CHOMAGE
Des deux Recensements allemands de 1895, celui de juin (recensement professionnel) est le seul qui ait réparti par profession, à la fois les travailleurs occupés et les chômeurs‘. En décembre, au contraire, ce classement ne fut fait que pour les chômeurs. En toute rigueur donc, les chiffres de juin sont les seuls desquels nous puissions tirer des taux professionnels de chômage et, par là même, la matière de comparaisons nouvelles. Mais nous sommes trop pauvres en ! documents pour nous montrer si difficiles, et la tentation est grande de former une deuxième série de laux en rapprochant les chômeurs de décembre des professionnels de juin.
Ce procédé manque assurément d’exactitude. De juin à décembre 1895, la population totale de l'Empire augmenta d'environ 1 0/0°. Il est donc certain que, au sein
‘ Voir Berufs-und Gewerbezählung vom 14 Juni 1895 (Statistique impériale allemande, nouvelle série, tomes 102 à 119), Berlin, Puttkammer et Mühlbrecht, 1897, sqq.
? Elle passa de 51.770.000 âmes à 52.246.000. Cf. Die beschäftigungslosen Arbeitnehmer im Deutschen Reich, p. 2*, première colonne.
de chaque industrie, les effectifs se modifièrent également, mais il est impossible de dire dans quelle mesure chaque groupe professionnel contribua à l'accroissement tolal. L'opinion des experts est que, de l'été à lhiver, la répartition industrielle d’une population donnée se modifie assez sensiblement ; on pense, en particulier, que les industries ayant régulièrement en hiver une longue morte-saison, c’est-à-dire l’agriculture, le bâtiment et les transports par eau, voient leur effectif diminuer à ce moment-là, pour croître de nouveau en été, et que ce mouvement périodique trouve sa contre-partie dans un mouvement inverse, affectant les industries dont la morte-saison est en été. S'il en était ainsi, ces dernières industries auraient gagné, de juin à décembre, plus de 1 0/0 de leur effectif, tandis que les industries du plein air auraient eu des effectifs stationnaires, sinon en décroissance.
Quoi qu’il en soit de ces variations, elles ne sont pas connues et nous devons, ou bien renoncer à former des laux de chômage pour décembre, ou les former sciemment inexacts en utilisant les chiffres de travailleurs de juin. Cette dernière solution a été acceptée par l'Administration allemande et aussi par le professeur Schanz. La déviation qu'elle impose aux taux de chômage par rapport aux taux vrais est, somme toute, légère, puisqu'elle n'est que rarement supérieure au dixième des valeurs réelles. C'est là un écart assez peu important dans une matière où l'exactitude absolue est, en tout cas, une impossibilité. Suivant les exemples autorisés que nous venons de rappeler, nous formerons donc non pas une seule, mais bien deux séries de taux, en comparant aux chiffres de professionnels relevés en juin, d’abord les chiffres de chômeurs de juin, puis ceux de décembre.
$ Il. — COMPARAISON DES TAUX DE CHOMAGE FRANÇAIS ET ALLEMANDS. DIFFICULTÉS APPARENTES DE CE RAPPROCHEMENT.
Disposant de deux séries de taux, nous pouvons d’abord les comparer entre elles et voir si, au sein de Péconomie allemande, il y a une stabilité du coefficient industriel de chômage analogue à celle que nous avons constatée dans l’économie française. Celte comparaison a été faite, très sommairement d’ailleurs, par l’'Administration allemande et par M. Schanz. A cette recherche, qui présente déjà un grand intérêt, pouvons-nous en ajouter une autre, pouvons-nous comparer les taux de chômage constatés en Allemagne à ceux qui ont été relevés pour la France ? Les spécialistes de la question du chômage ont sans doute opiné pour la négative, car cette comparaison n a jamais élé tentée jusqu’à présent.
