui ont subi des manipulations particulières.
« Dans les bagages, la désinfection sera obligatoire pour le linge sale, les hardes, vêtements et objets provenant d’une circonscription territoriale déclarée contaminée et que l’autorité sanitaire locale considère comme dangereux.
« Il n’y aura pas de quarantaine terrestre. Seuls, les malades cholériques et les personnes atteintes d’accidents cholériformes pourront être isolés et retenus aux frontières.
« Dans les ports, les navires infectés (navires ayant le choléra à bord ou ayant eu des cas de choléra depuis sept jours) seront soumis au régime suivant : les malades seront débarqués et isolés. Les autres personnes seront débarquées si possible et soumises à une observation qui ne pourra dépasser cinq jours et qui pourra être diminuée suivant la durée de la traversée et les conditions sanitaires générales du navire. Le linge sale et le navire (ou la partie du navire) contaminés seront désinfectés.
« Les zones frontières, Certaines catégories de per-
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sonnes (bohémiens, pèlerins, émigrants, etc.), les vaisseaux faisant le cabotage sont soumis à un régime spécial. »
La prophylaxie régionale et locale. — La meilleure façon d’éviter le choléra, c’est de distribuer aux populations de l’eau saine, non souillée, bien filtrée, de surveiller les puits et les fontaines.
La déclaration des cas de choléra doit être obli¬
gatoire. , J ,
Lorsqu’un cas suspect est signalé, il s agit d isoler le malade, de désinfecter le linge et la literie dans l’étuve, de désinfecter les locaux habités par le malade, de détruire les germes contenus dans les déjections.
Pour le linge de corps, les draps, les serviettes, les habits, la literie, etc., on peut rarement pratiquer la désinfection sur place ; on prendra donc de grandes précautions pendant le transport. L’étuve à désinfection par vapeur sous pression est indispensable.
La désinfection des locaux comprend la désinfection du lit, des meubles, de tous lés objets contaminés. Ici, pulvérisations, lotions avec les solutions de sublime, les solutions phéniquées, le lait de chaux; on lavera les murs et surtout les planchers.
Pour purifier aisément les déjections, il sera bon de ne présenter aux malades que des bassins contenant déjà la solution de sulfate de cuivre à 5 pour 100 ou le lait de chaux. Ces solutions seront, dans tous les cas, mélangées intimement aux matières.
Il faut désinfecter les fosses d’aisances.
Il convient d’envelopper les cadavres à 1 aide de linceuls trempés dans la solution de sublime. II laut enfin pratiquer rapidement les inhumations ; mieux encore décréter la crémation obligatoire.
La prophylaxie individuelle. — En temps de choléra, il faut éviter les excès alimentaires, les fatigues exagérées, obéir d’une façon générale aux lois de l'hygiène ;
je n’ai pas besoin de détailler. L’eau qu’on boira sera filtrée soigneusement et bouillie si l’on n’est pas absolument sûr de sa provenance. On se lavera soigneusement les mains avant chaque repas et on s’assurera de la provenance des aliments, qui peuvent être chargés de germes.
Gomme médicaments préventifs, on a vanté le salol, le calomel, etc.
Les personnes qui soigneront les malades auront des précautions plus minutieuses à prendre que les autres, cela se comprend aisément.
On évitera l’affolement, dont certaines populations de Russie ont donné le spectacle regrettable en 1892.
J’arrive à l’importante question des vaccinations anticholériques.
La vaccination peut-elle être réalisée lorsqu'il s’agit d’une maladie essentiellement récidivante comme le choléra?
En 1885, Ferran a eu recours à un procédé qui ne reposait pas sur des données scientifiques rigoureuses.
Gamaleïa, en 1888, a cultivé un virus cholérique dans le bouillon et, en chauffant à 12°, a détruit les microbes. Dès lors, la substance inoculée aux animaux à doses fractionnées les rendait réfractaires au choléra.
Haffkine (1892) a appliqué au choléra la méthode d’exaltation et d’atténuation des virus qui a servi au choléra des poules, au charbon, au rouget, etc. Le virus atténué par la culture à 39° centigrades dans une atmosphère constamment aérée a pu être inoculé par Haffkine à des animaux qui sont ainsi devenus absolument réfractaires au choléra. Ce physiologiste s’est vacciné lüi-même et a vacciné, à l’aide du virus atténué, plusieurs personnes. La résistance au choléra d'une de ces personnes a été éprouvée au bout de six jours; elle a subi, sans effet fâcheux, une injection de virus exalté.
Brieger, Kitasato et Wassermann ont cherché à
LA PROPHYLAXIE
conférer l’immunité aux animaux à ^id^d’extraitsjle thvmus mélangés aux cultures chauffées a 6S , le suc cès a été obtenu dans 80 pour 100 des cas.
Klemperer a fait une série importante de recherches sur l’effet des cultures chauffées à 70°; il n admet pasque l’extrait de thymus soit nécessaire. Les lapins vaccinés par Klemperer ont été réfractaires, et, de plus leur sérum sanguin a conféré 1 immunité à des
C °Môme succès, entre les mains de Klemperer, avec les cultures électrisées pendant vingt-quatre heures par un courant constant de 20 milliampères V Yincenzi admet que le sérum sanguin de cobayes
vaccinés confère l’immunité. .. ailY
C’est également au sérum sanguin des animaux qu’ont eu recours Pawlowsld et Buchstab. Ils ont réussi à conférer l’immunité à des animaux à 1 aide du sérum sanguin d’animaux vaccinés par eux. En outre, le sérum emprunté à des animaux immunises a paru doué, entre leurs mains, de vertus thérapeutiques les lapins, d’abord inoculés à laide du ™ cholérique puis traités par les injections de sérum, ont échappé à la mort douze fois sur seize. Ces auteurs se sont inoculé le sérum immunisé sans éprouver aucun dommage. Ils n’ont pas fait d autre expénenc sur l’homme. D’après eux, le sérum immunisé agit non seulement en vertu du phénomène biologique de la lutte de l’organisme contre 1 envahisseme microbien, mais encore d’une manière purement mécanique, en coagulant, par l’albumine, circulante, les toxines spécifiques qui sont fort instables.
On n’a pas seulement eu recours au sang des animaux : Lazarus (1892) a constatéquel^ de l’homme récemment atteint de choléia rendait les cobayes réfractaires à l’infection choiérique. D après Metchnilcoff (1893), ce même sérum n est P as ^uj oms susceptible de vacciner le cobaye; sur cent échantillons provenant de cent sujets différents, cinquante-
huit seulement confèrent l’immunité à cet animal. De même la moitié seulement des malades cholériques et la moitié des individus morts du choléra fournissent un sérum sanguin utile au cobaye.
; Chose curieuse, le sérum sanguin des hommes qui n’ont jamais eu le choiera jouit à peu près des mêmes propriétés que l’autre. Injecté par Metchnikoff dans le péritoine des cobayes, il a protégé ces animaux dans la moitié des cas environ. Faut-il conclure de là que la moitié des Européens soit réfractaire au choléra ? Metchnikoff ne le pense pas. Il rappelle que le sérum sanguin peut vacciner contre une infection, même lorsqu’il est emprunté à des sujets non réfractaires à cette infection.
Tels sont les résultats connus à cette heure. Les conclusions pratiques sont proches.