LES MYSTÈRES
(Temps de l'Avent)
SOMMAIRE. — Pourquoi Dieu a voulu prolonger durant tant de siècles les préparations de l’Incarnation. — I. Comment la Sagesse éternelle, en rappelant et en précisant, par la voix des prophètes, la promesse primitive d’un Rédempteur, a préparé les âmes des justes de l’Ancien Testament à la venue de l'Homme-Dieu sur la terre. — II. Saint Jean-Baptiste, Précurszur du Verbe incarné, résume ef surpasse tous les prophètes. — III. Bien que nous vivions dans « la plénitude des temps », l’Esprit-Saint veut que l’Église nous rappelle chaque année le souvenir de ces préparations divines ; triple raison de cette économie surnaturelle. — IV. Dispositions que nous devons apporter pour que la venue du Christ produise en nos âmes la plénitude de ses fruits : pureté du cœur, humilité, confiance et saints désirs. Nous unir aux sentiments de la Vierge Marie, mère de Jésus.
Toutes les bénédictions de Dieu sur nous ont leur source dans l'élection qu’il a faite de nos âmes, depuis toute éternité, pour les rendre « saintes et immaculées devant lui »’. Dans ce décret divin plein d'amour sont renfermés notre prédestination adoptive d'enfants de Dieu et tout l’ensemble des faveurs qui s’y rattachent.
Or, dit S. Paul, c’est « par la grâce de Jésus-Christ, envoyé par Dieu dans la plénitude des temps, que telle adoption nous a été donnée » : Af ubi venit plenitudo temporis, misit Deus Filium suum factum ex muliere…. ut adoptionem filiorum reciperemus *.
14 Ephes. J, 4 — 2, Gal. IV,-4-5:
Ce dessein éternel de Dieu « d'envoyer son propre Fils en ce monde pour racheter la race humaine »* perdue et flétrie par le ‘péché, et lui redonner tous ses droits à l'héritage des enfants et la béatitude céleste, est le chefd'œuvre de sa sagesse et de son amour. Les vues de Dieu ne sont pas les nôtres ; toutes ses pensées surpassent les nôtres comme le ciel surpasse la terre ; mais c’est surtout dans l’œuvre de l’Incarnation et de 1a Rédemption qu’éclatent la sublimité et la grandeur des voies divines. Cette œuvre est si élevée, si étroitement unie à la vie de la très sainte Trinité elle-même qu’elle est « demeurée cachée pendant des siècles dans les profondeurs des secrets divins » : Sacramentum absconditum a saeculis in Deo*.
Comme vous le savez, c’est durant plusieurs milliers d'années que Dieu a voulu préparer l'humanité à la révélation de ce mystère. Pourquoi Dieu a-t-il voulu retarder durant tant de siècles la venue de son Fils parmi nous ? Pourquoi une si longue période ? — Nous ne pouvons, simples créatures, pénétrer le dernier pourquoi des conditions dans lesquelles Dieu réalise ses œuvres ; il est l’Être infiniment souverain, « qui n’a pas besoin de conseiller »*. Mais comme il est aussi « la Sagesse même, qui règle toutes choses avec mesure et équilibre, avec force et douceur »‘, nous pouvons pourtant rechercher humblement quelques-unes des convenances qu'il fait éclater dans ses mystères.
I fallait que les hommes, qui avaient péché par orgueil, — Eritis sicut dii -— fussent obligés, par une expérience prolongée de leur faiblesse et de l'étendue de leur misère, de reconnaître le besoin absolu qu'ils avaient d’un Rédempteur et d’aspirer après sa venue de toutes les fibres de leur nature°.
