‹ Le CholéraChapitre 9 sur 26 · LE DIAGNOSTIC · texte numérisé non relu

LE DIAGNOSTIC

et se sent glacé, puis il brûle ; il éprouve d’horribles convulsions. Tout à coup, rassemblant ses forces, il se dresse droit et roide comme un cadavre, ses cheveux hérissés autour de sa face verte : « Cardinal Malipieri, s’écrie-t-il d’une voix strangulée, cette maladie est trop subite ; on se défie de moi à Rome ; vous êtes de la race des Borgia, et votre secrétaire était chez moi ce matin.On m’a empoisonné 1 » (1).

Le tartre stibié et le sublimé ont été parfois incriminés. Plus souvent, c’est l’arsenic : vomissements, diarrhée, évacuations aqueuses, soif ardente, pouls petit, refroidissement, faciès abdominal, prostration, crampes des mollets, cyanose, anurie, tout serait fait pour induire en erreur si l’analyse des liquides et les renseignements obtenus ne permettaient de découvrir la véritable cause des accidents.

Le collapsus algide qui survient chez les typhiques sans choléra doit être distingué de celui qui trahira l’invasion secondaire du bacille virgule ; de même chez les tuberculeux diarrhéiques.

J’ai été appelé, au printemps de 1893, auprès d’une malade isolée provisoirement au Bastion 36 (désert à cette époque), pour un cas de choléra reconnu la veille par les internes d’un hôpital parisien. Or, cettë pseudo-cholérique, l’accès de collapsus algide ayant cédé, offrait les symptômes indiscutables d’une scarlatine légitime. Si la scarlatine elle-même peut simuler le choléra, quelles erreurs ne doit-on .pas prévoir?

Parmi les maladies qui, sans l’examen bactériologique, ne sauraient être distinguées du choléra vrai, il faut signaler certaines infections dues au x streptocoques (Beck en a publié récemment un exemple remarquable) et surtout ceux qu’on doit rapporter au bacterium coli commune (Gilbert et Girode) et au bacille de Finkler- Prior.

Ici, nous touchons à une question essentielle :

(1) Eugène Sue, Le Juif errant .

Un cas de choléra étant donné, appartient-il à la variété sporadique ou à la forme épidémique ?

C’est à la découverte de Koch que nous devons la faculté de résoudre aujourd’hui ce problème.

En se plaçant au point de vue de l’hygiène publique et des mesures sanitaires, cette question peut donc se poser ainsi :

S’agit-il d’un choléra a bacilles virgules ou d’un choléra sans bacilles virgules ?

Car le premier doit se disséminer rapidement, l’autre peut rester isolé.

J’indiquerai les moyens qui permettent d’arriver rapidement à la certitude.

Peter a simplifié la question en admettant l’unicité du choléra ; pour lui, cholérine, choléra avec déjections bilieuses (ou choléra nostras), choléra riziforme (ou indien), tout cela n’est qu’une seule et même maladie, sous un triple aspect. « Il n’y a pas trois choléras, disait-il, pas plus qu’il n’y a trois scarlatines ou trois dothiénentéries. »

Si nous admettions cette conception uniciste dans toute sa rigueur, cela reviendrait à supprimer l’examen bactériologique, dont Peter lui-même reconnaissait l’importance.

Or, je le répète, sans la connaissance des microbes, les différentes variétés du choléra risquent bien de se confondre. Et il ne faut pas attendre le développement d’une épidémie et l’étude de sa marche pour établir les distinctions.

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