LA CHUTE DE JUDAS
Judas ayant donné le baiser au Fils de Dieu, se retira vers la troupe des soldats ; et s'étant mêlé parmi eux , il tomba aussi avec eux.
0 Judas, que tu tombes d'un haut degré ! que ton élévation rend ta chute et ton malheur effroyables! 0 misérable, comment es-tu tombé?
Il n'est pas tombé tout à coup, il n'en est pas venu là en un instant; il y est descendu peu à peu et par degrés. Les fautes légères l'ont conduit aux grandes; et la passion croissant insensiblement, l'a enfin précipité dans le plus horrible de tous les crimes.
0 mon Sauveur, qui soutenez la faiblesse de vos créatures
(1) Aiig. tract. V22 m .Jean. — .Job. 26.
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par la lorco de voire parole, tenez-niol près de vous, et ne perineltez pas que je tombe dans ce malheur.
Mou lils, craignez les petites fautes, vous ne tomberez pas dans les grandes. Celui-là e<[ en grand danger, qiii ne craint point les petits périls. A qui n'aime point Dieu, les plus grandes fautes semblent légères, mais il n'y a rien de petit à qui a beaucoup d'amour. Le dernier de tous les maux est de lùivoir point le sentiment de son mal.
m. POINT.
LA CIlUTt; DES ÉLUS Eï DES RÉrr.OUVÉS.
Ils tomber enl à la renverse.
Le Fils de Dieu, devant qui toutes les créatures doivent sluimilier, permet quelquefois que les élus tombent dans le péché aussi bien que les réprouvés ; mais leur chute est fort différente. Les élus péchant par fragilité, tombent sur leur face, et se relèvent promptement, parce qu'ils voient où ils sont tombés, et reconnaissant leur faute, ils la pleurent amèrement. Mais les réprouvés tombent à la renverse, parce qu'ils ne songent ni à la grandeur de leur crime, ni à la peine qui le suit. C'est pourquoi ils meurent dans le péché, et tombent dans les enfers sans se relever jamais. Ainsi tombèrent les anges rebelles; ainsi tombent les impies; ainsi tomba Judas avec tous ses satellites.
Gardez-vous d'une si malheureuse chiile. ^se craignez point de tomber dans la pauvreté, dans l'ignominie, dans la contusion, dans la disgrâce des hommes; mais craignez de tomber dans le péché et dans la disgrâce de Dieu (i).
Que si par faiblesse vous trébuchez quelquefois, relevezvous promptement. Ne fermez pas les yeux à la lumière, ni le cœur au mouvement de la grâce, qui vous fait connaître le danger qui vou^- m.nnace.
U) Gènes. 49, — Is. 28. — :.-. Greg. in Job. 1. 51, c. 18. Vide eumdem, hom, 9. E2:ec.
DIX-HUITIEME CONSIDERATION
Jésus permet aux Juifs de se relever.
«( Il leur demanda encore une fois :
Qui cherchez- vous? et ils lui dirent:
Jésus de Nazareth. Jésus répondit :
Je vous ai dit que c'était moi. Si donc c'est moi que vous cherchez , laissez aller ceux-ci ; afin que la parole qu'il avait dite fût accomplie :
Je n'ai perdu aucun de ceux que vous m'avez donnés. Alors Simon Pierre ayant une épée, la tira, et en donna un coup à un serviteur du pontife, et lui coupa l'oreille droite ; et le serviteur s'appelait Malchus. Jésus donc dit à Pierre : Remettez votre épée dans le fourreau : Quoi ! ne boirai-je pas le calice que mon Père m'a donné?» S. Joan. xviii.
'< Tous ceux qui prendront l'épée périront par l'épée. Pensez-vous que je ne puisse prier mon Père, et qu'il ne me donnât pas tout à l'heure plus de douze légions d'anges? Commenr donc s'accompliront les Écritures qui disent que cela doit se faire ainsi?» S. Matth. xxvi.
LES JDIFS SE RELEVÈRENT PAR LA PERMISSION DE JESUS-CHRIST, QUI SE PRÉSENTA A EUX POUR LA SECONDE FOIS.
Jésus leur demanda encore une fois: qui cherchez-vous F et ils lui dirent: Jésus de Nazareth.
Les Juifs, qui avaient été renversés par le pouvoir de Jésus, S8 relèvent par sa [> rmission, mais ils n'eu deviennent
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pas meilleurs. Il pouvait les laisser couchés par Icrrc; mais il n'eût pas réparé la chute du premier homme. L'amour l'emporte sur la force; et lui, qui pouvait perdre ses ennemis, se contente de les avoir renversés, pour leur donner, par ce léger t'hâliment, moyen de se reconnaître. Mais au lieu de se repentir de leur malice, ils persévèrent dans leur aveuglement, sans se soucier ni de sa puissance qui vient de li's abattre, ni de sa Itonlé qui les relève.
Oh ! que de malades font de bons propos, se voyant frappés et abattus du mal, qui, étant rétablis, retournent à leurs mauvaises habitudes !
Oh ! que de pécheurs, épouvantés par les dangers où ils se trouvent, viennent se prosterner aux pieds du prêtre; et puis, étant hors de crainte, oublient leurs promesses et les Ixfus désirs qu'ils avaient conçus!
Oh ! combien d'hommes endurcis éprouvent la pesanteur du bras de Dieu qui les châtie, sans penser h leur amendement, ni aux moyens d'apaiser sa justice ! Oh ! triste et déplorable châtiment des enfants d'Adam, qui les brise sans les conserver^ qui les châtie sans les corriger, qui les punit saoules purifier, qui les détruit sans les réconcilier (1) !
Mon très-doux Jésus, je ne vous demande peas d'être exempt du châtiment que j'ai mérité par mes offenses, de peur d'être exclu du nombre de vos enfants ; mais je vous en prie, que la peine que je souffre soit le remède du mal que j'ai fait, afin que je ne tombe point dans le malheur des réprouvés, qui souffrent sans cesse, et néanmoins pèchent sans cesse, ne pouvant trouver la fin de leurs misères, tant ils sont malheureux, et ne voulant point mettre fin à leurs crimes, tant ils sont obstinés et endurcis dans leur malice.
(1) Gilbert. Albas, explicans illa verbalsaiee; Disciplina pacis uostrœ super eum.
LE CIIFÉT. 10
o(i2 LE CHRÉTIEN