II. CONSIDERATION
Les justes, dit saint Grégoire (2), cachent leurs vertus durant leur prospérité et s'enveloppent dans le mépris d'euxmêmes ; mais quand ils sont persécutés des hommes ou que Dieu les met à l'épreuve des maladies, de la pauvreté et des misères de la vie, alors ils déploient tous les dons du ciel qu'ils tenaient renfermés, et comme l'encens dans le feu, ils exhalent les plus douces odeurs de la sainteté chrétienne. Ils sont en cela semblables aux étoiles du firmament qui ne paraissent que durant la nuit, et se cachent durant le jour. Leurs vertus ne sont jamais plus éclatantes que lorsqu'elles sont environnées de souffrances, de travaux et de contradictions. L'amour divin surtout jette pour lors un merveilleux éclat; et jamais il ne fait mieux paraître sa force et son ardeur que quand il est plus rudement attaqué. Notre-Seigneur disait un jour à sainte Gertrude • Quiconque s'offre à moi sincèrement et franchement pour souffrir tout ce quil me plaira, peut se glorifier quil languit d'amour, et me le faire savoir, tandis quil est dans la souffrance et quil y persévère pour V amour de moi. Et comme elle lui demandait de quoi pouvait lui servir ce message, il lui répondit : J'en fais les délices de ma divi?iitê, l'honneur de mon humanité, le plaisir de mes yeux, et le charme harmonieux de mes oreilles (3). D'où vient que Notre-Seigneur se plaît tant dans les souffrances de ses amis? c'est que comme il les aime beaucoup, son plaisir est d'être réciproquement aimé, et il n'en lire point de preuves plus assurées que les peines qu'ils souffrent cons-
(1) s. Ghrys., liom. 6 de Pass. Dom. — (2) Prsef. in Mor.— (3) Insin. div. piet., lit. 3, c. 53.
lamment pour son service. Vous ne pouvez donner à Jésus- Christ des marques d'un plus grand amour que la patience, disait saint Jean Golumbin à quelques âmes qu'il avait converties (1).