I. CONSIDÉRATION
Quiconque veut étudier avec fruit la Passion de Notre- Seigneur, doit avant toutes choses exciter dans son cœur un grand désir de traiter avec lui, et de s'unir à sa croix le plus étroitement qu'il pourra. Ce désir est nécessaire pour plusieurs raisons considérables.
Premièrement, pour purifier l'âme et la rendre digne de la présence de son Époux. C'est ainsi que saint Bernard explique ces paroles de David : Le feu le précédera et dévo-
LE CURÉT. 1
rcra ses ennemis avjourdlnn. Il le faut ainsi, dit ce Père, il est nécessaire que Tardeur d'un saint désir le devance, quand il veut entrer dans une âme, afin d'effacer les taches dont elle est souillée, et de préparer la place au Seigneur (1). Et c'est alors qu'elle connaît qu'il s'approche et qu'il vient la visiter, quand elle se sent tout embrasée de ce feu, et qu'elle peut dire avec le prophète, qu'il a jeté le feu d'en haut jusque dans ses os (2). Voilà le signe de sa venue; et quand cette âme a mérité par de fréquents soupirs, par des prières continuelles, par des désirs pressants et affligeants, de rencontrer rÉpoux tant désiré qu'elle cherche, elle peut s'écrier avec Jérémie : « 0 Seigneur, que vous êtes bon à ceux qui se fient en vous, et qui vous cherchent avec ardeur (3)? » Il ajoute que son ange tutélaire, qui est comme l'entremetteur qui procure cette secrète visite , et qui réveille pour cet effet ces fervents désirs, voyant qu'il a réussi dans son ministère, triomphe de joie, et qu'il éclate en actions de grâces, remerciant l'Époux de ce qu'il a exaucé les désirs de son épouse, et de ce qu'elle n'a pas été frustrée de l'effet de ses prières. C'est ce cher confident de Tâme qui l'accompagne partout, et qui ne cesse de la soUiciter et de l'animer à la recherche de son sauveur. Tantôt il lui dit intérieurement : Aimez la prière, prenez plaisir à méditer le mystère de la croix, et les désirs de voire cœur seront accomplis. Tantôt il soutient son courage, et pour lui ôler l'ennui d'une longue attente, il raverlit de l'approche de l'Époux : Attendez le Seigneur, regardez s'il ne vient point, et si vous ne verrez point quelque trace de ses pas (4). Attendez encore un peu, il n'est pas loin de vous ; il ne tardera pas longtemps, en peu d'heures vous jouirez de sa présence. Tantôt il se tourne vers l'Époux, et lui dit : « Seigneur, cette âme soupire après vous avec la
(1) S. Eern., serm., 31 in cant. — (2) Thren. 1. — (3) Tliren. 3. — (i) Fs. 36. 34.
A l'École du calvaire. 3
même ardeur que le cerf poursuivi des chasseurs cherche Veau des fontaines pour se rafraîchir (1). » Son cœur ne fait que languir toute la nuit, son esprit n'est pas plus tôt dégagé du sommeil, qu'il prend son vol vers le ciel pour vous chercher. Tout le jour elle vous tend les bras Eh! Seigneur, écoulez ses cris, rendez-vous favorable à ses demandes, jetez-lui un doux regard. Un rayon de vos yeux, une œillade, une bonne parole la fera revivre. « C'est ainsi que ce tidèle paranymphe s'adresse, tantôt à l'Époux, tantôt à l'Épouse, otTrant les vœux de celle-ci, et rapportant les présents de celui-là ; il encourage Tune, il apaise l'autre, et quelquefois il fait tant qu'ils s'entrevoient, mais rarement, soit qu'il ravisse l'ème, ou qu'il lui amène son bien-aimé Maître. Car il est bien connu dans le palais du prince comme son domestique, et il ne craint point d'être rebuté, car il voit tous les jours le Père qui est dans les cieux (2). »