I. CONSIDÉRATION
L'exemple de Jésus-Christ fait trois puissants effets dans nos cœurs, pour nous animer aux. souffrances et à la croix. Il nous donne de la vigueur, de la joie et de la constance; de la vigueur contre la pusillanimité , de la joie contre la Iris-
(0 s. August., serm. 7 de verb. Dom. — (2) Luc , l). (iO. — (3) Joan , 13.
tesse, de la constance contre l'ennui. Je dis, en premier lieu, qu'il nous donne de la vigueur, parce que le désir de la gloire qui nous est naturel, pique nos courages et les rend plus généreux, surtout quand il est réveillé , fortifié et soutenu par l'impression de la grâce; or, rien n'est plus glorieux ni plus honorable à un chrétien que de souffrir pour Jésus- Christ et à l'exemple de Jésus-Christ.
11 est plus glorieux d'être captif pour Jésus-Christ, dit saint Jean Chrysostôme, que d'être apôtre, que d'être évangéliste; celui qui aime Jésus-Christ sait bien ce que je dis. Celui qui aime Dieu passionnément, qui brûle de son amour, sait quel est le prix et la valeur des liens; être pauvre, être esclave, être martyr pour Jésus-Christ, c'est une chose plus magnifique et plus illustre que d'être assis sur les douze sièges d'Israël, que d'avoir rang parmi les anges, que d"être un de ces glorieux esprits qui gouvernent les cieux, ou qui assistent devant le trône de Dieu. Quand nous publions le bonheur et la gloire des martyrs, nous les louons premièrement à cause de leurs blessures, et puis à cause de leurs récompenses; nous prisons et honorons premièrement leurs plaies et puis leurs couronnes (1). Pourquoi? parce que les couronnes sont le prix des plaies , et non au contraire. C'est pourquoi saint Paul ne se glorifie pas tant des biens qu'il espère dans le ciel, que des maux qu'il endure sur la terre, car c'est vraiment une très-grande faveur que d'être jugé digne de souffrir quelque chose pour Jésus-Christ. Quand il n'y aurait point d'autre récompense que de souffrir beaucoup pour celui qu'on aime; c'est une couronne vraiment parfaite, et une récompense qui n'est pas moindre que celle de la félicité future. Ceux-là le savent, qui savent aimer Jésus-Christ ardemment, et comme il faut l'aimer (i). Science sublime, mais aussi
(1) s. Ghrys., liomil. 8. in ep. ad Ephes. — (2) S. Chry?., hom 5 de anna.
A l'École du calvaire. 181
rare! car, comme disait la bienheureuse Angèle de Foligny, nous ne connaissons pas Texcellence, ni le prix et la valeur des souffrances, parce que si nous en étions bien persuadés, il s'en ferait un merveilleux pillage, et chacun voudrait les ravir à son compagnon, comme un trésor de gloire pour s'en faire honneur devant Dieu. Les anges mêmes, qui en connaissent le mérite, nous envieraient un si grand bien, s'ils étaient capables de jalousie , vu que nous tirons de nos faiblesses cet avantage incomparable de pouvoir mourir pour Jésus-Christ; car si, dit excellemment saint Laurent Juslinien, c'est le comble du bonheur d'être persécuté pour Jésus-Christ, ce n'est pas une moindre gloire d'être persécuté comme Jésus-Christ (1). Comme il est honorable à un soldat de porter les armes de son roi, de même il est glorieux à un chrétien de porter les stigmates du Sauveur. Quel honneur est-ce à l'épouse de ressembler à son époux? Rien ne lui semble plus glorieux que de porter les opprobres de Jésus- Christ (2i). Saint François Xavier disait qu'un ouvrier évangélique n'était pas à son avis fort bon soldat de Jésus- Christ, si le monde le laissait longtemps en repos sans le persécuter. C'est un mauvais signe de souffrir peu de chose, et plus mauvais encore de ne pouvoir rien souffrir (3). Il n'y a point d'Abel qui'n'ait un mauvais frère comme Caïn, dit saint Grégoire (4). C'est être peu vertueux que d'avoir si peu de part à la croix de notre Maître (5) ; c'est avoir peu de part à sa faveur, c'est être sans honneur et sans crédit auprès de lui. Il n'est pas bienséant , il est honteux qu'un chrétien ne participe point aux opprobres de Jésus- Christ. Vous devez vous faire gloire d'être haï du monde, car vous faites voir par là que vous êtes membre de Jésus-
(1) S. Laur. Justin., in fascic. amo , c. 11, sub finem. — (2) Idem, de patien., c. 2. — (3) Orlandinus, 1 p. hist. societ. Jésu, 1. 2, n. 105. — (4) Lib. 9. 39. — (5) Idem., 1. 6, ep. 27.
Christ, et que vous vivez dans son corps. Il s'est fait semblable à vous, afin de vous faire semblable à lui. Il est véritablement dans le même corps , mais il y est d'une autre manière que vous: vous comme membre, lui comme la vie de ce corps ; mais au reste, ce chef et ce corps , ce corps et ces membres sont tellement joints ensemble en unité d'esprit et par les liens de la charité , que ce que le corps souffre, le chef le souffre aussi par communication (l). Or, que peuton se figurer de plus honorable, que d'avoir un Dieu pour compagnon de ses souffrances ? Ne faut-il pas dire avec Salvien, que ceux qui semblent porter la croix, la portent de telle sorte, qu'ils trouvent plus de gloire dans le nom de la croix que de peine dans leur supplice ("2) ?