‹ Le chrétien a l'école du calvaireChapitre 149 sur 229 · III. POINT · texte numérisé non relu

III. POINT

Je vous ai dit ces choses afin que vous ayez la paix en moi. Vous aurez de r affliction datis le monde; mais ayez confiance, j'ai vaincu le monde [V).

La paix avec Jésus, et la guerre avec le monde ; l'union avec celui-là, et le divorce avec celui-ci, sont deux choses inséparables. Si vous voulez être uni avec le Fils de Dieu, appliquez-vous à être ennemi du monde, à haïr ce qu'il aime,

(1) S. Bern. serm. 9. in Cœnà Domini, in fine. — (2) Joan., 16.

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et à aimer ce qu'il hait. N'enviez point ses vaines joies, elles se changeront bieniôt en des tourments éternels. Ne craignez point les souffrances dont il vous menace : ce sont des fleurs qui produiront le fruit de la béatitude. Pourquoi n'en ferez-vous pas votre couronne? Ce sont les livrées de Jésus; n'est-il pas honorable aux serviteurs de porter les livrées de leur maître? C'est la marque de votre prédestination; ne devez-vous pas en faire une estime incomparable ? C'est le partage des enfants de Dieu; quel bonheur d'être traité comme les saints ! Pouvez-vous être mieux partagé ?

Au reste, ne craignez point de combattre le monde : c'est un ennemi vaincu. Le Fils de Dieu a défait le prince qui le gouvernait, il a renversé ses maximes, et vous a acquis des forces pour remporter la victoire. Que craignez-vous d'entrer en combat, puisque vous êtes assuré de vaincre? Votre confiance doit croître avec vos croix. Plus vous avez à souffrir, plus vous avez à espérer; plus il y a de peine, plus il y a d'honneur et de gloire (1).

Mon Seigneur, ce m'est trop d'honneur de souffrir pour votre gloire, et trop de joie de souffrir à votre exemple. Plutôt mourir que de vous abandonner, et de porter le reproche de vous avoir laissé tout seul à la croix. Je veux désormais y lier toutes mes pensées et tous mes désirs. Je sens mon cœur qui s'attache fortement à vous, mon âme est blessée du trait de votre amour. Je brûle d'une soif ardente de m'unir à vous, qui êtes la fontaine de vie (2).

(1) Joan., 15. 16. — .(^) S. Damas, in vitâ S. Barlaam et Josaphat.

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ONZIÈME CONSIDERATION

Jésus, sur la un de son discours, élève son esprit à son Père.

La prière de Jésus-Christ se réduit à trois chefs, qui feront les points de celte Considération : le premier regarde la demande qu'il fait pour lui-même; le second regarde celle qu'il fait pour ses élus; le troisième regarde le monde, c'est-à-dire les réprouvés, qui se rendent indignes de participer aux fruits de son oraison.

Jésus ayant fini son discours, leva les yeux au ciel, et dit : Mon Père, Vheure est venue, glorifiez votre Fils, afin que votre Fils vous glorifie (1).

Jésus appelle l'heure de sa Passion, l'heure de sa glorification, parce que c'est par sa mort qu'il devait entrer dans la gloire, faisant connaître à tout le monde qu'il était vrai Fils de Dieu, et obligeant toutes les nations de la terre à lui rendre leurs hommages comme à leur Dieu et à leur Sauveur. Mais il ne demande cette gloire à son Père, qu'après avoir dit qu'il a accompli l'ouvrage qu'il lui avait donné à faire.

Apprenez, en premier lieu, que personne n'a droit de demander la gloire du paradis, s'il ne peut dire : J'ai achevé l'œuvre de Dieu; je suis arrivé au point de sainteté qu'il m'avait marqué. Le pouvez-yous dire avec yérité? Si vous

(i) Joan., 17.

n'êtes pas encore en état de le dire , ayez la volonté de le faire, et commencez sans délai à travailler pour le ciel.

Apprenez, en second lieu, qu'il y a quatre moments que vous pouvez appeler moments de gloire, moments de salut. Le premier est celui de l'inspiration, lorsque l'esprit de Jésus frappe à la porte de votre cœur, et qu'il le sollicite à se rendre à son amour. Le second est celui de la tentation, lorsque l'esprit des ténèbres tâche de débaucher le vôtre de la fidélité qu'il doit à son Sauveur. Le troisième est celui de l'action, lorsque le Fils de Dieu vous offre l'occasion de faire quelque action considérable pour son service. Le quatrième est celui de l'affliction, lorsqu'il vous présente sa croix, et qu'il vous donne quelque épine de sa couronne; je veux dire quelque disgrâce, ou quelque mortification fort sensible.

Quand donc vous verrez la croix qui viendra fondre sur vous, ou quelque rude tentation qui attaquera votre constance, ou quelque occasion favorable de travailler pour Dieu, recourez aussitôt à votre Père céleste, et dites à l'exemple de son Fils :

Voici l'heure de mon bonheur et de la gloire que je dois rendre à mon maître. 0 mon Dieu, glorifiez votre serviteur en lui donnant la victoire, afin qu'il vous glorifie aussi, en vous renvoyant l'honneur qui vous est dû.

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