CHAMBRE PLEASE
Les Sources (suite), — Classement des documents disponibles selon leurs caractères secondaires.
A. — Le principe du classement et son intérêt.
Parmi les caractères secondaires des statistiques relatives au chômage il en est un qui influe indirectement sur la nature même des faits observés, et que, pour cette raison, nous devons examiner ici en première ligne; c’est la durée du laps de temps sur lequel porte chaque observation faite. Cette durée de la période d'observation influe directement sur tout chiffre statistique; mais elle joue, selon le phénomène observé, un rôle plus ou moins important.
S'il s’agit d'événements se produisant d’une façon très régulière, il n'importe pas que chaque observation embrasse peu ou beaucoup de temps : le nombre des cas observés grandit régulièrement en proportion du temps écoulé. Il n’en va pas de même pour le chômage, dont l'intensité semble pouvoir varier sensiblement d’un jour à l'autre, ce qui risque de rendre trompeuse une observation portant sur un seul jour, ou même la moyenne de plusieurs observations brèves et discontinues. Lorsqu'au contraire l'observation s'étend sur plusieurs jours consécutifs,
sur un mois, un semestre, une année, elc., les influences perturbatrices prennent leur valeur vraie, et le taux de chômage calculé est un reflet exact de la réalité, au lieu de n'être qu’une approximation plus ou moins trompeuse.
À ce premier avantage des observations portant sur un long laps de temps, s’en ajoute un autre qui appelle quelques explications.
Le chômage, et avec lui les autres phénomènes énumérés dans le chapitre précédent, peuvent être mesurés à l’aide de plusieurs procédés différents ; tenons-nous en, pour plus de simplicité, au chômage lui-mème et aux faits d'assistance et d'assurance : on peut, pour mesurer ces trois ordres de phénomènes, compter soit des jours chômés, soit des individus chômant, soil des cas de chômage ; on peut même utiliser pour les faits d'assistance el d'assurance seuls, un quatrième indice, celui des sommes dépensées.
Laissant de côté ce dernier indice, évidemment moins précis que les autres, nous devons reconnaître à chacun des trois premiers une signification distincte : en relevant le nombre de jours de chômage, on a une mesure inléressante du phénomène, comme quantum d'inactivité sociale ; le nombre des individus atteints nous renseigne sur le risque moyen de chômage par têle ; quant au nombre des cas de chômage survenus, il est indispensable de le connaître pour faire fonctionner les institutions d’assislance ou d'assurance ; en outre, la combinaison de ces trois -indices deux à deux fournit des renseignements complémentaires intéressants. =
Mais pour obtenir ces mesures multiples du phénomène, une condition est nécessaire, et c’est précisément que chaque observalion faite embrasse un long laps de temps. Alors, en effet, mais alors seulement, les trois indices jours, individus, cas, peuvent être distingués et ils
prennent une physionomie d’autant plus caractéristique que le cadre de temps de l'observation est plus large. Lorsqu’au contraire les observations faites portent sur un seul jour, les valeurs des trois indices se confondent, ou plutôt un indice unique est établi : celui qui mesure le chômage comme quantum d'inactivité sociale”. Il y a donc, on le voit, deux raisons différentes pour préférer aux observations instantanées du chômage les observations embrassant un long laps de temps.
B. — Réalisation du classement.
Considérés à ce dernier point de vue, les documents énumérés précédemment présentent une physionomie assez caractéristique. Il n’y a guère de décomptes à observalions prolongées que parmi les statistiques visant les phénomènes symptomatiques du chômage et aussi celles qui concernent les faits d'assistance et d'assurance. Au contraire, presque toutes les enquêtes directes que nous avons citées ne sont que des coups de sonde et ne portent que sur un seul jour *.
Voir, comme exemple de la différence entre le chiffre des individus atteints et celui des cas de chômage, la statistique trimestrielle régulière du Zentralverein der Bildhauer dans le Reichsarbeitsblatt. On relève, par exemple, dans le quatrième trimestre 1907, 1.848 individus chômant pour 2.376 cas de chômage. Voir également la Denkschrift, déjà citée, du Bureau de Statistique bâlois : pour les cinq hivers 1902 à 1906 réunis, 3.063 individus atteints pour 4.671 cas. Le D' Mangold, auteur de cette Denkschrift, tire argument du grand nombre de récidivistes du chômage, pour déclarer que l’oisiveté involontaire, due surtout à des tares personnelles, ne peut faire l’objet d’une assurance obligatoire. Ce jugement, qui nous paraît trop radical, montre bien l'intérét que présente le rapprochement des divers indices du chômage.
* Les seules statistiques directes qui fassent exception à cette règle sont les suivantes: 1° Recensements américains divers, portant tous sur l’année entière précédant le jour du décompte; 2° décompte des syndiqués chômeurs à Brême, du 6 octobre 1900 au 6 octobre 1901; 3e Z'abulation of the Statements made by men living in certain selected districts (ces Statements portèrent sur les six mois antérieurs à la date de l'enquête); 4 La Disoccupazione nel Basso Emiliano et aussi La Condizione de la classe lavoratrice a Milano
Laissant de côté les phénomènes simplement symptomatiques, moins intéressants à notre point de vue que les autres, on pourrait se demander pourquoi les observations prolongées sont la règle en matière d’assistance et d'assurance et l'exception en matière de chômage proprement dit. La réponse est vite trouvée: l'observation prolongée suppose un enregistrement journalier des cas de chômage avec, si possible, la date où ils prennent fin; et l’on ne s’astreint guère à cet enregistrement minutieux que quand des intérêts pécuniaires sont en jeu, lorsqu'il est nécessaire de tenir des comptes. Il est encore possible d’avoir des observations de longue haleine dans des groupements fermés, comme le sont les syndicats. Au contraire, dès que le champ d'observation s’élargit, cet enregistrement journalier ne peut plus avoir lieu. Les Recensements américains essaient bien de tourner la difficulté, en interrogeant les souvenirs de chaque individu; mais qui ne voit le risque d’inexactitude d’une pareille méthode?
Quoi qu'il en soit, et réserves faites pour les rares enquêtes directes que nous avons citées en note, nous voyons qu'en général les stalistiques relatives aux phénomêènes connexes fournissent des mesures plus exactes et plus complètes que celles relatives au chômage lui-même ; et l’on est amené à se demander s’il vaut mieux bien connaître les fluctuations des faits en relation avec le chômage que mal connaître celles du chômage lui-même.
(total des jours de chômage dans l’année); 5° les petites enquêtes faites à Berne en 1885-1886; 6° les statistiques des Gewerkvereine pour 1877-1879; T° les enquêtes syndicales signalées par Schanz ou l'Enquête allemande (cadre annuel pour les menuisiers, les tourneurs, la fédération du! bois, les maçons, les tailleurs de pierre de Dresde et Breslau, les métaliurgistes, cadre d’un hiver pour la fédération des tailleurs de pierre, les charpentiers, les tonneliers ; cadre de deux mois pour les employés de commerce; cadre mensuel pour les syndicats hambourgeois; cadre de deux semaines pour les lithographes); 8 la statistique officielle des Gewerkschaften allemandes (depuis 1906); 9% les données sur le chômage partiel des mines en Angleterre et en France.