Et, en effet, toute la religion de l'Ancien Testament se résume dans ce cri qui jaillissait sans cesse du cœur des patriarches et des justes fidèles : « Que les cieux en-
TUGAL TV, 4-5 0e 2, Ephes. III, 9. — 3. Cf. Rom. NI EST NA ISA: VIIT, 1, cf. Grande antienne O Sapientia, 17 déc. — 5. Gen. III, 5. — GNCFAS Thom. IIT, qu ra. LE
voient leur rosée ! Que la terre s’entr'ouvre et nous donne le Sauveur »°! L'idée de ce Rédempteur futur remplit toute l’Ancienne Loi ; tous les symboles, tous les rites et sacrifices le figurent : Haec omnia in figura contingebant illis” ; tous les vœux, tous les désirs se concentrent vers lui. Selon la belle expression d’un auteur des, premiers siècles, l’Ancien Testament portait le Christ dans ses flancs : Lex Christo gravida erat*. La religion d'Israël, c'était l'attente du Messie libérateur.
En outre, la grandeur du mystère de l’Incarnation et la majesté du Rédempteur réclamaient que sa révélation à la race humaine ne se produisît que peu à peu. L'homme, au lendemain de sa chute, n’était ni digne de recevoir ni capable d'accueillir la manifestation plénière de l’'Homme- Dieu. C’est pour cela que, par une économie toute pleine à la fois de sagesse et de miséricorde, Dieu n’a dévoilé cet ineffable mystère que petit à petit, par la bouche des prophètes ; quand l'humanité serait suffisamment préparée, le Verbe, tant de fois annoncé, si souvent promis, si longtemps attendu, apparaîtrait lui-même ici-bas pour nous instruire : Multifariam multisque modis olim Deus loquens patribus in prophetis..…. novissime locutus est nobis in Filio*.
Je vous indiquerai donc quelques traits de ces préparations divines à l’Incarnation. Nous y verrons avec quelle sagesse Dieu a disposé le genre humain à recevoir le salut ; ce sera pour nous une occasion de rendre au « Père des miséricordes »° de ferventes actions de grâces de nous avoir fait vivre dans « la plénitude des temps » — car elle dure encore, — où il octroie aux hommes le don inestimable de son Fils.
Vous savez, que c’est dès le lendemain du péché de nos premiers parents, au berceau même de la race hu-
r.0.1sa. XLV, 84 2, I Cor. X, l11. — 3. Appendice ‘des œuvres de Sr Augustin, Sermom CXCVI.. — 4 Hebr. I, 1. — 5. II. Cor. XI, 3:
maine déjà rebelle, que Dieu a commencé de révéler le mystère de l’Incarnation. Adam et Eve, prosternés devant le Créateur, dans la honte et le désespoir de leur chute, n'osent plus regarder le ciel. Et voici qu'avant même de prononcer la sentence de leur expulsion du paradis terrestre, Dieu leur fait entendre les premières paroles de pardon et d'espérance.
Au lieu d’être maudits et chassés pour toujours de la présence de leur Dieu, comme l’ont été les anges révoltés, ils auront un Rédempteur ; c’est lui qui brisera la puissance acquise sur eux par le démon. Et comme leur chute a commencé par la prévarication de la femme, ce sera par le fils d’une femme que cette rédemption sera opérée: . Inimicitias ponam inter te et mulierem, et Semen tuum et semen illius : ipsa conteret caput tuum:.
C'est ce qu’on a appelé le « Protévangile » : le premier mot du salut. C’est la première promesse de rédemption, l’aube des miséricordes divines à la terre qui a péché, le premier rayon de cette lumière qui doit un jour vivifier le monde, la première manifestation du mystère caché en Dieu de toute éternité.
Depuis cette promesse, toute la religion de la race humaine, et plus tard, toute la religion du peuple choisi se concentre autour de « ce rejeton de la femme », de ce semen mulieris qui doit délivrer les hommes.
