II. CONSIDÉRATION
Seconde raison. — Tous les saints regardent les plaies de Jésus-Christ comme le chemin du ciel.
C'est par là que tous les saints ont marché, et comme il n'y en a pas un qui ne soit sorti des plaies du Sauveur, qui est le lieu de leur naissance, de même il n'y en a pas un qui n'y retourne avec inclination, et qui n'y demeure avec une singulière révérence. Saint Macaire (i) assure que c'est la dévotion de tous les excellents chrétiens, qui ont atteint le sommet de la perfection, et que tous ceux qui méritent de s'approcher plus près de Dieu, sont consacrés à la croix de Jésus-Christ. Tertullien (i), qui voyait l'estime que les premiers chrétiens faisaient de la croix, et le respect qu'ils lui portaient, les appelle pour cet effet, crucis religiosos, des hommes dévoués à la croix, dont la religion et la professioi^
(1) Hom. 17. — (2) Apol., 16.
A l'École du calvaire. !71
est d'honorer un Dieu crucifié. Saint Augustin dit que c'est Tunique voie du salut, et qu'on ne peut la quitter sans périr (1). Et dans un autre endroit, il proteste qu'il veut vivre et mourir entre les bras de son Sauveur, étendus sur la croix pour embrasser les pécheurs, et qu'il y trouve sa sûreté. Saint Bernard (2) dit que c'est le chemin royal qu'il a choisi en entrant au service de Dieu, et qu'il y trouve sa joie, ses délices, sa force et toutes les richesses du salut. Pour moi, dit-il, sachant combien j'étais dénué de mérites, j'ai lâché, dès les premiers commencements de ma conversion, de faire comme l'épouse, un bouquet de myrrhe composé des souffrances de mon Sauveur, et de le mettre sur mon cœur pour ne l'oublier jamais. Je suis persuadé que la vraie sagesse consiste à méditer ces sacrées plaies ; et dans cette vue, j'y ai établi toute ma perfection, toute la plénitude de ma science, toutes les richesses du salut, tous les trésors de mes mérites. Ce sont elles qui me soutiennent dans les adversités, et qui me retiennent dans la prospérité (3). Ce sont elles qui me conduisent sûrement, tandis que je marche par ce chemin royal, à travers ces deux écueils où tant de pécheurs font naufrage. Et vous, si vous êtes sage, vous imiterez aussi la prudence de l'Épouse, et vous ne souffrirez jamais qu'on vous ôte cet aimable faisceau du plus intime de votre cœur, non pas même pour une heure, vous souvenant continuellement, et méditant sans cesse ce que le Fils de Dieu a souffert pour vous. Suivez fidèlement cet avis, marchez sans crainte par cette voie, vous n'irez pas tout seul, il y en a une infinité qui vous ont précédé, il y en viendra une infinité après vous. C'est la voie des saints, c'est le chemin des rois, c'est celui de tous les fidèles qui aspirent au royaume du ciel.
(1) S. Aug., 1. Confess. 7, c. 20. Vide c. 18 ejusd. libri. — (2) In Manuali, c. 23,— (3) Serra. 43 inCantic.