II. CONSIDÉRATION
Deuxième motif de confiance. — Secondement, comme vous ne pouvez douter de reffîcacité et de la vertu du remède que Notre-Seigneur nous a préparé, vous ne pouvez non plus vous défier de son amour, ni du désir qu'il a que nous en tirions du profit. C'est notre père qui nous a conçus et engendrés sur le lit de la croix, au milieu de tourments extrêmes ; un tel père ne peut pas oublier ses enfants, et ses enfants n'ont pas sujet de se défier d'un si bon père. Oh ! quel bonheur pour nous ! oh ! quelle consolation ! Le Sauveur du monde est le Fils d'un Dieu vivant , selon le témoignage de saint Pierre ; mais nous sommes tous enfants d'un Dieu mouraul (2). Le Père éternel engendre son Fils dans la plénitude de sa vie, et le Fils nous a engendrés dans l'anéantissement de sa mort ; le Père le produit dans les splendeurs de sa gloire, et le Fils nous a produits dans les ténèbres du Calvaire ; le Père le produit dans les délices de sa béatitude, et le Fils nous a produits dans l'amertume de ses douleurs. Ainsi, le vendredi-saint est le jour de la naissance de tous les élus, qui sont pour cette raison obligés à l'honorer avec une dévotion toute particulière ; et ce fut ce jour-là, remarque saint Chrysoslôme, que Notre-Seigneur ouvrit la première fois le paradis, et le donna à un voleur, pour donner espérance aux pécheurs, et nous mon-
(1) Manuai , c. 10. — (2) Le P. de Saint-Jure, Livre des Élus, c. 10.
A l'école du calvaire. 55
trer qu'il fallait le regf^rder dans sa Passion comme père, ses plaies comme le lieu de notre naissance, et sa croix comme la clef du paradis, qui nous a donné rentrée dans la gloire. De plus, ce père charitable a bien montré quil nous aimait, et qu'il avait un ardent désir de nous sauver, en se chargeant de l'affaire de notre réconciliation, comme de son propre fait. Imprimez profondément cette pensée dans votre esprit. Le Fils de Dieu s'est chargé de l'affaire de notre salut, il en a fait sa propre cause ; il a pris sur lui l'acquit de nos dettes; il a réputé nos péchés comme les siens (1). 11 en a demandé le pardon sans les avoir commis, il en a fait pénitence avec autant de rigueur que s'il eût été le coupable. Puis-je croire après cela que je lui sois indifférent, ayant entrepris mon salut avec tant' de zèle et d'amour? Que dirai-je du moyen qu'il a choisi pour exécuter son dessein? Ah ! qu'il a versé de larmes ! qu'il a répandu de sang ! qu'il a souiTert d'ignominies ! qu'il a porté de plaies et de douleurs! S'il avait envie de me perdre, aurait-il choisi uu moyen si étrange, si difficile et si précieux pour me racheter? Non, je ne puis plus entrer dans ces tristes pensées : craintes, frayeurs, défiances lâches et criminelles, retirez-vous de moi. Mon âme, pourquoi me troublez-vous? Espérez en Dieu, parce que j'ai encore moyen de pleurer au pied de sa croix, et de lui présenter mes misères. C'est là que je trouverai le port de mon salut ; et pourvu que j'aie regret de mes péchés, pourvu que je lève seulement les yeux à Jésus-Christ crucifié, à ce très-doux, très-bénin et très-miséricordieux Rédempteur qui m'a aimé jusqu'à mourir pour moi sur une croix, pour le prier de me secourir et d'avoir pilié de moi, je ne puis me décourager, ni perdre la confiance que je dois avoir en lui, me voyant si considéré, et mis à si haut prix, qu'un Dieu se soit livré lui-même pour me sauver.
(1) Psal. 62, 2.