‹ Le Chômage et la Profession: Contribution à l'Étude statistique du Chômage et de son Coefficient professionnelChapitre 113 sur 130 · VALEUR L’EFFECTIF · texte numérisé non relu

VALEUR L’EFFECTIF

VALEUR RELATIVE de l'effectif moyen

Formons, avec les valeurs ainsi établies et celles du tableau VI, le graphique G (hors texte) : nous y discernons assez nettement, entre les unes et les autres, l’existence d’un rapportinverse. Les effectifs relativement élevés coïncident plutôt avec les valeurs de chômage relativement basses, et vice versa. Sans doute, il y a à celte tendance de nombreuses exceptions, mais l'allure générale de la courbe des effectifs reste clairement inverse de celle des valeurs du chômage. Le fait est surtout frappant, en ce qui concerne les industries à fort chômage : aucune n'a, pour l'effectif moyen des établissements, une valeur relative élevée.

On pourrait donner, en somme, des enseignements de notre graphique G la formule suivante : jamais on ne trouve de forts chômages dans les industries centralisées ; le plus souvent, les industries non centralisées ont de forts chômages.

$ IT. — Essar D'EXPLICATION DU RAPPORT APERÇU.

La constatation du rapport inverse existant entre le taux de chômage et l'importance des effectifs industriels ne peut encore passer pour une explication de la diversité des taux de chômage, car on ne voit pas, entre ces deux phénomênes, de lien logiquement nécessaire. Il faut donc admettre que le rapport existant entre eux est indirect, et qu'un troisième phénomène sert en quelque sorte de trait d’union aux deux premiers. Ce trail d'union nous paraît être l'extension des débouchés commerciaux.

La connexité entre ce dernier phénomène et l'importance du personnel est évidente : il n'y a de gros effectifs que là où le marché à desservir est considérable, Or, qui dit marché important dit marché relativement stable, dans lequel les diminulions de consommation des uns

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ont chance d’être compensées par l'accroissement de consommation des autres; et celte stabilité, impliquant la stabilité de la production, implique en même temps l'absence, ou, tout au moins, la diminution du chômage. À ce premier avanlage, propre aux grandes entreprises, du fait de leur organisation commerciale, il s'en ajoute d’autres, résultant du mécanisme de la production. Lorsque la direction de l’industrie est concentrée dans un petit nombre de mains, les chefs d'entreprises connaissent le marché qu'ils fournissent mieux que ne font, dans leurs sphères respectives, les petits ou moyens entrepreneurs des autres branches industrielles. Sachant sur quelle consommation ils peuvent compter, ils règlent leur production en conséquence. Enfin, de plus en plus, ils échappent à lun des grands inconvénients de notre régime économique actuel : l'excès de concurrence; leurs cartels ou comptoirs, s'ils ont les inconvénients du monopole, en ont aussi les bons côtés. Au contraire, dans les branches industrielles à production non concentrée, ie nombre des entreprises croît indéfiniment, et ne connaît d’autres limites que celles que lui assigne le nombre également croissant des faillites. Ainsi, au sein des petites entreprises, plusieurs forces tendraient à augmenter l'importance du chômage, el rendraient compte du rapport statistique constaté. Entre la théorie explicative du chômage que nous venons d’esquisser et certaines des hypothèses que nous avions mentionnées tout d’abord, on peut noter, croyonsnous, de partielles identités. Si, par exemple, le chômage semble croître à mesure que l’on s'élève sur l'échelle des transformations industrielles, on se l'explique par ce fait que les industries placées au haut de cette échelle, étant plus spécialisées, ont des débouchés plus étroils. Au contraire, les industries donnant les premières façons à la matière brute alimentent une quantité d’autres industries

el jouissent ainsi des avantages que confère l'amplitude des débouchés.

Notre hypothèse demanderait d’ailleurs à être vérifiée, car plus d’une industrie fait apparemment exception à la règle indiquée; on remarque, par exemple, que l'agriculture, l'industrie humaine par excellence, est assez éparonée par le chômage, bien que l'effectif moyen des établissements y soit très réduit. Il semble que l’on puisse attribuer cet état de choses au fait que les débouchés sont plus stables dans l’agriculture que dans l'industrie proprement dite; en outre, le nombre des entreprises agricoles est naturellement limité par l’inextensibilité de la surface cullivée.

Pour chaque industrie, comportant un rapport anormal entre l'effectif moyen des établissements et le taux de chômage, une recherche analogue devrait être effectuée, et l'on apercevrait peut-être qu'il faut distinguer deux catégories d'industries à petits effectifs : d’une part, celles qui desservent des marchés locaux vraiment autonomes, et relèvent encore actuellement de l'économie urbaine ; d’aulre part, celles qui ont été bouleversées par la révolution économique du xix° siècle et sont entrées dans le champ de l’économie nationale, mais qui ne tirent pas de l'extension des débouchés les avantages qu’elle comporte, parce que leur mécanisme de production ne s'est pas encore adapté aux nouveaux besoins. Ces dernières branches industrielles seules seraient anormalement exposées aux risques de chômage; avec elles devraient être classées, d’ailleurs, les industries en période de transformation, celles où lapparilion du machinisme est une cause additionnelle, mais temporaire, de perturbation.

Cette conception, même vérifiée et acceptée, ouvre d’ailleurs la porte à de nouveaux problèmes, et en particulier à celui-ci : pourquoi y a-til toujours, même dans

les industries où la production semble le mieux adaptée à la consommation, un certain quantum de chômage? fci, nos données statistiques ne nous fournissent plus de point d'appui, el les hypothèses que nous pourrions faire seraient, par suite, beaucoup plus arbitraires. C’est ce défaut que nous semble avoir la théorie de J.-A. Hobson, sur l’overcapitalisation des riches et c'est pourquoi nous pensons qu'il serait préférable de ne pas attaquer l'étude de ce problème avant que celui des coefficients professionnels de chômage soit tout à fait éclairci. Nous ne prétendons nullement avoir, dès maintenant, atteint cel objectif, mais nous croyons qu'il serait utile de poursuivre les recherches dans la direction suggérée par notre graphique G.

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