‹ Le chrétien a l'école du calvaireChapitre 2 sur 229 · II. CONSIDÉRATION · texte numérisé non relu

II. CONSIDÉRATION

Ce désir est d'autant plus nécessaire, que nous sommes plus indigents, et que le seul moyen de remédier à nos misères et de pourvoir à nos besoins, c'est de répandre notre cœur au pied de la Croix, et de représenter nos nécessités à ce débonnaire Sauveur, qui seul peut les soulager. Car nous sommes tous les pauvres de Jésus - Christ , dit saint Augustin (3). Quand nous allons à la prière, nous devons nous figurer que nous allons comme pauvres frapper à la porte de ce grand père de famille, qui est Dieu, nous prosterner à ses pieds, le supplier avec larmes qu'il nous accorde ce que nous lui demandons, et que ce que nous lui demandons c'est lui-même. Qu'est-ce que les pauvres nous demandent?

(1) Ps. 41. 2. — (-2) S. Bern., loco citato. — (3) S. Aug., serm. 15 , in Matth.

du pain. Qu'est-ce que vous demandez à Dieu ? Jésus-Christ, qui est le pain des anges, descendu du cîpI pour la nourriture des hommes. Voyez-vous ce pauvre Lazare à la porte du mauvais riche, tout couvert d'ulcères, accablé de pauvreté et mourant de faim ? voilà Télat de notre âme, voilà l'esprit avec lequel nous devons nous porter au Calvaire, avec une faim et un désir de l'oraison qui soit selon notre indigence. Car nous avons ce bonheur et cette consolation dans nos misères, que celui dont nous réclamons le secours, n'est pas comme ce riche cruel et avare, qui était insensible à la misère de Lazare ; c'est un Père charitable, qui a des entrailles de miséricorde pour ses enfants. C'est un Dieu mourant, qui a voulu se charger de nos maux, pour apprendre par expérience à compatir à nos inflrmités.

Ce qu'il attend de nous, c'est que nous ayons autant d'ardeur et d'empressement à demander qu'il en a pour donner : Si quelquun a soif, qu'il vienne à moi (1), je suis la fontaine d'eau vive, mes plaies sont les canaux par où les eaux découlent de toutes parts. Mon plaisir est qu'on y vienne en foule pour se désaltérer, et qu'elles ne se perdent pas. Si la fontaine avait soif, ce ne serait pas de boire, mais de rafraîchir ceux qui sont altérés. Venez donc à moi en diligence. Je ne vous appelle pas pour m'enrichir de vos présents, mais pour vous faire part de mes grâces, et vous décharger de vos crimes. Jugez par là quelle devrait être la ferveur des chrétiens à s'approcher de cette source inépuisable de bonté, puisque, si grande que puisse être leur soif, elle n'égalera jamais ni leurs besoins, ni le désir qu'a ce bon Père de les soulager.

Page 1