‹ Le chrétien a l'école du calvaireChapitre 119 sur 229 · III. CONSIDÉRATION · texte numérisé non relu

III. CONSIDÉRATION

3. Vérité. Toutes les richesses d'un chrétien sont dans la croix. Les vraies richesses du christianisme sont les vertus et les biens de l'esprit, que la rouille ne consume point, et que la mort ne peut ra\ir. Or, il est certain que Dieu a caché dans la croix le trésor de toutes les vertus, de tous les mérites des saints, de tous les biens de la grâce et de tous les biens de la gloire (3). Le père Cosme Stella, religieux de la Compagnie de Jésus, savant et vertueux, étant près de rendre l'esprit dans le collège de Milan, en l'année 1388, fut prié par son supérieur et par tous ceux qui assistaient à sa mort, de leur dire quel chemin lui semblait le plus court pour arriver à la perfection, et ayant plusieurs fois lâché par humilité de y en excuser; enfin, pressé par l'instance qu'on lui faisait, il recueillit le peu de force qui lui restait pour leur dire que c'était le chemin de la croix, le chemin de la mor-

(1) s. Greg., hom. 35 in Evang. — (2) S. Joan. Clim., gr. 4. — (3) S. Laur. Just., decast. corniib., c. 5. — S, Zeno Veronensis, serai, de patient. — Antiochus, homil. 78.

J.E CHi;ÉT. M*

tification, le chemin de l'institut de la Compagnie (1), et il expira doucement après avoir prononcé ces paroles. Il ne fit en cela que suivre le sentiment de saint Ignace, qui donna la même réponse au père Natal, à cause de quoi le père Ballhazar Alvarez avait coutume de dire que se mortifier et embrasser la croix avec ferveur, c'est aller par la diligence au sommet de la perfection, et qu'il n'y a point de chemin plus court pour y parvenir. Ce n'est pas seulement le plus court chemin de la perfection, et le plus excellent moyen pour acquérir en peu de temps un grand trésor de vertus et de mérites, c'est Tunique, parce qu il n'y a point de vertu solide qui ne soit de difficile conquête, à cause de son objet, qui est toujours accompagné de quelque difficulté. C'est pourquoi la bienheureuse Angèle de Foligny avait raison de dire que la mortification est à l'âme ce que la pluie du ciel est à la terre, qu'elle la rend féconde en toutes sortes de vertus (2). Le bois de la croix, dit saint Bernard, produit toujours la vie, et toujours il fait couler le baume des grâces spirituelles. Ce n'est point un arbre sauvage, c'est un arbre de vie pour ceux qui l'embrassent; c'est un arbre fertile, qui porte des fruits salutaires; autrement comment occuperait-il la terre du Seigneur ? cette terre, dis-je, très-précieuse, où il s'est attaché avec des clous qui lui servent de racines. Certes, s'il n'eût surpassé tous les autres en excellence et en bonté, jamais il n'eût été planté dans ce jardin, jamais il n'eût occupé cette vigne (3).

(1) Ann. 4588. Refert pater Nie. Lancicius, opus. de quatuor viis ad perfectionem. Lib. 3 vit., c. 10. — (2) S. Glirys., liom. 4 ad pop. — (3) S. Ber,, serm. primo de S. Andr.

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PRATIQUES ET ASPIRATIONS

1. Lorsqu'il vous arrive quelque humiliation, dites avec saint Paul : Je me glorifierai avec plaisir dans mes faiblesses, afin que la vertu de Jésus- Christ habite en moi. Cest par cette raison que je me plais dans les faiblesses, dans les outrages, dans les nécessités où je suis, dans les persécutions, dans les afflictions pressantes que je souffre pour Jésus- Christ (1) ; car lorsque je suis faible, c'est alors que je suis fort.

2i. Quand vous souffrez quelque douleur ou quelque chagrin, faites-en le sujet de votre joie, et dites, selon le conseil de saint Jacques : Toute ma joie est de n'en avoir point (2). Pourquoi? Sachant que V épreuve de votre foi produit la patience, et que la patience rend ses œuvres parfaites, afin que vous soyez parfaits et accomplis en toutes manières, et que rien ne vous manque.

3. Faites-vous un trésor des croix et des mortifications qui vous arrivent, et cachez-le sous le silence, de peur qu'on ne vous l'enlève. « Ne K méprisez pas, c'est un petit grain en apparence, dit saint Bernard, mais il produit un fruit considérable. Vous le trouverez peut-être insipide, peutêtre amer, peut-être piquant comme un grain de moutarde. Ne considérons point ce que l'on y trouve, c'est-à-dire le mal temporel qui passe, mais le bien qui ne s'y trouve pas, et qui est un bien éternel. Goûtons par avance les prémices de la gloire, glorifions-nous dans l'espérance de la gloire du grand Dieu, et pour parler plus clairement, dans la souffrance; car on y trouve l'espérance de la gloire , ou plutôt la gloire même est dans la souffrance, comme l'espérance du fruitier même est dans la semence. C'est ainsi que le royaume des cieux est

(1) 2 Cor., 12. 9. — (2) Ep. Juc, c. 1, H, 2.

dans nous, comme un riche trésor dans un vaisseau d'argile; mais il y est caché, et bienheureux est celui qui le découvre (i). La gloire, mes frères, est cachée dans la croix, l'éternité dans ce moment de souffrance, le poids éternel d'un bien incompréhensible dans cette légère peine. Hàtons-nous d'acheter le champ et le trésor qui y est caché (2). Le propre d'un chrétien est d"aimer la souffrance, pour acheter toute la grâce de Dieu, dit TertuUien (3).

(1) s. Bern., serm. 17, in Ps. 90. — (2) Ibidem. — (3) Tert., Apolog., c. 20. ;■

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