Qu'il y ait entre les deux groupes de statistiques de nombreuses différences, cela est indéniable. Nous avons déjà signalé que le phénomène observé n’est pas le même : l'Administration française ne note que l'absence de contrat de travail des salariés travaillant habituellement à poste fixe chez autrui, tandis que le Recensement allemand demande à tout preneur d'ouvrage (Arbertnehmer) si au jour du Recensement il est sans travail’. A cette première différence s’en ajoute une autre; par laquelle le Recensement de juin allemand se distingue à la fois du Recensement de décembre et des Recensements français :
! Celte notion d'absence de travail, plus large que celle d'absence de contrat de travail, se présente sous la forme suivante :
Question : Für alle Arbeitnehmer; ob gegenwärtig in Arbeit oder Stellung? Commentaire : Als gegenwärtig in Arbeit oder Stellung zu betrachten sind Alle in Lohn und Arbeit beschäftigten, s0 lange der Lohnverhältniss dauert. Nous déduisons de ce commentaire que les individus en chômage partiel ne doivent pas se déclarer. D'autre part, tous ceux qui ne reçoivent momentanément aucun salaire devraient se déclarer, même's’ils figuraient encore à l'effectif d’un établissement.
les individus qui se disent en chômage, mais indiquent une profession accessoire, sont, au Recensement de juin, défalqués du nombre des chômeurs ‘, tandis que cette nuance n’est prise en considération ni dans le Recensement de décembre, ni dans les Recensements français. On pourrait encore indiquer, comme obstacle aux comparaisons, la différence des saisons d’un Recensement à l'autre; mais ou bien cette différence s'oppose à la comparaison des deux Recensements allemands comme au rapprochement des statistiques françaises et allemandes, ou bien elle n'importe pas.
En fait, ces diverses nuances sont secondaires et, si elles peuvent nuire à la ressemblance des chiffres, elles ne font pas obstacle à leur comparaison. Elles sont même plutôt avantageuses, car elles nous permettent de voir si les modalités auxquelles elles se réfèrent ont, ou non, de l'influence sur le coefficient professionnel de chômage.
Au point de vue de l'exactitude, nos quatre documents ne présentent pas non plus de trop grandes différences. Ils ont, les uns et les autres, la physionomie de tous les Recensements nationaux, peu exacts sans doute, en ce qui concerne beaucoup de réponses individuelles, mais satisfaisants dans l’ensemble, en vertu de la loi des grands nombres. Il ne faut pas se laisser effrayer, en ce qui concerne l’Allemagne, par les corrections nombreuses auxquelles donnèrent lieu les Nacherhebungen des principales villes de l'Empire. Les chiffres français, s'ils avaient été contrôlés, auraient présenté sans doute à peu près la même marge d’inexacliltude individuelle, compensée vraisemblablement par des inexactitudes en sens contraire qui, elles, échappent au contrôle®.
! Cf. Scnaxz, Neue Beiträge, etc., p. 170.
* Voir à ce sujet l'argumentation indiquée par Schanz (Neue Beiträge, etc., p. 169) d'après G. von Mar.
$ III. — DairFiCULTÉS RÉELLES PROVENANT DE LA DIFFÉRENCE DES CLASSIFICATIONS FRANÇAISE ET ALLEMANDE ET SOLUTION DE CES DIFFICULTÉS.
Le grand obstacle à notre comparaison éventuelle est la différence des classifications professionnelles en Allemagne et en France, et l’on ne peut que déplorer une fois de plus, à cette occasion, les trop lents progrès de l’internationalisme scientifique.
A. — Le système allemand.
Ayant indiqué en détail le système adopté en France, il nous faut, pour juger des possibilités de rapprochement, décrire de même le système allemand. Celui-ci est à la fois plus complexe et plus simple que le système français. Il est plus complexe, parce que l'Allemagne, au 14 juin 1895, fil non pas un, mais bien deux et même trois recensements : il y eut simultanément une statistique professionnelle (Berufszählung), une statistique industrielle (Gewerbezählung) et une statistique agricole (Landwirtschaftsstatishih).
