‹ Le chrétien a l'école du calvaireChapitre 71 sur 229 · IV. CONSIDÉRATION · texte numérisé non relu

IV. CONSIDÉRATION

Car il me semble qu'il n'y a point de spectacle plus admirable, ni plus digne de Dieu, que de voir un chrétien qui donne le défi à tous les maux que les plus cruels tyrans peuvent inventer, et que les plus misérables peuvent souffrir, armé de la seule confiance qu'il a en la force de sa grâce, et animé du zèle de sa gloire. Oh! que c'est un ravissant objet aux yeux de Dieu, qu'un chrétien qui combat aVec la douleur, et qui est aux prises avec les menaces, les supplices et les tourments (1)1 A vrai dire, c'est une éclatante victoire, c'est le trophée de l'Église, c'est le triomphe le plus glorieux

(1) Minutius Félix., in Cet.

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qu'elle remporte sur les démons. Le mal que nous souffrons est un trait pénétrant qui frappe l'esprit de ténèbres; il est pris dans nos chaînes, il souffre lui-même ce qu'il veut nous faire souffrir (1). C'est ce qu'il éprouva dans la personne de saint Paul, parce que plus il lui dressait de pièges, plus il multipliait ses victoires. Car il ne lui livra pas un seul combat; il lui donna des attaques de plusieurs sortes, les unes de crainte, les autres de fatigues, les autres de tristesse, de douleurs, d'ennuis, de soins, de confusions, et quelquefois de tout cela ensemble. Mais saint Paul était toujours le vainqueur; et comme un soldat qui aurait lui seul sur les bras toute les forces de l'univers, sans recevoir aucune blessure, ainsi il était au milieu des barbares, au milieu de toutes les nations, en tous les lieux du monde, et demeurait toujours invincible. Il entrait en toutes sortes de combats, comme un alhlèle qui s'exerce à la lutte et à la course, comme un soldat qui va tantôt à l'assaut, tantôt à la mêlée, qui combat par mer et par terre. Il mettait le feu partout comme une flamme qui tombe sur la paille, et change en feu tout ce qu'elle trouve. 11 surmontait tous les obstacles comme un torrent qui entraîne sans résistance tout ce qu'il rencontre en son chemin. Il embrassait tout l'univers d'un seul corps, et il convoquait tous les esprits d'une seule langue. Toutes les trompettes de l'armée d'Israël n'eurent pas tant de force pour abattre les murailles de Jéricho, que sa seule voix pour renverser tous les forts de Satan, et attirer à son parti tous ses adversaires, faisant des soldats de ses prisonniers de guerre, dont il se servait avec un merveilleux avantage dans ses combats. David renversa Goliath d'un coup de pierre; mais si vous comparez cet exploit avec les actions héroïques de saint Paul, ce n'est qu'un exploit d'enfant, et vous n'y verrez pas moins de différence qu'entre un ber-

(1) S. Gliry,, homil. 25, in 2 ep. ad Gorinth.

ger et un vaillant soldat. Car cet apôtre ne vainquait pas un géant d'un coup de fronde, mais il renversa toutes les puissances de Tenfer du souffle de sa bouche. Sa voix, plus terrible que celle d'un lion rugissant, portait le feu et la frayeur dans tous les esprits, qui ne pouvaient en supporter l'éclat. Il était presque partout en même temps, comme s'il eût volé sur les ailes des vents, assistant les uns, consolant les autres, intimidant ceux-ci, encourageant ceux-là, se faisant tout à tous, et gouvernant tout le monde, comme un père de famille gouvernerait sa maison ou un pilote son vaisseau. Admirez ici avec moi le zèle et le courage de ce grand homme, qui n'est pas moins illustre par ses souffrances que par ses belles actions. Il souffrit le naufrage pour empêcher celui de l'univers. Il fut un jour et une nuit au fond de la mer, pour le tirer d'un abîme d'erreur où il était plongé; il fut accablé d'ennuis pour consoler les affligés; il fut brisé de coups pour guérir ceux que le démon avait blessés; il fut frappé de verges pour ranger les pécheurs sous le bâton pastoral de Jésus-Christ; il fut lapidé pour amollir la dureté des cœurs ; il fut dans les prisons pour leur procurer la liberté ; dans les voyages, pour leur montrer le chemin du ciel; dans les émotions des peuples soulevés contre lui, pour leur rendre la paix; dans les dangers, pour les mettre en assurance; dans les ardeurs d'un zèle dévorant, pour les retirer des flammes de l'enfer; dans la faim, dans la soif, dans la nudité, pour les revêtir de la grâce. Enfin, un martyr ne meurt qu'une fois, mais ce bienheureux apôtre souffrit mille morts et mille martyres ; et tout ce que les saints ont enduré en plusieurs corps, il l'endura en un seul, non une fois ou un seul jour, mais tous les jours, sans repos et sans relâche jusqu'à la mort. Je meurs tous les jours, mes frères (1); chaque jour m'est un nouveau martyre, je vous en assure par

(1) I. Cor. 15. 31.

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la gloire que j'ai de vous servir. Voilà un spectacle cligne d'attirer les yeux d'un Dieu appliqué à son ouvrage; un homme généreux qui combat contre la mauvaise fortune, c'est un duel digne de Dieu (1).

PRATIQUES ET ASPIRATIONS

1. Le royaume de Dieu est dans vous, mais il n'est pas paisible. Souffrez avec Jésus et pour Jésus, si vous voulez régner avec Jésus (2).

2. Comment Dieu couronnera-t-il votre patience, si vous n'avez rien souffert? Si vous ne voulez rien endurer, comment serez-vous ami de Jésus-Christ? Je Fils de Dieu a bien voulu être déshonoré et crucifié, et vous osez vous plaindre de quelque chose? Le Fils de Dieu a eu des ennemis et des calomniateurs, et vous voulez avoir tous les hommes pour amis et bienfaiteurs.

3. Ainiez à demeurer dans ses sacrées plaies : si vous avez souvent recours à ces marques sanglantes et précieuses de son amour envers nous, vous vous sentirez merveilleusement consolé dans vos afflictions; vous vous soucierez peu du mépris des hommes, et vous souffrirez aisément toutes leurs médisances et leurs injures.

4. Si vous étiez entré parfaitement une fois dans Vintérieur de Jésus, et que vous eussiez un peu goûté son ardent amour, vous ne pourriez plus vous arrêter à ce qui contente ou mécontente votre amour-propre, et vous auriez de la joie d'être dans l'opprobre, parce que l'amour de Jésus fait que l'homme se méprise lui-7nême.

5. Quand vous souffrez la faim, dites : Le royaume de Dieu n'est pas dans les délices (3). Et quand vous êtes mé-

(1) Senec , 1. de provid. — (-2) De Imit. Christ., 1. 2, c. 2. (3) Rom. 14. 17.

prisé : Mon royaume n'est pas de ce inonde (1). Tous vos troubles et vos déplaisirs viennent de ce que vous n'êtes pas encore parfaitement mort à vous-même^ ni séparé de toutes les choses de la terre.

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