PROFESSIONNEL DE CHÔMAGE
Si sommaire qu'elle soit, l'étude critique des chiffres de nos quatre séries d'observations leur donne déjà quelque signification. Ventilés, rapprochés, expliqués les uns par les autres, ils commencent à être intelligibles. Sans doute, nous n'avons pu établir définitivement les coefficients professionnels de chômage, mais nous apercevons comment ils s’échelonnent, et quelques-unes des raisons pour lesquelles telle industrie est régulièrement plus atteinte que telle autre par le fléau de loisiveté involontaire. Ces premiers résullats acquis jalonnent la route à parcourir : nous ne leur attribuons pourtant pas une valeur certaine et reconnaissons que nos raisonnements, faute d’une base historique et critique suffisante, restent fragiles. Nous avons seulement voulu montrer, en les présentant, combien le seul rapprochement de nos chiffres fournissait d’hypothèses utiles pour la solution du problème étudié.
Sans même tenir compte de cetle esquisse d’élaboration, il se dégage, des comparaisons statistiques que nous avons établies entre les taux de chômage, des enseiguements qui ne sont pas négligeables. Elles montrent d’abord, de façon irréfutable, que, d'une industrie à l’autre, les taux de chômage diffèrent, qu’il existe, par conséquent, une influence de la profession sur le chômage. Cette notion, il est vrai, n'est pas entièrement nouvelle. Mais nos comparaisons, vérifiant sa justesse dans le détail des diverses professions, lui donnent une certitude qu'elle élait loin d’avoir. Elles nous renseignent, en outre, sur un point capital, à savoir sur la nature de cette influence. On avait bien déjà l'impression que celle-ci était constante, et d’autres travaux, antérieurs au nôtre, avaient signalé le fait; mais, parce qu’ils portaient sur des champs d'observation beaucoup plus restreints, ils étaient moins significatifs que nos tableaux. Citons, parmi les documents les plus intéressants à cet égard :
1° L'étude, déjà mentionnée, du secrétaire ouvrier suisse H. Greulich, sur le Chômage et les Bourses du travail" ;
2° Les rapprochements variés visant le chômage en Allemagne et reproduits ou établis pour la première fois dans la grande enquête officielle de 1906*° ;
! Comparaisons portant sur diverses séries de taux de chômage : à Zurich, à Bâle, dans les caisses d'assurance syndicales de Gand, et enfin dans les usines du Massachusetts.
? Sont particulèrement significatifs, en ce qui concerne la permanence des coefficients industriels de chômage :
a) Les chiffres provenant des enquêtes fiscales annuelles de Dresde ;
b) Ceux provenant du décompte fait à Munich le 27 novembre 1904 et rapprochés des chiffres du Recensement de 1895;
c) Ceux provenant des premiers exercices des caisses syndicales d’assurance-chômage en Allemagne.
Dans l’ensemble, le rapporteur de l'enquête officielle allemande croit pouvoir conclure qu’il y a, à tous égards (et implicitement, par conséquent, dans le coefficient professionnel de chômage), une grande régularité dans les phénomènes observés.
3 Le rapprochement, établi par l’auteur du Recensement professionnel autrichien de 1900, entre les pourcentages de chômage des diverses industries réparties en quatre classes, à Vienne, et les mêmes pourcentages à Berlin, en 1895, rapprochement révélant, dit l’auteur, une ressemblance surprenante ;
4° Citons enfin el surtout les rapprochements portant sur les statistiques mêmes que nous avons éludiées, à savoir les deux Recensements allemands et les deux Recensements français”.
La simple énumération de ces travaux suffit à montrer par où ils se différencient de notre recherche. La seule comparaison qui soil internationale, celle qui rapproche les chiffres de Berlin et de Vienne, ne comporte qu'une division professionnelle extrêmement sommaire. Les comparaisons détaillées basées sur les Recensements français et allemands restent isolées. Quant aux autres, clles sont à la fois trop sommaires comme classement professionnel, el trop restreintes comme champ d’observalion, pour être considérées comme probantes : on ne peut parler d’une influence de la profession sur le chômage que si l’on peut prouver l'existence, dans le laux de chomage, de nuances aussi diversifiées que celles de l’organisalion industrielle elle-même, et l’on ne peut considérer comme probable la constance de celte influence que si l’on a procédé à plusieurs comparaisons. C’est ce double desideratum qui est, croyons-nous, réalisé pour la première fois dans nos tableaux.
‘En ce qui concerne l'Allemagne, le rapprochement des taux observés fut commenté par M. G. Scnaxz, dans ses Neue Beiträge, etc., p. 177 et suivantes.
Pour la France, c'est le document officiel lui-même qui fait ressortir l'étonnante similitude des taux professionnels dans les deux Recensements. (Voir Recensement de 1901,lome IV, p. 124).
$ Il. — RÉSULTAT NÉGATIF DE L'ÉTUDE :