‹ Le chrétien a l'école du calvaireChapitre 28 sur 229 · I. CONSIDÉRATION · texte numérisé non relu

I. CONSIDÉRATION

Premier motif de confiance. — Quelque grands que oient les maux que nous souffrons, ou que nous craignons,

le remède que nous avons dans la croii est incomparablement plus puissant. Une seule goutte du sang que Jésus- Christ a versé pour nous était capable de guérir toutes nos plaies, de payer toutes nos dettes, d'effacer tous nos péchés, d'éteindre toutes les flammes de l'enfer. Que sera-ce donc de ce déluge de sang qu'il a répandu pour nous avec tant de profusion? Si chaque goutte peut sauver un million de mondes, toute la masse de ce précieux sang ne pourra-t-elle pas bien sauver un pécheur ? Vous ne pouvez donc pas douter de la force du remède, puisqu'il est d'une vertu souveraine ; ni de la sutTisance de votre rançon, puisqu'elle est d'un prix infini. Tous les fleuves perdent leur nom quand ils entrent dans la mer, parce qu'ils ne sont pas considérables quand on les compare à sa grandeur ; et toutes les plus grandes offenses s'évanouissent et disparaissent, quand on les noie dans cette mer de la miséricorde divine. Ce sont des gouttes d'eau, comme disait le bienheureux frère Gilles, qui se perdent quand on les jette dans le cœur de Jésus-Christ, qui est une source inépuisable de bonté. Quand donc il arrive que vous tombez en quelque défaut, ne perdez pas courage pour cela, mais relevez-vous promptement, et recourez avec douleur aux plaies de votre Sauveur. Une étincelle de feu, tombant dans l'océan, ne s'éteint pas plus promptement que votre péché ne s'effacera dans son précieux sang ; et si vous en doutez encore, vous ignorez ce qu'il peut, et ce que vaut le don qu'il vous a fait dans la croix. Ne savez-vous pas qu'il s'est donné lui-même pour la rédemption de tous les hommes (1)? et que par conséquent son sang, ses souffrances, ses mérites, sa mort, ses satisfactions sont à vous? Ne savez-vous pas ce que dit l'Apôtre, que son sang demande miséricorde pour tous les pécheurs, jusqu'à ceux qui l'ont mis à mort, et qu'il la demande avec un si haut cri et une voix si puissante, qu'elle couvre tout le

(1) 1. ad Timoth., 2, 6.

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bruit que font nos péchés devant Dieu, pour demander justice contre nous? Enfin, ne voyez-vous pas que si nos péchés étaient encore envie, après que le sang de Jésus-Christ les a touchés, et qu'il est mort pour les détruire, sa mort aurait eu peu de force si elle n'avait pu les tuer et en dissiper le venin? Fiez-vous donc en lui, sans vous troubler de vos misères; prévalez-vous de ses mérites; servez-vous de son sang, qui parle bien mieux que celui d'Abel ; employez la voix d'un si puissant médiateur, et ne craignez point que son Père ne vous rebute, mais craignez seulement de le rebuter vous-même. Car, si ceux qui Font rebuté lorsqu'il parlait sur la terre n'ont pu éviter le châtiment, nous l'éviterons encore moins, nous qui le rejetons lorsqu'il nous parle du ciel. Croyez-vous qu'il soit moins puissant maintenant qu'il règne absolument avec son Père, que lorsqu'il expirait sur un infâme gibet? Pour lors sa voix ébranla la terre ; et maintenant il nous promet d'ébranler en noire faveur, nonseulement la terre, mais le ciel (1). 0 mon Jésus, parlez à mon cœur, afin d'ébranler la terre, et de l'attirer à vous par une sainte confiance ; parlez à votre Père céleste, afin d'ébranler le ciel, et de le fléchir à la miséricorde. C'est en la voix de votre sang que je mets l'espérance de mon salut ; c'est dans vos plaies sacrées que je mets ma sûreté. C'est de là que je défie mes ennemis, que je prends les armes et le courage pour les combattre ; que je tire de la force pour dompter mes passions, et des trésors infinis pour payer ce que je dois. Sans cela je désespérerais, je l'avoue, de pouvoir sortir de mes misères. Mais votre Passion étant mon appui et mon remède, ni mes chutes, ni mes plaies ne peuvent m'étonner, je suis en assurance. Il est vrai, mon Dieu, quand je jette les yeux sur le nombre prodigieux des crimes où ma malice et ma faiblesse me précipitent à tous moments, je suis tout effrayé, et peu s'en faut que je ne m'abandonne

(1) Hebr. XII, 24, 25.

au désespoir ; mais quand je relève ma pensée vers votre Fils, et que je consilère ce qu'il a fait et ce qu'il a enduré pour moi, lorsque je me ressouviens qu'en se rendant obéissant jusqu'à la mort à vos saintes volontés, il s'est saisi de la cédule de nos péchés, et que, la clouant à ce bois funeste, il a crucifié avec soi le péché et la mort, je n'ose pas me désespérer ; au contraire, il me semble que je respire, et que je reprends de nouvelles forces et de nouvelles assurances de mon salut (1).

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