Le point de départ de cette énorme enquête‘ fut un formulaire, que chaque chef de famille devait remplir, et dans lequel il devait indiquer sa profession et celle des personnes habitant à son foyer. À tout inaividu exploitant une parcelle quelconque du sol, on fit alors remplir un deuxième formulaire relatif aux biens qu’il exploitail (surface, animaux, machines). D'autre part, à tous les chefs
Elle comprend les tomes 102 à 119 de la Statistique impériale,
d'entreprises industrielles ou commerciales privées, employant au moins un aide ou un moteur inanimé, on fit remplir un troisième formulaire (Gewerbebogen), comprenant quatorze questions et visant, entre autres points, la nature de l’industrie exercée et le nombre d'employés *.
Laissant de côté la statistique agricole, qui ne porte que sur les biens et non sur les personnes, nous sommes donc en présence de deux grands décomptes : l’un général, visant tous les individus actifs de l’Empire allemand, l’autre notant, une seconde fois, une fraction de cette population, à savoir ceux qui, parmi les professionnels adonnés à l'industrie ou au commerce, travaillent d’une façon colilective ou avec l’aide d’un moteur.
A ces deux décomptes correspondent en principe deux classifications professionnelles distinctes. Les individus visés par la statistique des entreprises sont groupés selon l'industrie à laquelle ils collaborent ; la désignation de ceite industrie est faite par le chef d'entreprise; si, au sein d’une entreprise (Gesammtbetrieb) il y a plusieurs exploitations distinctes (Betriebszweige), le chef de l’entreprise doit indiquer séparément chacune de ces exploitations, et aussi comment se répartissent entre elles les individus qu’il emploie. Envisagés, d’autre part, individuellement, les membres de ces entreprises, et avec eux tous les autres travailleurs, sont groupés dans la statistique professionnelle selon leur spécialité individuelle.
Ce double classement donne, certes, une impression de
! Etaient expressément exclues : 1° toutes les entreprises éfatisées ou municipalisées, en particulier les chemins de fer, postes et télégraphes ; 2° les entreprises musicales ou théâtrales ; 3° les entreprises relatives à la médecine. au droit, aux sciences et à l'enseignement, (Cf. Tome 119 de la Statistique impériale.)
* Voir ces divers formulaires dans le Tome 102 de la Statistique impériale, (Tome I du Recensement), p. 3 à 12. Le formulaire relatif aux entreprises industrielles (Gewerbebogen) ne comprend pas moins de quatre grandes pages.
complexité plus grande que l'unique dénombrement français, mais il est plus simple à un autre point de vue: c'est en ce qui concerne la répartition des bulletins individuels dans ce double cadre. 11 n’y a pas, en effel, dans l'œuvre allemande, comme dans la française, ce travail personnel de l'Administration contrôlant les réponses des membres d'un même établissement les unes par les autres, en vue de déterminer l'industrie principale de l'établissement ; chaque travailleur, chaque chômeur, est, dans le décompte général, classé d’après sa propre réponse; de même dans la statistique industrielle, l'indication fournie par le chef de l’entreprise fait foi.
De ces deux documents, un seul d’ailleurs nous intéresse : les chômeurs qui, par définition, ne font partie d'aucun établissement, n'apparaissent pas, en effet, dans la statistique des entreprises, mais seulement dans le décompte professionnel général. C’est donc celui-ci seul qui peut nous fournir les taux de chômage désirés.
B. — Très grande ressemblance des principes généraux de la classification industrielle en Allemagne et en France.
Nous sommes ainsi amené à rechercher dans quelle mesure le classement individuel du décompte allemand peut s’accorder avec le classement français selon l’induslrie principale des établissements. Nous pouvons, pour en juger, comparer d’abord le classement professionnel allemand au classement industriel voisin de la Gewerbezahlung. Chose remarquable, ils sont à peu près identiques. Voici, en effel, d’après le formulaire officiel, la règle à suivre pour délerminer la profession individuelle * :
i Voir note de M. Zaux dans le rapport déjà cité de L. Marcn. Recensements professionnels et statistique du chômage.
HS
Huitième question. — Profession : ne pas se contenter des expressions telles que fabricant, marchand, ouvrier; il faut, au contraire, spécifier à quelle branche de l’industrie, du métier, du commerce, de la profession, se rattache l’activité exercée.
