IV. CONSIDERATION
C'est la dernière raison qui doit vous porter absolument à l'imilalion du Crucifix, considérant que pour parvenir à lui, il faut nécessairement souffrir avec lui, après lui et pour l'amour de lui. Celui-là, dit saint Léon, tend à Jésus-Christ par Jésus-Christ, qui s'efforce de marcher par le chemin de la patience et de l'humilité; chemin où ily a toujours quelque travail à essuyer, ou quelque nuage de tristesse, ou quelque orage de crainte, qui s'élève contre vous. Les pécheurs vous y préparent des embûches, les infidèles des persécutions, les grands du monde des menaces, les superbes des mépris et des affronls. C'est par là que le Roi de gloire a passé avant vous, afin de vous porter, par son exemple, non pas à éviter ces disgrâces par une fuite honteuse, mais à les surmonter par une généreuse patience (1). Car vous ne pouvez pas régner avec lui, si vous ne souffrez avec lui. Il est vrai qu'il nous a faits ses héritiers, mais à condition que nous soyons crucifiés avant d'être glorifiés. Notre espérance', comme dit saint Paul, est fondée sur la patience; quiconque ne veut pas souffrir avec le Chef, refuse d'être partie du corps. Si vous voulez avoir part à la gloire de Jésus-Christ, il faut, dit saint Jérôme, vivre selon l'exemple de Jésus-Christ. Or, Jésus-Christ ne s'est point épargné pour nous. Jésus-Christ n'a point cherché ses plaisirs. Il pouvait éviter la croix, s'il n'eût cherché que sa propre satisfaction ; mais il s'est oublié lui-même; et pour prendre nos intérêts, il a négligé les siens. Voulez- vous l'imiter? quittez cette lâche complaisance de vous-même, qui vous fait fuir la croix. Vous ne pouvez vous plaire en vous-même sans déplaire au Fils de Dieu, qui est votre Maître. Je sais que les souffrances nous déplaisent na-
(1) s. Léo., Serm. 16, de Passione. — Rom. VIII, 17. — Ibid- VIII, 25.
turellement; mais en souffrant ce déplaisir pour l'amour de lai, vous le contenterez. Pourquoi ne ferez-vous pas pour lui ce qu'il a fait pour vous? 11 a toujours été dans les souffrances; pourquoi n'y serez-vous pas avec lui? Pourquoi ne suivrez-vous pas votre Chef? Est- il juste quil vous fasse part de ses biens, et que vous n'ayez aucune part à ses peines? Êtes-vous du nombre de ceux qui veulent jouir de lui, et qui ne veulent point souffrir pour lui? Si cela est, vous n'êtes pas digne de l'avoir pour chef. Car il n'a souffert que pour vous; et si vous ne voulez pas travailler avec lui dans l'affaire de votre salut, en quoi serez-vous associé à ses travaux (1)? Est-ce si grande chose qu'un ujembre, qui doit être glorifié avec son chef, soit affligé comme lui (^)? Heureux celui qui s'y attache inséparablement, qui le suit partout où il va, et qui peut lui dire ce que disait Ethaï à David, lorsqu'il fuyait son fils Absalon : Vive mon Dieu, vive mon Seigneur et mon Roi; en quelque lieu que vous soyez, mon souverain Maître, je serai toujours avec vous, soit à la mort, soit à la vie (3). Rien ne peut me séparer de vous. C'est la résolution que vous devez prendre à la vue de Jésus- Christ crucifié, vous souvenant que vous marchez après lui sous le drapeau de la croix, et qu'étant au milieu du combat, vous ne devez pas encore chercher le plaisir de la victoire (4). Attendez jusqu'à la fin, souffliez avec patience pendant que vous êtes aux prises avec vos ennemis, la joie succédera au travail ; et si vous avez part à la croix de Jésus-Christ, ne doutez point que vous n'ayez part à sa couronne.
(1) s. Hier., in ep. Rom., 15. — Vide Chrys,, hom. 27, in ep. ad Rom. — (2) 2.Reg , 15, 2i. — (3) Reg , 15, 21. — (^4) S. Aug , Serm; de plurib. Mart.
A l'École du calvaire. 65