II. COJNSIDÉRATION
Cette étroite liaison qui est entre la patience et la charité, vous fera porter la croix, non-seulement avec courage, mais encore avec allégresse, si vous la regardez comme il faut, c'est-à-dire, si vous avez égard, non à la tristesse qu'elle semble causer d'abord qu'on la reçoit, mais aux fruits qu'elle fait recueillir dans une grande paix à ceux qu'elle exerce.
(1) Tert, de pat. — (2) TerluU. loco citato.
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Vous posséderez vos âmes par votre patience (1). Qu'est ce à dire posséder son âme, sinon, comme saint Grégoire l'explique , mener une vie entièrement parfaite et tenir sous l'empire de la vertu tous les mouvements de son âme. Celuilà donc possède son âme, qui a la patience; parce qu'il tire de la force contre toutes les adversités, de ce qui lui donne un pouvoir sur soi en se surmontant soi-même (i). La vertu de patience, dit saint Cyprien, a une grande étendue, c'est une source féconde de gloire qui se répand par plusieurs veimis; et de toutes nos actions, il n'y en a pas une qui puisse arriver au point de sa perfection, si elle n'en tire sa fermeté et sa vigupur (3).
C'est elle qui nous rend recommandables devant Dieu, c'est elle qui nous mainlient dans son service; elle modère la colère et réprime Tinconlinence de la langue ; elle gouverne l'esprit, elle conserve la paix, elle garde la discipline, elle mainlient l'intégrité dans les vierges, la chasteté dans les veuves, la charité dans les personnes mariées; elle nous rend humbles dans la prospérité, généreux dans l'adversité, doux envers ceux qui nous outragent, indulgeiits envers ceux qui pèchent, rigoureux envers nous-mêmes pour punir nos offenses; elle surmonte Ifs tentations, elle souffre les persécutions, elle consomme les martyres, elle affermit les fondements de notre foi, elle relève notre espérance, elle conduit nos pas, afin que nous puissions suivre le chemin que Jésus- Christ nous a marqué par ses souffrances ; elle fait que nous persévérons dans la dignité des enfants de Dieu, en imitant la patience de notre Père.
Enfin, pour dire tout en un mot, «c'est le bipn de Jésus- Christ, comme limpalience, au contraire, est le mal du démon; et comme celui dans lequel Jésus-Christ a établi sa demeure
■i (1) Luc, 21. 19.— (2) S.Greg., 1. 5, Mor., c. 14.— (3) S. Cypr., de patient. ^|
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est palient, de même celui dont le démon possède l'âme, et la remplit de sa malice, est lonjuurs dans rinipalience(i). » Ce que la patience bàlit pour parvenir à la gloire, l'impatience le détruit, et comme la patience est essenliellement en Dieu, de même l'impatience est née avec l^esprit de ténèbres. Le cœur du démon est le lieu de sa naissance (^); elle y prit son origine dès le point de sa révolte, lorsqu'il se souleva contre Dieu, ne pouvant souffrir qu'il eût fait l'homme le maître de l'univers. « Car s'il eût eu de la patience, il ne s'en fut point attristé : et s'il ne s'en lût point attristé, il n'eût point envié le bonheur de l'homme. Si bien qu'il le trompa, parce qu'il eu était jaloux; il en fut jaloux parce qu'il s'attrista de son bien; et il s'en attrista, parce qu'il n'eut pas assez de patience pour le souffrir. L'impatience est donc la source fatale qui se répand dans tous les vices. Il faut lui imputer tous les crimes. Le mal n'est autre chose que l'impatencedu bien. L'homme n'est impudique, que parce qu'il ne peut souffrir la continence; ni méchant, que parce qu'il ne peut souffrir la probité; ni impie, que parce qu'il ne peut souffrir la piété'; ni inquiet, que parce qu'il ne peut souffrir le repos. »
Considérez donc sérieusement d'un côté les fruits de la patience, et de l'autre les dangereux effets du vice contraire, et dans cette vue portez votre croix avec allégresse. Car si Dieu aime celui qui lui donne avec joie ce qu'd demande, certainement il aime aussi celui qui souffre avec allégresse le mal qu'il lui envoie. Ne pleurez point, ne vous affligez point, ne soyez point triste, disait le prophète Esdras, car la joie du Seigneur est votre force (3). Il n'y a point de plus fortes armes que la joie selon Dieu (4). Comme celui qui la possède ne peut être vaincu par aucun trouble d'esprit, de même celui
(I) De S. Gypr., loco citato. — (-2) Ibidem. — (3) 2 Esdrie, 8. — (4) S. Clii-ysost., honi. 1, in Gorinth.
