II. CONSIDÉRATION
Elle est plus efficace pour avancer la gloire de Dieu et la conversion des pécheurs. Dieu en reçoit plus d'honneur, parce que sa justice est satisfaite et glorifiée par nos souf-
(1) Hora. 25 in 2 ad Cor. — (2) 2. Cor. 12. 12.
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frances, qui sont autant de réparations cVhonneur, et autant de sacrifices qu'on lui présente ; parce qu'en fortifiant un homme faible dans de grandes afflictions, il fait hautement éclater sa puissance ; parce qu'il lui applique d'une noble façon les fruits de la croix ; parce qu'il triomphe en sa personne des misères de la vie et de la fureur des démons, comme c'est en lui qu'il combat, et par conséquent l'honneur de la victoire lui est dû ; parce qu'il lui est glorieux d'avoir des imitateurs qui lui aident à porter sa croix ; et enfin, parce qu'il lui est honorable d'avoir des serviteurs qui soient si attachés à ses intérêts, si soumis à ses volontés, si épris de son amour, et qui se fient tellement à sa providence, qu'ils s'abandonnent volontiers à sa bonté pour souffrir tout ce qu'il lui plaira. Les pécheurs en ressentent de plus grands effets pour leur conversion. Le Fils de Dieu a fait peu de disciples par les prodigieux effets de sa puissance miraculeuse, mais il a tiré tout le monde parla vertu desa croix. Les souffrances et les ignominies de sa mort ont eu plus de force pour toucher les cœurs, pour leur ouvrir les portes du ciel et pour fermer celles de l'enfer, que toutes les prédications et tous les miracles de sa vie. Je suis seul jusqu'à ce que je passe, dit-il, par le Prophète-Roi (1). C'est-à-dire, selon saint Augustin : Je suis seul, sans suite et sans compagnie; je suis seul héritier du ciel et Fils de Dieu, jusqu'à ce que je passe le torrent de Cédron, et que je sois chargé de liens, déchiré de coups de fouet et couronné d'épines, attaché à la croix, et que je meure d'une mort pleine d'opprobres et de douleurs. Le grain de froment demeure infertile, demeure seul, s'il n'est jeté dans la terre et s'il ne meurt; mais s'il meurt, il porte beaucoup de fruit. Il faut donc que je souffre et que je meure, il faut que je sois enseveli dans la terre, et puis je multiplierai. J'aurai une grande suite, j'aurai plusieurs imi-
(1) Ps. i40, 20.
tateurs; plusieurs souffriront pour la gloire de mon nom, je donnerai un grand nombre d'enfants à mon Père, et j'aurai beaucoup de frères (1). C'était la condition qu'il avait acceptée au premier moment de sa vie mortelle, et qui avait été projetée de toute éternité. S'il donne sou sang et sa vie pour effacer le péché, il verra naître de sa mort une nombreuse lignée, et sa croix portera des fruits admirables (^). Grâces immortelles à ce grain mystérieux de froment, qui a bien voulu mourir afin de multiplier et de produire beaucoup de fruits. Grâces au Fils unique de Dieu, Notre-Seigneur et Sauveur Jésus-Christ, qui a bien daigné mourir pour nous, afin de nous rendre dignes de la vie (3). Il nous fait voir clairement par son exemple ce que saint Paul nous enseigne par ces paroles : Que pour agir avec efficace comme de fidèles ministres de Dieu, et pour faire régner Jésus-Christ dans les cœurs, il faut que nous fassions paraître une grande patience dans les traverses, dans les nécessités pressantes, dans Vextrémité des maux, dans les plaies, dans les prisons, dans les séditions, dans les travaux, dans les veilles et dans les jeûnes (4). Je sais bien qu'il ajoute ensuite, qu'il faut aussi nous rendre recommandahles par la pureté, par la science, par la persévérance, par la douceur, par les dons du Saint-Esprit, par une charité sincère et par la parole de vérité; mais enfin il conclut comme il avait commencé. Par la grâce de Dieu, par les armes de la justice, pour combattre à droite et à gauche, parmi l'honneur et Vignominie, parmi la mauvaise et la bonne réputation, comme des séducteurs, quoique sincères et véritables; comme inconnus, quoique connus; comme prêts à subir la mort, et néanmoins vivants; comme des hommes que Von châtie, mais qu'on ne fait pas mourir; comme tristes et toujours contents; comme pauvres et enri-
(l) S. Aug. in Ps. 140, n. 10. — (2) Is., 53, 10. ~ (3) S. Aug. — (4) 2. Cor., 6, 4.
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chissant plusieurs; comme n'ayant rien et possédant tout (1). C'est pour nous apprendre que la patience est la première et la dernière qualité d'un ouvrier évangélique, qui doit se souvenir que toute sa force est dans la croix, et que s'il veut réussir dans ses emplois, il doit prendre pour soi ce que Notre-Seigneur dit à une âme vertueuse, dans l'église de la Maison professe delà Compagnie de Jésus à Tolède, lorsqu'elle lui demandait ce qu'elle pourrait faire pour lui être plus agréable : Prends pour toi toute la peine, toute l'utilité pour le prochain, et toute la gloire pour moi. Tenons-nous à ce partage, il est bien fait, il est avantageux, il est même nécessaire pour attirer la bénédiction du ciel sur notre ministère.