‹ Le chrétien a l'école du calvaireChapitre 92 sur 229 · I. CONSIDERATION · texte numérisé non relu

I. CONSIDERATION

Lorsque sninl Polycarpe, évêque de Smyrne, fut conduit dans Tamphithéâlre pour y être brillé, on entendit distinctement une voix du ciel qui lui dit : Soyez fort, Polycarpe, et montrez en ce combat la grandeur de votre courage (1). Ce que ce vénérable vieillard, âgé de plus de quatre-vingt-six ans, exécuta parfaitement; et par une merveilie qui surprit tous les assistants, le feu respe( tant son corps, au lieu de lui nuire, prit autour de lui la figure d'une belle yoûte et jeta une très-agréable- odeur comme celle de Tencens; si bien que les pwïens furent contraints d'employer le fer pour le faire mouiir. S'il vous arrive quplque affliction qui vous soit sensible et qui vous semble difflcile à porter, figurez-vous que Notre- Seigneur veut faire de vous un spectacle digne des yeux du ciel et de la terre, et prenant pour vous ce qu'il dit à ce grand saint, soyez fort et généreux, et tâchez de rendre votre souffrance odoriférante à la gloire de la Majesté divine, par la force de votre courage.

Considérez que l'impatience qui se plaint de la pesanteur

(1) Surius, 26 januar.

de la croix, ne la rend pas plus légère, mais au contraire plus fâcheuse et plus pesante ; et ' que si vous ne portez patiemment la croix de Jésus-Christ, vous porterez malgré vous celle du démon sans aucun fruit. Les autres croix ne me servent de rien, il n'y a que la croix de Jésus- Christ qui me profite et qui me soit véritablement utile (l). Le mauvais larron en fut-il mieux pour avoir insulté à Jésus- Christ, et blasphémé contre lui? En ajoutant un crime à sa misère, il se rendit doublement malheureux, et se perdit pour jamais par son impatience, au lieu qu'il pouvait, s'il eût voulu, rendre la croix, qu'il avait méritée par ses forfaits, très-salutaire, comme fit son compagnon qui changea son supplice en un martyre, vérifiant ce que dit Salomon : L'homme vraiment patient montre quil est sage dans sa conduite; celui qui est impatient fait paraître sa folie (2,). Gardez-vous donc de murmurer, ou de vous impatienter et vous fâcher contre le mal que vous souffrez (3). Car la croix dont vous vous plaignez, pourrait vous dire ce que Moïse et Aaron disaient aux Israélites : Que sommes-nous, nous autres, contre qui vous faites tant de murmures? Ce n'est pas contre nous que vous murmurez, mais contre le Seigneur (4). Souvenez-vous que Dieu est votfe Seigneur et votre Père, et qu'en cette qualité vous devez imiter sa patience, dit saint Cyprien, parce qu'il est juste que les serviteurs obéissent, et il n'est pas bienséant que les enfants dégénèrent de la vertu de leur Père (5). Les justes ont toujours pratiqué cette vertu, dit le même père, et il n'y a rien qui les distingue mieux d'avec les pécheurs que cette marque, savoir, que les pécheurs murmurent et blasphèment dans les adversités, mais la souffrance au regard des justes est une épreuve de leur vertu.

La patience est un fruit du Saint-Esprit et une marque de

(1) s. Ambr., in c. 9 Lucœ. — (2) Prov., i4. — (3) Sap., i. (4) Exod., 18. — (5) S. Cypr., de pat.

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sa présence. Si vous n'avez pas le fruit, c'est un signe que l'arbre qui le produit n'est pas à vous. Ne perdez pas l'un, si vous craignez de perdre l'autre ; car , dit Tertullien , là où Dieu est, la patience y est de compagnie (1). Et par conséquent, lorsque le Saint-Esprit descend dans nos âmes, cette vertu le suit toujours et ne s'en sépare jamais; car c'est un esprit d'amour dont le propre est de répandre la charité dans nos cœurs, comme la lumière se répand dans le monde à la présence du soleil. Or, il n'y a point de charilé sans patience. La charité, dit cet Africain, est le grand mystère de la foi et le trésor du nom chrétien, que l'Apôtre nous recommande de toute la force du Saint-Esprit; mais où est-ce qu'on l'apprend, sinon dans l'école de la patience? La charité est magnanime, c'est ainsi qu'elle s'arme de patience; la charité est bienfaisante, et la patience ne fait mal à personne; la charité n'est point jalouse, c'est une des propriétés de la patience; la charité n'est point insolente, elle tire sa modestie de la patience ; la charité ne cherche point son intérêt, elle s'oublie de ses droits pour être utile au prochain ; elle n'est point colère, qu'est-ce donc qu'elle aurait pu laisser à l'impatience? Elle souffre tout, dit saint Paul, elle endure tout, et pourquoi? sans doute parce qu'elle est patiente, et c'est pour cela qu'elle ne finira jamais (^2).

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