III. POINT
Père juste, le monde ne vous a point coniiu. Mais pour moi je vous ai connu, et ceux-ci ont connu que vous m'avez envoyé. Aussi leur ai-je fait connaître votre nom ; et je le leur ferai connaître, afin que l'amour dont vous m'avez aimé soit en eux, et que je sois en eux (1).
Jésus ne prie point pour le monde, parce qu'il ne le connaît point; et le monde ne le connaît point, parce qu'il ne l'aime point. Que personne ne se trompe, dit saint Bernard; celui qui aime le monde, n'aime poiat Dieu. L'amour de Dieu et l'amour du monde sont trop contraires pour loger ensemble dans un même cœur. L'amour de Dieu le lire du inonde, l'amour du monde lui fait quitter Dieu. Et s'il quitte Dieu, comment lé verra-t-il? Celui qui n'aime point Dieu est aveugle. Nul ne peut voir Dieu s'il n'a le cœur pur, et rempli de charité et de douceur. Qui a perdu l'amour a perdu les yeux; et qui a perdu les yeux, ne peut voir celui qui est auteur de la lumière. Que s'il ne le voit jamais, n'est-il pas éternellement misérable (^2)? Malédiction, malédiction, on ne saurait assez le dire, malédiction encore une fois sur celui qui aime le monde, parce qu'il ne verra jamais Jésus-Christ.
Délivrez-moi, mon Sauveur, de ce malheur; et s'il faut pour vous aimer, faire un divorce éternel avec le monde, bannissez-le pour jamais de mon cœur, afin que votre amour y règne tout seul. Car je veux être tout à vous; et puisque je ne puis être heureux sans vous voir, ni vous voir sans vous aimer, je veux désormais vous aimer pour vous voir, afin de vous voir un jour pour vous aimer éternellement. Ainsi s oit-il.
(1) Joan., 17. — (2) S. Bern., serm. 9. in Gœnâ Domini.