Dire par exemple: fabrique de bonneterie, filature de coton, etc. Les ouvriers et journaliers, en particulier, devront bien indiquer dans quelle branche industrielle ils sont occupés ‘.
Ainsi, ce qui caractérise la spécialité professionnelle, c'est, le plus souvent, l’industrie collective à laquelle elle se rattache. Entre les 10.397 dénominations professionnelles de la Berufszählung et les 7.793 dénominations de la Gewerbezählung, il y a à peu près identité, les premières n'étant plus nombreuses que parce qu’elles sont relatives à l'économie nationale tout entière. Ces dénominations ne forment, d’ailleurs, ni dans l’une ni dans l’autre classification un échelon distinct, et la dernière subdivision admise par l'Administration allemande est celle qui correspond aux sous-groupes français. Elle comporte, d’une part, trois cent vingt Gewerbearten, d'autre part, cent quatre-vingt-dix-neuf Berufsarten®. Les subdivisions professionnelles sont dont ici, à l'inverse de ce qui se passait pour les simples dénominations individuelles, moins nombreuses que les subdivisions industrielles ; mais cela tient simplement au fait que la classificalion par industrie est un peu plus fouillée que celle par métier. On compte, par exemple, comme une seule profession toutes les branches du commerce sédentaire, landis que dans la classification industrielle, on distingue selon les biens vendus quinze calégories de commerce. De même, tous les tisseurs ne forment qu’un sous-groupe professionnel, tandis qu'ils forment, selon la malière tissée, sept sous-groupes industriels, etc. Des ensembles professionnels aux ensembles industriels, il n’y a donc qu’une différence de complexité,
! Texte de la feuille de ménage. Voir Statistique impériale, tome 102, pt * Plus huit sous-groupes formant la section F Sans profession.
el les deux classifications pourraient, sans difficulté, être fondues en une seule. Leur identité est si complète que certains métiers individuels disparaissent absolument sous les industries auxquelles ils se rattachent. Tel est le cas, en particulier, pour les teneurs de livres, les chauffeurs, les cochers, les commis voyageurs, etc. !. Les individus qui ont indiqué dans quelle industrie ils exerçaient ces métiers particuliers sont classés d’après cette industrie, et non d’après leur métier. D'une façon analogue et qui nous paraît critiquable, le mélier de domestique attaché à la personne ne forme pas une catégorie distincte, mais ses membres sont considérés comme faisant partie de la famille de leurs employeurs et rattachés, par conséquent, à la profession de ces derniers. On reconnaît, par contre, et on respecte dans leur individualité, les vieux métiers d'artisans : peintre, menuisier, serrurier, etc.
Puisque la classification individuelle allemande vise surtout, en somme, l’industrie collective des travailleurs, il n'y a pas entre les statistiques françaises et allemandes la différence profonde qu'on aurait pu craindre. Les seules professions pour lesquelles il pourrait y avoir discordance sont les quelques professions auxiliaires d’artisans, et le personnel de celles-ci nous est connu, en France, grâce au décompte spécial. Du côté des domestiques, il pourrait y avoir une difficulté en sens inverse, ceux-ci étant isolés en France el non en Allemagne; mais heureusement le nombre total des damestiques a été établi en Allemagne, sinon dans le Recensement lui-même, du moins dans son commentaire cri-
tique”.
! Les occupations ainsi traitées se reconnaissent, sur la liste alphabétique des professions, à la mention suivante : voir aux diverses branches industrielles. Cf. Statistique impériale, tome 102, p. 79* sgg.
2 Cf. Die beschäftigungslosen Arbeitnehmer, p. /*.
C. — Différences dans les cadres de classification des deux pays. Insuffisance du cadre allemand; méthode à suivre pour former
un cadre mixte unique.
