‹ Le chrétien a l'école du calvaireChapitre 83 sur 229 · II. CONSIDÉRATION · texte numérisé non relu

II. CONSIDÉRATION

Cette considération ne nous donne pas seulement de la force pour souffrir, mais encore de la joie pour bénir Dieu dans nos souffrances. La raison humaine ne peut comprendre cette vérité, mais la grâce la fait goûter avec plaisir. l'/^^^ominie de la croix est agréable à celui qui n'est point ingrat envers le crucifix. A la vérité, c'est une couleur sombre, mais c'est la couleur de Jésus-Christ, et le vrai caractère de son esprit. Vous êtes pauvre, et votre indigence vous afflige; c'est un mal fort sensible , mais Jésus-Christ l'a souffert: vous êtes méprisé et délaissé , c'est une croix fort pesante, mais Jésus-Christ l'a portée : cela seul suffit pour la rendre agréable , si vous aimez votre Sauveur. Un homme pusillanime vient me dire : On m'a noirci de calomnie , et vous voulez que je le souffre paisiblement? comment pourrai-je le faire? Assurément il vous sera très-facile, répond saint

(1) s. Laur. Just., fascic. am., c. 11 fia. — (2) Salvi., 1. 3 de guber. Dei.

A l'école du calvaire. 183

Chrysostôme, si vous levez les yeux vers le ciel, et que vous regardiez la beauté de ce lieu où Dieu a promis de vous recevoir, si vous souffrez d'un cœur généreux les injures qu'on vous fait; faites-le donc, je vous prie, et regardant le ciel, pensez que votre patience vous rend semblable à celui qui est assis sur les chérubins; car il a été chargé d'opprobres, et ne s'en est point ressenti; il a été frappé, blessé, couvert de plaies, et ne s'est point emporté contre ses ennetnis ; au contraire, il les a comblés d'une iniinité de bienfaits, et c'est en cela qu'il a voulu que nous fussions ses imitateurs, qui est le plus grand bonheur qui puisse nous arriver, et par conséquent le plus grand sujet de joie , au sentiment de tous les saints. Les autres se moqueront, dit ce même père, de ce que je mets la véritable joie à souffrir des affronts , mais ceux qui savent que c'est le désir de Jésus- Christ, et qu'il en a fait ses déUces, estiment que c'est le plus grand bonheur de la terre (1). Si quelqu'un me donnait le choix de tout le ciel ou des chaînes de saint Paul , je préférerais celles-ci; si quelqu'un m'offrait de prendre place parmi les anges , ou de demeurer avec saint Paul dans la prison, je choisirais la prison et les liens. Il n'y a rien de meilleur que de souffrir pour Jésus-Christ. Je n'estime pas saint Paul si heureux d'avoir été ravi au troisième ciel, que d'avoir été dans les fers. J'aime beaucoup mieux souffrir pour Jésus Christ, que d'être honoré pour Jésus-Christ, c'est un honneur qui surpasse tout ce qu'on peut imaginer (2). « Si l'on mettait dans la balance, disait saint Ignace, tout ce qui est créé d'un côté, et la prison de l'autre avec les chaînes et les plus grandes incommodités qu'on y puisse souffrir, toutes les créatures ensemble avec tout ce qu'elles ont de plus riche et de plus beau, n'auraient aucun poids dans mori esprit (3). » Entrez dans la pensée de ces grands saints,

(1) s. Chrysost., hora. 8. in epist. ad Eph. — (2) Ibidem. — (3) Ribadeneira in ejus vita, 1. 5, c. 10. Maff., i. 1, c. i7.

quand il se présente quelque occasion de souffrir, pensez que Yous souffrez pour Jésus-Christ, et par un surcroît de bonheur, que vous souffrez avec Jésus-Christ , qu'il ne vous abandonne point, qu'il est auprès de vous pour vous consoler, et qu'il porte votre croix avec vous; vous trouverez de la douceur dans vos peines, et vous expérimenterez-ce que dit l'Apôtre, qu'à mesure que les souffrances de Jésus-Christ s'accroissent et se multiplient en nous, nos consolations s'accroissent et se multiplient par Jésus- Christ [i). J'ai recherché le Seigneur au jour de mon affliction , j'ai tendu les mains vers lui toute la nuit, et je n'ai point été trompé. Mon âme a refusé toute autre sorte de consolation. Je me suis souvenu de Dieu, et ce souvenir m'a été une vive source de joie (^2). 0 prophète ! s'écrie saint Augustin , redites-nous encore une fois ces belles paroles, afin de mieux les entendre et de vous imiter si nous pouvons ! Qu'avez- vous cherché au jour de votre affliction? J'ai cherché Dieu. Comment l'avez-vous cherché? Avec mes mains. Quand l'avez-vous cherché? Toute la nuit. Où l'avez-vous cherché? En sa présence. Quel fruit en avez-vous retiré? Je n'ai point été trompé, j'ai laissé les créatures, n'y trouvant rien qui pût me contenter, et je me suis souvenu de Dieu avec une singulière consolation de mon âme ; le travail de mes mains n'a pas été inutile: j'ai trouvé un grand consolateur. Quel consolateur? Le Père des miséricordes, le Dieu de toute consolation, le Dieu qui console les humbles, le Dieu qui nous console en toutes nos afflictions (3). Il ne dit pas qui nous dispense de la croix, mais qui nous console. Ne craignez point qu'il s'éloigne ou qu'il vous oublie, il est fort près de vous, il vous regarde, il vous assiste: non une fois, mais toujours; non dans une occasion, mais en toutes.

(1) 2. Cor., i, 5. — (2) Psal. 76. — (3) H. Cor., 1, 4.

A l/ÉCOLE DU CALVAIRE. , 185

Page 1