III. CONSIDERATION
Troisième raison. — Les chrétiens ne vont au royaume du
ciel, que par les plaies de Jésus- Christ.
Le père Alphonse Esquierra, de la compagnie de Jésus, priant un jour Notre-Seigneur, dans son oraison du matin, de lui accorder cette grâce, qu'à Theure de la mort la plaie de son sacré côté fût le chemin de son âme pour arriver à son cœur, et se plonger dans cette Tive source de tout bien, il entendit cette voix du ciel, qui était comme l'entérinement de sa demande : Alphonse, j'éclairerai votre esprit, et je vous instruirai pleinement du chemin que vous devez tenir, j'arrêterai mes yeux sur vous, sans jamais détourner ma vue (1). Ce qui arriva comme il l'avait promis ; car étant près de mourir, il prit le crucifix pour adorer ses sacrées plaies; et comme il baisait amoureusement celle du cœur, il expira avec une douceur merveilleuse, et rendit l'âme dans le sein de son Sauveur. Voulez-vous jouir de la même faveur? voulez-vous que Notre-Seigneur vous regarde d'un œil d'amour, et qu'il vous reçoive dans son cœur au moment de votre mort, regardez souvent ses adorables plaies durant votre vie ; frappez sans cesse à la porte de son côté, qui a été blessé pour vous sur la croix, c'est la porte du ciel, c'est le chemin du paradis le plus droit, le plus court et le plus sûr. C'est le plus sûr, parce que, dit saint Léon, on ne va point à Jésus-Christ que par Jésus-Christ même (2). C'est le plus court, car le chemin et le terme n'est qu'une même chose ; Jésus-Christ est le guide qui nous mène, et le chemin par où il nous mène, et le pays oii il nous mène (3). De là vient
(1) Eusebius Niorembert, in ejus vita. Fuit hoc repertum inter pia ejus adversaria post ejus obitum. — (2) S. Léo, serm. 16 de pass. — (3)^S. Aug., inPs. 60.
A l'école du calvaire. 173
qu'étant montés avec lui sur la croix, il n'y a plus qu'un pas à faire pour entrer dans le paradis. Enfin, c'est le plus droit, parce que l'amour-propre, qui est la cause de tous nos égarements, ne s'y rencontre jamais. C'est pourquoi saint François disait fort à propos dans les conférences qu'il avait avec ses religieux : « Mes frères, ayez toujours devant les yeux le chemin de la sainte croix, par lequel Notre-Seigneur nous a menés. Ceux qui sont charnels et sensuels ne l'aiment point, et s'ils y entrent quelquefois, ils en sortent bientôt, cherchant d'autres voies que leur propre esprit leur fait paraître plus sublimes ; mais en effet ce ne sont que des précipices. » Sainte Thérèse, qui avait reconnu cette erreur par sa propre expérience, ne peut assez se plaindre de certains livres qui parlent de l'oraison, et qui enseignent que toutes les images corporelles, même de Jésus-Christ crucifié, sont des obstacles à la contemplation (1). « Hé! dit-elle, Seigneur de mon âme et mon bien, Jésus-Christ crucifié, je ne me souviens jamais de cette créance dans laquelle j'ai été, que je n'en reçoive de la peine, et qu'il ne me soit avis que j'ai commis une grande trahison contre vous, quoique c'ait été par ignorance. 0 mon Seigneur ! que j'étais dans un mauvais chemin! Il me semble que j'allais déjà sans chemin, si vous ne m'eussiez remise dans le bon, qui est d'être près de vous; car vous voyant près de moi, j'ai possédé tout bien; et plus bas : J'ai vu clairement que c'est par cette porte que nous devons entrer, si nous voulons que la divine Majesté nous montre de grands secrets; tellement que vous ne devez point prendre d'autre chemin, quoique vous soyez arrivé à la cime de la contemplation. L'on marche sûrement par cette voie ; ce Seigneur est la source de tous les biens. » Heureux celui qui l'aimera véritablement, et qui l'aura toujours près de lui,
(1) Sainte Thérèse, dans sa vie, ch 22. Voyez le Château de l'âme, demeure 6, ch. 7.
le suivant des pas de Tespîit el du cœur, et tâchant de l'imiter dans les souffrances qui lui arrivent dans la vie. Voilà le chemin de la vie, savoir, souffrir avec Jésus-Christ; voilà le chemin de la gloire, le chemin de la cité céleste, le chemin du royaume (l). C'est parla que le bon larron y est parvenu. Voulez-vous savoir combien ce chemin est court? En un jour il fut de la croix dans le paradis avec son maître. Pourquoi donc craignez-vous d'embrasser la croix, puisque c'est par elle qu'on va dans le ciel? Le salut est dans la croix, la vie est dans la croix (2). Vous trouverez dans la croix le refuge contre vos ennemis, la douceur de la grâce, la force de l'âme, la joie de l'esprit, la perfection des vertus et le plus haut comble de la sainteté. Allez où vous voudrez, cherchez tant que vous voudrez, vous ne trouverez point de voie ni plus subhme pour vous élever, ni plus sûre pour vous tenir en bas, que celle de la croix. Tous les saints ont marché par cette voie ; le Fils de Dieu y a passé le premier. Comment donc osez-vous chercher une autre voie que cette voie royale, qui est la voie de la sainte croix ?
(1) s. Bern., serai. 1 de dom. Palm. — (2) Gerson., de Imitât. Christi, 1.2, c. 12.
DIX-NEUVIEME LEÇON
Jésus-Christ invite tous les chrétiens à le suivre par le chemin royal de la croix.
c( Si quelqu'un veut venir après moi, qu'il se charge de sa croix, et qu'il me suive. » Matth., 16. 24