‹ Le Chômage et la Profession: Contribution à l'Étude statistique du Chômage et de son Coefficient professionnelChapitre 117 sur 130 · II. — VALEUR THÉORIQUE DES RÉSULTATS ACQUIS · texte numérisé non relu

II. — VALEUR THÉORIQUE DES RÉSULTATS ACQUIS

Dans l'ensemble, tant par leur résultat négatif que par leur résullat positif, nos manipulations statistiques fournissent, croyons-nous, pour des recherches ultérieures une orientation utile. Elles nous montrent que le chômage est, avant tout, fonction de l’organisation professionnelle et, en particulier, de caractères variant soit qualitativement, soit seulement en intensité, d'une industrie à l’autre. Cette notion l’emporte, en précision et en fécondité, sur celle que fournit la simple intuilion des phénomènes économiques.

Henry George rattachait le chômage au monopole abusif des propriétaires fonciers. Marx y voyait le résultat d’une loi économique compliquée : développement plus rapide du capital cireulant que du capital fixe; accroissement du nombre des ouvriers proportionnel à l'accroissement du capilal circulant; d’où finalement insuffisance du capital fixe pour donner du travail aux ouvriers. J.-A. Hobson, serrant le problème de plus près, dénonce comme cause du chômage la surcapitalisalion, l'épargne excessive des gens riches. Chacun de ces aperçus contient, nous semble-t-il, quelque vérité: mais ils échappent, par leur généralité même et par leur caractère inluilif, à toute vérification. En mème temps, au point de vue des remèdes au chômage, on reste désarmé, puisqu'en dehors de la socialisation des capitaux, ou, ce qui

revient presque au même, d’une confiscation rigoureuse de l’unearned increment, on n’aperçoit pas de salut.

Notre recherche statistique, nous amenant à morceler le problème, a pour premier avantage d'ouvrir la porte aux vérifications mélhodiques. Puisque l’on sait comment le chômage varie d’une industrie à l’autre, on peut vérifier si Sa cause varie de même. Sur la nature de celte cause, nous n'avons pas voulu exprimer d'opinion catégorique. Nous nous sommes contenté de montrer l'existence probable d'un rapport entre le chômage et l'effectif des établissements industriels. L'étude plus approfondie du problème pourrait suggérer d’autres rapprochements, mais on est en tout cas ici sur un terrain solide, puisque l’on peut utiliser, pour juger de la constance des rapports allégués, le mécanisme des séries statistiques et, par là même, la méthode des variations concomitanies.

Quelle que soit la cause probable du chômage, il est en outre heureux, au point de vue des remèdes à y apporter, que cette cause varie d’intensilé d’une industrie à l’autre. On se trouve alors, en effet, dans le domaine de Pactivité consciente des hommes, et l’on ne voit pas pourquoi il serait impossible d'introduire, dans telle branche de la production, les procédés ou l’organisalion technique qui déterminent dans telle autre l’abaissement du taux de chômage.

Tant au point de vue scientifique qu’au point de vue pratique, l'objectif à poursuivre actuellement est d'acquérir une connaissance plus exacte des besoins économiques de la société et des moyens mis en œuvre pour les satisfaire.

Nous en savons assez pour affirmer que le chômage doit ètre étudié et combattu dans un cadre professionnel,

mais les lignes de ce cadre sont encore peu précises. Cela tient à la complexité de la production moderne, mais aussi, et surtout, à l’état encore peu avancé des études économiques. Les recensements professionnels détaillés, point de départ nécessaire de ces recherches, ne datent que d'hier et sont loin d’être encore cultivés comme ils le mérileraient par les administralions publiques. Ceux qui ont eu lieu sont forcément imparfaits. Nous n’en voulons pour preuve que la dissemblance de leurs procédés d’un pays à l’autre.

On devrait arriver à déterminer d’une façon certaine les différences existant entre les industries. Les différences de matière, celles de destination qui nous sont les plus familières sont, sans doute, secondaires. Il doit y avoir entre les industries des parentés plus profondes, dues, soit aux procédés employés, soit surtout à la similitude des débouchés. Ces parentés sont mal connues. À côté des classifications officielles que nous avons étudiées, il est une classification spontanée, et par suile vivante, qui a priori doit répondre à des nécessités économiques réelles, c’est la classification syndicale. Cette classification n'a pas encore été étudiée, et, d’ailleurs, son état peu avancé explique qu’elle ait été négligée. Il y aurait lieu de la confronter avec les classifications administratives.

Le jour où l’on connaïtrait, d'une façon certaine et détaillée, l'anatomie du corps économique, ce jour-là, les classifications des divers pays s’unifieraient d’ellesmêmes. Ce jour là aussi, la science économique aurait fait un grand pas. On s’apercevrait en effet que, d’une société à l’autre, la vie économique moderne reste semblable à elle-même. Les liaisons de phénomènes constatées dans un pays seraient reconnues exister dans un autre. La possibilité de formuler des lois économiques positives

apparaîtrail.

Est-il besoin de démontrer que, ces lois étant connues, le phénomène pathologique du chômage disparaïtrait de lui-même?

Il y a actuellement désharmonie entre les besoins et la production destinée à satisfaire ces besoins. Celle désharmonie n'existait pas dans les sociétés où régnait l’économie domestique, où chaque groupe, produisant pour lui-même, savait exactement de quoi il avait besoin. Avec l’économie nationale naissante, cette claire conscience économique a été momentanément obscurcie. La dissociation du groupe producteur et du groupe consommateur a amené des erreurs de production, Ces erreurs sont évitables. Le jour où la collectivité saura exactement quels sont ses besoins et comment elle les satisfait, le jour où la production ne sera plus abandonnée au jeu aveugle et brutal des concurrences entre entrepreneurs privés, ce jour-là le fléau irrationnel du chômage involontaire ne sera plus qu'un souvenir.

Vu: Vus Le Doyen, Le Président de la thèse, C. LYON-CAEN. M. BOURGUIN.

Vu ET PERMIS D'IMPRIMER :

Le Vice-Recteur de l'Académie de Paris,

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