Malheureusement, l'identité de principe ne suffit pas pour que la comparaison soit possible; il faut encore que les groupes formés de part et d'autre correspondent aux mêmes industries; et ceci n’est pas aisé à réaliser. Il n'existe aucun critère objectif de la parenté des industries entre elles. Selon qu'on les envisage dans la malière qu'elles travaillent, dans leur but, dans les procédés employés, les rapprochements à faire varient, et aucun de ces points de vue ne s'impose à l'exclusion des autres. C'est ce qui explique que les essais de conventions internationales au sujet de la classification des industries n'aient pu encore aboutir. Chaque administration nationale se trouve préférer tel ou tel cadre professionne}, el de l’un à lauire de ces cadres les chevauchements sont inévitables. Pour réduire ces chevauchements au minimum, le meilleur système serait de muiltiplier les subdivisions. C'est ce qu'a compris l'Administration française, et la répartition des travailleurs entre quatorze cents rubriques distinctes n’est pas un des moindres mérites des deux derniers Recensements. L'Allemagne, au contraire, n’a au plus bas échelon de sa classification que cent quatre-vingt-dix-neuf groupements.
! Voir, dans le Bulletin de l'Institut international de statistique, aux comptes rendus des troisième el quatrième sessions de l’Institut (Vienne, 1891, et Chicago, 1893), le projet de classification présenté par M. Bertillon et rapporté par M. Kôrôsi, Le premier obstacle à l'unification souhaitée des statistiques professionnelles est qu’on ne sait comment lraduire exactement, d’une langue à l’autre, les innombrables dénominations usilées dans chaque pays. Se limitant à ce problème particulier, M. L. March doit présenter à la prochaine session de l’Institut (Paris, 1909) un projet de répertoire technologique en trois langues. L'adoption de ce projet présenterail, tant au point de vue scientifique qu’au point de vue pratique, un intérêt considérable.
Cette insuffisance de sous-distinctions fait obstacle aux comparaisons internationales; elle ne les rend pourtant pas impossibles. Nous pouvons en prendre à témoin l’auteur même des Recensements français, qui, dans le Bulletin de l'Office du travail, a tenté une comparaison des effectifs industriels d'après les Recensements français, belge et allemand, de 1895 et 1896. Pour obtenir des groupes comparables, il a dû, il est vrai, former de tres vastes ensembles, el n'a pu distinguer que quarantecinq familles d'industries. Nous restreignant à deux classifications, au lieu de trois, et poussant dans ses plus grands détails le travail de traduction des rubriques, nous devrons arriver à former un plus grand nombre de groupe comparables.
L'idéal serait assurément de faire rentrer les chiffres allemands dans le cadre français que nous avons déjà établi, de façon à introduire les pourcentages déjà connus dans de nouvelles comparaisons; mais, en raison de la rigidité du cadre allemand, cela est impossible. On pourrait alors chercher à conserver ce dernier et à y faire rentrer les chiffres français, quitte à établir pour la France de nouveaux pourcentages; mais une nouvelle difficulté se présente alors : comme la nomenclature allemande comporte près de dix mille dénominations, tandis qu’il n'y a que quatorze cents rubriques françaises, une seule de ces rubriques correspond souvent à deux ou plusieurs de ces noms allemands; et parfois ces noms, apparemment synonymes, sont pourtant placés par lPAdministration allemande dans deux sous-groupes différents. Chaque fois que celte anomalie se présente, nous sommes obligé de fusionner ceux des sous-groupes allemands sur lesquels chevauche la rubrique française
! Numéro de juillet 4902.
considérée, et ainsi nous arrivons à ce résultat regrettable de devoir nous contenter d’une subdivision sensiblement plus sommaire que celle du Recensement allemand. De ce premier défaut, un autre non moins fâcheux découlera : les taux auxquels nous aboutirons différeront à la fois des taux officiels allemands, des taux officiels français, et enfin des taux que nous avons déjà formés pour la France. Malgré cette grave complication, la comparaison des statistiques des deux pays nous paraît intéressante à tenter. Nous ne nous attarderons donc pas à la comparaison plus facile des deux statistiques allemandes entre elles, et poursuivrons simultanément celle des quatre documents. Le cadre allemand étant, dans cette comparaison, celui duquel nous devons tâcher de nous rapprocher, c’est dans l’ordre adopté par lPAdministration allemande que nous présenterons notre classification mixte.
