II. CONSIDÉRATION
2. Vérité. Toute la gloire, la noblesse et la grandeur d'un chrétien est dans la croix. Nous avons deux belles sources de gloire, dit saint Paul, nous nous glorifions dans Vespérance de la gloire des enfants de Dieu, et non-seulement en cette espérance, mais nous nous glorifions encore dans les afflictions (4). La raison fondamentale est que toute la gloire d'un chrétien est d'être semblable à Jésus-Christ. Or, les afflictions, les croix, les souffrances que nous portons par vertu et par l'esprit de Dieu sont les livrées de notre maître, ce sont
(i) Lib. 2 de Imit. Cliristi, capile ultimo, n. 10. -- (2) Ibid. n. 11. — (3) S. Franciscus Borgia, opist. ad Soc. Aquit. — (4) Rom., 5. 2.
des participations de sa croix; ce sont comme autant d'étincelles decegi^and feu, des rayons de ce soleil, des ruisseaux de cette source, des branches de cet arbre de vie. Comme donc la croix de Jésus-Christ a réparé toute la gloire de Dieu et tout Fhonneur du genre humain, les nôtres ont le même avantage à proportion, selon ce qu'elles tiennent de la sienne, c'est-à-dire, selon que nous souffrons dans le même esprit que lui et pour les mêmes fins ; car il a divinisé tous nos maux; il a rendu, par le mérite de sa mort, les mépris glorieux, les souffrances douces et la pauvreté précieuse (1).
Ajoutez à cela que toutes nos croix étant unies à celles de Jésus-Christ, sont les semences de la vraie gloire que nous espérons posséder dans le ciel. Les afflictions de celte vie, dit saint Grégoire de Nysse, sont comme les fleurs qui devancent les fruits de la gloire ; et le sang que nous versons est une onction royale qui nous consacre à l'immortalité. Puisqu'il est glorieux à un soldat de pouvoir montrer les cicatrices des plaies qu'il a reçues dans les combats, et qui sont les marques de sa valeur, les martyrs, au jour du jugement, n'auront point de plus superbes ornements que celles qu'ils ont souffertes pour le service de Jésus-Christ. Et dès à présent quel honneur ne rendons-nous pas à leurs chaînes et aux autres marques de leurs tourments ? Saint Paul en faisait plus d'état que de tous les empires, et l'illustre martyr saint Babylas voulut être enterré avec les siennes, qui lui étaient si chères, qu'il ne pouvait même s'en séparer après sa mort. Dieu même, pour faire voir l'estime qu'il en fait, et pour accroître la vénération des peuples par les merveilles qu'il opère, s'en sert comme d'organes de sa toute-puissance pour chasser les démons, pour guérir les malades et pour ressusciter les morts, témoignant par là, et l'amour qu'il leur porte, et celui qu'ils ont pour lui en donnant leur vie
(1) s. Ghrysost., hom. 47 ad populum.
A l'j-^cole du calvaire. 249
pour son honneur. Or, la patience des gens de bien dans les longues afflictions de celle vie, est une espèce de martyre, qui dispute de la gloire et du mérite avec la vertu des martyrs. Il y a celte différence, que mourir de la main d'un persécuteur, c'est un martyre qui éclate au dehors et paraît dans son effet ; mais souffrir des opprobres, et aimer ses ennemis, c'est un martyre secret qui demeure dans le cœur, dit saint Grégoire (l), mais pourtant il ne cède guère au premier. Heureux celui qui étant tous les jours chargé de malédictions et d'opprobres, se fait violence pour en étouffer le ressentiment ; il méritera une gloire pareille à celle des anges et des martyrs (2).