II. CONSIDERATION
Secondement, il n'y a rien de plus nu qu'un ver, et Jésus- Christ a voulu être dépouillé de toutes choses, et mourir tout nu sur la croix : Mon ignominie m'est présente durant tout le jour^ et la confusion a couvert mon visage. Quelle est cetle confusion, dit saint Ambroise, qui a couvert son visage de rougeur, sinon la croix, en ce qu'il y a été attaché tout nu (1)? Il importe, dit ce même Père, de considérer en quel équipage le Fils de Dieu monte sur la croix. Je vois qu'il est tout nu, ses ennemis ne lui ont rien laissé ; il y est monté tel que l'auteur de la nature nous a formés. Tel qu'était le premier Adam dans le paradis, tel devait être le second pour y rentrer (^). Il fallait qu'il se dépouillât des habits dont le premier homme avait élé revêtu, lorsqu'il fut chassé du paradis (3). Un ancien disait que la croix était de bon présage pour les pauvres, parce qu'elle marque leur exaltation ; mais qu'elle était funeste aux riches, parce qu'on y monte tout nu. 0 pauvres évangéliques, ne craignez point la croix; n'appréhendez point la pauvreté, ni l'indigence, ni les disgrâces de la fortune ! ce sont des croix qui vous élèvent à Dieu, et vous introduisent dans le ciel. La croix n'est funeste qu'aux riches de la terre, qui sont esclaves de leurs richesses, et ne peuvent en perdre la possession sans douleur, parce qu'ils n'ont point de part à celles du ciel (4).