D. — Règles secondaires à observer dans les comparaisons projetées.
Pour le choix des chiffres à rapprocher en un taux de chômage, nous n’aurons pas à éliminer du côté français ceux qui portent sur des rubriques vagues, car les dénominations correspondantes se retrouvent au sein des sous-groupes allemands. Il n'y a d'exception à faire que pour les ouvriers d'usine à industrie indéterminée, et les manœuvres sans autre indication, qui forment les uns et les autres, dans la classification allemande comme dans la française, des groupements distinets'. Nous éliminerons de même, de part et d'autre, l’armée, comme nous
‘ Sous-groupes B. 161 et D. 2 en Allemagne, groupe 4, A et rubrique 5 en France.
lavons fait antérieurement'. Nous pourrons, par contre, faire état pour la France des chiffres du décompte spécial, dans la mesure où le classement allemand respecte l’individualité des professions visées en France par ce décompte”. Nous reproduirons dans ce but les chiffres calculés dans les chapitres VI et VIII ci-dessus”. Outre ces données déjà connues, nous en utiliserons d’analogues portant sur les chiffres de 1896 seuls, et concernant les charpentiers, les ferblantiers et les selliers. On sait, en effet, que ces trois métiers avaient été inclus dans le décompte spécial de 1896 et exclus de celui de 1901. Lorsque nous ne considérions que les deux Recensements français, nous devions, pour que nos chiffres fussent comparables, négliger ces renseignements unilatéraux. Maintenant, au contraire, notre but étant le rapproche-
‘ Sous-oroupe E. 1 en Allemagne auquel correspondent, pour la France, les rubriques suivantes : 9 Armée, 9.9474 Arsenaux de la marine, 9.9476 Atelier de construction des manufactures de l'État, 9.94761 Établissement de la marine, 9.94784 (1896) ou 9.947769 (1901) Cartoucherie nationale, 9.959 Aérostation militaire, 9.96 (1901) Manutention militaire.
? Ceci s'applique aux treize professions suivantes : ajusleur-serrurier, chau-dronnier, charpentier, charron, électricien, ferblantier, forgeron, maçon, mécanicien, menuisier, peintre, tourneur, sellier-bourrelier. Il n’y à pas à tenir compte des chiffres relatifs aux employés de bureaux, aux chauffeurs, aux cochers, aux commis voyageurs, aux magasiniers-emballeurs, parce que tous ces travailleurs sont répartis par l'Administration allemande entre les industries auxquelles ils collaborent. De même, le chiffre des ingénieurs doit élre négligé, parce que ces derniers sont partagés entre les quatre sous-sroupes B. 45, B. 57, B. 138 et B. 148, Il ne reste alors pour clore la liste du décompte spécial que les contremaitres, el nous avons déjà dit pourquoi nous n'avons pas à nous en occuper.
8 En ce qui concerne le Recensement de 1896, ce procédé est entièrement légitime. En ce qui concerne, au contraire, les chiffres tirés du décompte spécial pour 1901, il n’est pas à l’abri de la critique. En effet, ces chiffres sont calculés en tenant compte de toutes les rubriques figurant dans les groupements et, comme les groupes nouveaux que nous allons établir diffèrent des précédents, il faudrait en loute rigueur refaire de nouveaux calculs. Mais, pour ces calculs, la seule méthode possible serait celle même que nous appliquons aux chiffres de 1896, et dont nous avons signalé l’imperfection. Dans ces conditions, et puisque nous ne pouvons arriver en fout cas qu’à des approximations assez grossières, mieux vaut adopter le système le plus simple, et c'est assurément celui qui consiste à appliquer aux groupes nouveaux les chiffres calculés antérieurement.
ment des taux français et des taux aliemands, nous ne devons pas hésiter à diminuer la similarité des chiffres français entre eux, si cela nous permet de mieux les comparer aux statistiques allemandes. De même que précédemment, nous n’étudierons encore maintenant que le chômage des salariés hommes et ne ferons pas d’autre sélection. Les chiffres auxquels nous aboutissons, en suivant ces diverses règles, figurent au chapitre suivant.