‹ Le chrétien a l'école du calvaireChapitre 106 sur 229 · IV. COTÎSIDÉRATION · texte numérisé non relu

IV. COTÎSIDÉRATION

Quatrième raison. — Le Verbe incarné s'est fait gloire de souffrir pour nous, que devons-nous faire pour lui.

Hé ! qui n'aimerait cette confusion, se souvenant que Jésus- Christ s'est fait gloire d'être, dit l'Apôtre, l'objet de la malédiclion des hommes, pour nous délivrer de la malédiction de Dieu (4)? Si le Verbe incarné lient à honneur de souffrir pour des pécheurs, s'il se glorifie delà croix, s'il en fait des triomphes comme de la chose du monde la plus honorable, pourquoi ne nous ferons-nous pas aussi gloire d'être humiliés et méprisés pour le service de notre maître, nous qui sommes ses esclaves? Faut-il s'étonner que les saints triomphent au milieu des souffrances, et que saint Paul défende à son cœur, qui était si généreux, de se glorifier d'aucune chose, sinon de la croix de Jésus-Christ (5)? Il pouvait, dit saint Aiigus-

(1) Joan., 9. — (2) S. Aug., tract. 44 in Joan. — (3) P=. lus. 28. - (4) Gai., 3. 1^2. — (5) Gai., 6.

tin, se glorifier dans la sagesse de son maître et se vanter d'être le disciple du plus éclairé de tous les hommes ; il ne se fût pas trompé. Il pouvait se glorifier en sa grandeur et en son pouvoir, sans faire tort à la vérité ; mais il ne s'arrête point à ces magnifiques titres qui pouvaient apparemment lui donner plus d'éclat, il s'attache à la croix qui est l'instrument de sa mort ; où les sages du monde ont coutume de rougir, cet apôtre trouve une seconde source d'honneur et un trésor inestimable de gloire. Que celui, dit-il, qui veut se donner de V estime, ne se glorifie qu'en son maître (1). De quel maître parle-t-il? de Jésus-Christ crucifié. Toute la majesté et la grandeur du Fils de Dieu sont dans l'humilité de la croix, son pouvoir dans sa faiblesse, la vie même dans la mort. Si vous prétendez à celle-là, ne méprisez pas celle-ci ; n'en soyez point honteux, portez-la glorieusement devant le monde, c'est pour cela qu'on vous l'a mise sur le front, qui est le lieu où la honte fait de plus fortes impressions (2). Et partant, s'il arrive qu'en suivant votre divin Sauveur, et imitant les actions de sa vie, vous en receviez du mépris, rendez-lui de très-humbles actions de grâces d'une faveur si signalée, et dites avec une sainte allégresse ces belles paroles de saint Jérôme : Je remercie mon Dieu de m'avoir jugé digne du mépris et de la haine des hommes (3). Regardez les souffrances, ainsi que faisait saint Laurent, comme la porte du ciel que Jésus-Christ vous ouvre pour vous donner entrée à la gloire des bienheureux ; tenez pour certain que celui qui ne craint point de perdre l'honneur pour le service de Dieu, ne doit point craindre la perte de son salut. Si je ne rougis point de suivre mon maître, mon salut est en assurance, dit Tertullien (4). Il y a engagé sa parole, lorsqu'il

(1) I. Cor., 1. 31. — (2) s. Aug., serm. 20 de verbis Apost. Vide eumdem in ps. 141, et ps. 54, et Conc. 2 in ps. 30, et de Hieron. ad Isetam. de instit. ûliœ. — (3) S. Hieron., ep, 1 Asenam. — (4) Tert., 1. de cârne Christi, c. 5.

A l'École du calvaire. 229

a déclaré bienheureux celui qui ne se scandalise point de sa croix (l). Nous sommes chrétiens, dit saint Augustin, et en cette qualité nous appartenons à Jésus-Christ, nous portons sa marque sur le front et nous n'en rougissons point, parce que nous la portons encore au cœur. Quelle est la marque de Jésus-Christ ? son humiUté. Les mages l'ont reconnu par l'étoile; et ce signe qui le faisait connaître était tout à fait admirable et divin. Néanmoins il n'a pas voulu que cette étoile parût sur le front de ses disciples, mais la croix. Il a voulu tirer sa gloire de son humiUation, et relever les humbles par où il s'est lui-même abaissé {^). Lions-nous donc à la croix et mettons toute notre sagesse et notre gloire à suivre Jésus- Christ crucifié, à moins que cela nous ne ferons jamais rien de considérable pour Dieu ni pour notre salut. Les respects humains nous seront un éternel obstacle, et le vent de la vanité nous fera plier comme des roseaux au gré de l'opinion des hommes. C'est pourquoi gravons bien avant cette vérité dans notre cœur, qu'il n'y a rien de bas dans les humiliations que le Fils de Dieu a embrassées ; faisons-nous une large ouverture aux actions héroïques; laissons les mondains se traîner sur la terre et descendre dans les enfers avec leur folle sagesse, et qu'ils ne nous empêchent point d'aspirer à l'éternité par la folie de la croix. Que ces prudents du siècle, dit saint Paulin, se glorifient de leur sagesse et de leur félicité imaginaire, je me contente de ma pauvreté, et je me fais gloire de suivre la simplicité de l'Évangile, qui est plus glorieuse que toute la sagesse des hommes.

(1) Luc, 7, 23. — (2) s. Aug., tract. 3 in Joan.

230 LE CHRjÉTlEN

VINGT-SEPTIEME LEÇON

Il est honteux à un chrétien de s'éloigner des exemples de Jésus>Ghrist crucifié, et de fuir la croix.

« Que celui qui se glorifie ne se glorifie que dans le Seigneur. »

Page 1