II. POINT
Pierre lui dit : Quoi/ Seigneur, vous me laveriez les pieds ?
Saint Pierre, surpris de l'humilité de son maître, en demeure saintement effrayé, comme celui qui de la pointe d'un rocher voit un profond précipice. Il aperçoit dans le bassin que Jésus tenait entre ses mains une mer entière où il découvre deux grands abîmes, son néant et la majesté du Fils de Dieu; et, pénétré des sentiments de sa bassesse, il s'écrie : Quoi! Seigneur, vous voulez me laver les pieds? vous qui êtes Dieu,
(1) B. Franciscus Borgia, in ejua vitâ.
A l'école du calvaire. 261
et moi qui ne suis qu'un néant? vous qui êtes mon souverain Seigneur, et moi qui suis voire esclave? vous qui êtes le Saint des saints, et moi qui suis un pauvre pécheur? Qu'eût-il dit s'il eût été au pied de la croix lorsque Jésus le lavait des larmes de ses yeux, de l'eau de son côté, et du sang qui déroulait de tout son corps? Que doit dire un chrétien, lorsqu'il sort du bain de la pénitence, où le Fils de Dieu lave les taches de notre âme de ces trois précieuses liqueurs (1)? Seigneur, vous voulez me laver les pieds.
Mon Seigneur, si je n'ai pas ces sentiments, c'est que je ne vous connais pas, et que je ne me connais pas moi-même. Ouvrez donc les yeux de mon âme, et dissipez les ténèbres qui l'environnent. Faites que j'entre si avant dans l'abîme de vos grandeurs et dans l'abîme de mon néant, que je m'y perde heureusement, et que mon orgueil ne puisse jamais s'en relever.