IV. CONSIDERATION
C'est elle qui glorifie hautement sa sagesse , parce qu'il a trouvé le moyen de satisfaire également par la croix , la miséricorde et la justice, en détruisant le péché et justifiant les pécheurs; parce qu'il a confondu toute la fausse sagesse du siècle par la sage folie de la croix , et enfin parce qu'il a fait de la croix l'école de la vraie sagesse, où ce grand maître nous enseigne la science des saints , et nous trace sur son corps marqué de plaies, comme d'autant de caractères sanglants, le parfait modèle de toutes les vertus.
PRATIQUES ET ASPIRATIONS
1. Ayez toujours des sentiments d'amour, de vénération et de respect pour la croix, puisque Jésus -Christ y a mis toute sa gloire et la vôtre, en vous délivrant de la honteuse servitude du démon, en vous faisant enfant de Dieu, et en vous méritant la gloire éternelle.
2. Ne laissez passer aucun jour sans lui rendre vos hommages, puisque vous êtes maintenant esclave de la croix, ayant été racheté avec le précieux sang de l'agneau, qui s'étant rendu votre caution , est devenu votre créancier et vous a fait son débiteur.
3. Surtout fréquentez souvent cette école pour y apprendre la sagesse du ciel. Apprenez-y combien le péché est horrible, et avec quel soin vous devez l'éviter, voyant avec quelle rigueur Jésus- Christ le punit sur soi, quoiqu'il soit l'innocence même, parce qu'il veut vous sauver. Apprenez-y à mépriser le monde, voyant le mépris que Jésus- Christ en a fait. Dites avec saint Paul : Le monde m'est crucifié, et je le suis au monde (i). Si le monde m'est crucifié,
(1) Gai., 6. 14.
dit saint Ambroise, je sais qu'il est mort, et par conséquent je ne l'aime point; je sais qu'il passe, et par conséquent je ne m'y attache point; je sais qu'il sera consumé de pourriture, et par conséquent je le fuis avec horreur comme un cadavre contagieux qui peut m'infecter et me porter grand préjudice. Apprenez-y à souffrir les humiliations , considérant un Dieu couvert d'ignominie comme le plus méchant de tous les hommes. Apprenez-y à mépriser les plaisirs et à mortifier vos sens, sachant qu'il a choisi les douleurs, au Ueu d'une vie douce et tranquille dont il eût pu jouir. Apprenez-y à mépriser les richesses en le voyant tout nu sur la croix; pensez qu'il ne faut point chercher les commodités du siècle, si vous voulez vaincre le siècle. Apprenez-y à faire pénitence, à mater votre corps , à crucifier votre chair, et la percer, comme dit saint Augustin, des clous de la crainte de Dieu, de peur qu'en lai donnant trop de liberté, vous ne puissiez en porter le poids, ni l'importunité de ses révoltes; car, si vous n'en avez pas la force , certainement vous ne pouvez suivre Jésus-Christ. Comment le suivrez-vous, si vous ne lui appartenez pas? Or, ceux qui sont à lui ont crucifié leur chair avec ses convoitises déréglées. Apprenez-y à pardonner à vos ennemis,et à ne point rendre injure pour injure, mais aies aimer de tout votre cœur et prier Dieu pour eux, voyant un Dieu mourant qui vous en donne l'exemple , et qui souffre sans dire mot, avec une admirable douceur, toutes les malédictions et tous les blasphèmes qu'on vomit contre lui. Apprenez-y la miséricorde envers les pauvres, qui vous porte à les soulager dans leurs besoins, voyant un Dieu qui ne vous refuse rien, puisqu'il vous donne son saug et sa vie pour vous servir de rançon. Apprenez-y à vous retirer dans les plaies de cet aimable Sauveur, lorsque vous êtes tenté, puisqu'il ne les a reçues que pour vous servir d'asile, et qu'il les tient encore ouvertes afin que vous puissiez y entrer. Apprenez-y à être ferme dans les résolutions que vous prenez de
A l'école du calvaire. 157
pratiquer la vertu , et dans tous vos exercices spirituels contre toutes les railleries ou flatteries des hommes, qui veulent vous en détourner, voyant un Dieu qui demeure dans la croix jusqu'à la mort, pour continuer l'ouvrage de votre salut, sans écouter ni les railleries des Juifs, ni les promesses qu'ils lui font de croire en lui, s'il descend de la croix. Apprenez-y à vous conformer à la volonté divine dans les afflictions qui vous arrivent, et à vous soumettre aux ordres de la Providence, voyant un Dieu percé de clous, percé d'épines, percé de plaies, qui obéit jusqu'à la mort. Apprenez-y à ne pas mettre votre espérance dans les créatures , voyant un Dieu abandonné de ses disciples, et persécuté de ceux qu'il avait comblés de bienfaits. Apprenez-y à faire état de votre âme, puisqu'elle n'a point de moindre prix que celui du précieux sang de Jésus-Christ. En un mot, apprenez-y à aimer Dieu purement pour lui-même et sans aucun intérêt , en quelque état qu'il vous veuille, puisque Jésus-Christ vous a aimé si tendrement , sans attendre de vous autre récompense qu'un amour réciproque , par lequel vous vous rendiez digne du bonheur éternel qu'il vous a acquis par sa mort, vous souvenant que ceux que Dieu a connus par sa prescience, dit saint Paul , il les a prédestinés pour être conformes à V image de son Fils, afin qu'il fût le premier né entre plusieurs frères (1).
(1) Rom., 8.
lo8 lE CHRÉTIEN
DIX-SEPTIEME LEÇON
Celui qui veut procurer la gloire de Jésus-Christ, et le faire régner dans les cœurs, doit aimer la croix.
« Agissant en toutes choses comme de fidèles ministres de Dieu, rendons-nous recomraandables par une grande patience dans les maux, dans les nécessités pressantes, et dans les extrêmes afflictions. » 2. Cor., 6. 4.