qui ne l'a pas est bientôt. renversé et abattu, la moindre difficulté lui fait peur. Le moyen, me direz-vous, de se réjouir au milieu des supplices et des tourments? Et moi je demande le moyen de se réjouir hors de là. Quelle joie peut avoir un grand cœur, qui n'a rien fait ni soufîert dont il puisse tirer de la gloire? Plus vous me montrez de dangers, d'afflictions, de souffrances et de croix, plus vous m'ouvrez de sources de joie. « Chose admirable, dit saint Chrysostôme, non -seulement la tristesse, mais encore la joie du monde nous porte un extrême préjudice; et tout au contraire, non-seulement la joie spirituelle des enfants de Dieu, mais encore leur tristesse est un trésor inestimable de toutes sortes de biens (1). » Voyez comme saint Paul en parle. Toute correction, dit-il, seîiible sur llieure être un sujet de tristesse, et non de joie; il ne dit pas que cest un sujet de tristesse, mais quil semble que c'est un sujet de tristesse; parce que la croix est en effet un sujet de joie plutôt que de tristesse, ou pour mieux dire, c'est un sujet de tristesse qui donne bien de la joie. Elle crucifie les sens à la vérité, mais elle glorifie l'esprit, qui trouve plus de satisfaction et de repos dans les souffrances, que les mondains n'en trouvent dans leurs délices. Ayez un peu d'amour pour Jésus-Christ crucifié, vous éprouverez ce que je dis, et vous comprendrez la vérité de ces paroles de l'Apôtre : Il n'y a rien que nous n'ayons souffert; ce n'a été que combats au dehors et que frayeurs au dedans (2). Et toutefois je suis comblé de joie parmi toutes nos souffrances (3).
lïl. CONSIDÉRATION.
Cette joie vient de la consolation divine, qui soutient l'esprit, et lui donne une admirable vigueur, qui change la
(1) s. Chrysost., hom. 18 ad pop. Antioch. — (2) 2 Cor., 7. (3) Ibidem,
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nature des croix, en nous les rendant aimables, et cet amour fait que nous les portons sans tristesse et sans ennui. Je dis sans ennui, parce qu'il serait inutile de porter la croix pour un temps, si la continue venait à nous lasser. La couronne n'est point donnée à ceux qui commencent; c'est la persévérance qui l'emporte. Les Juifs disaient à Jésus-Christ : Descends de la croix, si tu es Fils de Dieu (1) ; mais ce fut par cette raison, dit saint Chrysostôme, qu'il n'en descendit pas, parce qu'il était Fils de Dieu. Et vous devez l'imiter, si vous voulez être du nombre des enfants, et avoir part à l'héritage.
PRATIQUES ET ASPIRATIONS
1. Faites donc état de porter la croix jusqu'à la mort. Votre amour-propre vous dira souvent : Descends de la croix. Vos amis vous en prieront, et vous diront que vous prenez trop sur vous. Vos ennemis vous insulteront, et vous diront : Oii est ton Dieu? son Dieu ne le sauvera pas (2); mais répondeZv-leur avec Tobie : Ne parlez pas ainsi, parce que nous sommes enfants des saints, et nous attendons cette heureuse vie, que Dieu donnera à ceux qui persévèrent immuablement dans son service, et ne violent jamais la fidélité qu'ils lui doivent (3).
2. Vous pouvez demander à Dieu qu'il ne vous induise point dans la tentation, et vous défier de vos forces ; mais vous ne devez pas craindre que son secours vous manque ; si vous succombez à la tentation, ce sera toujours votre faute. Dites -lui donc avec David : Seigneur, vous êtes mon protecteur, vous êtes ma gloire, vous me faites marcher la tête levée. Je ne craindrai point les millions d'hommes qui m'environnent. Levez-vous, Seigneur, sauvez-moi, mon Dieu (4).
(0 Matth.i 27. 40.— (2) Ps. 3. 3. — (3) S. Chrys,, hom. de cruce et latrone. — (4) Ps. 3. 4.
3. Ne lui demandez point absolument qu'il vous délivre de vos afflictions, mais qu'il vous donne la grâce d'accomplir ses saintes volontés. Vous ne deviendrez jamais fort en fuyant la croix, mais pluiôt en la portant; vous ne la rendrez pas moins pesante en vous plaignant et murmurant, mais plutôt en la prenant de la main de Dieu avec respect, et la portant avec courage.
VINGT-QUATRIEME LEÇON
Il faut laisser à Dieu le choix de nos croix, et être prêts à tout soufifrir, quoi que ce soit, et de quelque part qu'il
« Que ceux qui souffrent selon la volonté de Dieu, persévérant dans les bonnes œuvres , remettent leurs âmes entre les mains de celui qui en est le Créateur, et qui leur sera fidèle. »