À mesure que les années s’écoulent, que les siècles s’avancent, Dieu précise sa promesse ; il apporte, à la répéter, plus de solennité. Il assure aux patriarches Abraham, Isaac et Jacob que‘ c’est de leur race que sortira le rejeton béni : Et benedicentur in semine tuo omnes gentes terrae* ; à Jacob mourant, il montre que c’est dans la tribu de Juda que surgira « celui qui doit venir, l’objet de tous les soupirs des peuples » : Donec veniat qui mittendus est, et ipse erit exspectatio gentium *.
Voici que les nations, oublieuses des révélations pri-
1. Gen. III, 15. — 2. Gen. XXII, 18: cf. Gal. III k " XLIX, 10. Qt À C al, ; 16. 3. Ibid.
te =.
mitives, s’enfoncent insensiblement dans l’erreur. Dieu se choisit alors un peuple qui sera le gardien de ses promesses ; à ce peuple, pendant des siècles, Dieu rappellera ces promesses, les renouvellera, les rendra plus claires et plus abondantes : ce sera l’ère des prophètes.
Si vous ‘parcourez les oracles sacrés des prophètes d'Israël, vous remarquerez que les traits, par lesquels Dieu dessine la personne du Messie futur et précise les caractères de sa mission, sont parfois si opposés qu'ils semblent ne pouvoir se rencontrer dans la même personne. Tantôt les prophètes attribuent au Rédempteur des prérogatives qui ne peuvent convenir qu'à un Dieu, tantôt ils prédisent à ce Messie une somme d’humiliations, de contradictions, d’infirmités, de souffrances dont le dernier des hommes mérite à peine d’être accablé.
Vous relèverez constamment ce frappant contraste.
Par exemple, voici David, le roi cher au cœur de Dieu ; le Seigneur lui jure d’affermir sa race pour toujours : le Messie sera de la famille royale de David. Dieu le fait voir à David comme « son fils et son Seigneur »°: son fils par l'humanité qu’il empruntera un jour d’une vierge de sa famille, son Seigneur par la divinité. David le contemple « dans les splendeurs saintes, engendré éternellement avant que se lève l'aurore; pontife suprême à l'exemple de Melchisédech*, sacré pour régner sur nous par sa douceur, sa vérité et sa justice »°; en un mot, & Fils de Dieu lui-même, auquel toutes les nations seront données en héritage »: Dominus dixit ad me: Filius meus es tu, ego hodie genui te : postula a me et dabo tibi gentes haereditatem tuam*“, Saint Paul fait remarquer aux Hébreux que ce sont là des prérogatives dont un Dieu seul peut se prévaloir *.
Mais David contemple aussi « ses mains et ses pieds percés, ses habits partagés, sa robe jetée au sort‘; il le voit abreuvé de fiel et de vinaigre »". Puis voici, de nou-
Ps. CIX, 1 ; cf. Matth. XXII, 41-45. — 2. Ps, CIX, 3-4. — 3. Ibid. XLIV, 5. — À. * 1bid, II, 7-8. =—.8. Hebr. I, 13. — 6. Ps. XXI, 17-19. — 7. Ibid. LXVIII, 22.
veau, les attributs divins : « Il ne sera pas atteint par la corruption du tombeau ; mais, vainqueur de la mort, il s’assoiera à la droite de Dieu’.
Ce contraste n’est pas moins frappant chez Isaïe, le grand Voyant, si précis et si abondant qu’on peut le nommer le cinquième Évangéliste ; on dirait qu’il raconte des faits accomplis bien plus qu’il ne prophétise des événements futurs.
Le prophète, transporté dans les cieux, proclame « inénarrable » la génération de ce Messie : Generationem ejus quis enarrabit*? 11 lui donne des noms que jamais homme n’a portés : « Of: l’appellera l’Admirable, le Dieu fort, le Père du siècie à venir, le Prince de la Paix »°; « enfanté d’une Vierge, il sera nommé Dieu avec nous, Emmanuel »*. Isaïe le décrit « se levant comme une aurore, brillant comme un flambeau »° ; il le voit « rendre la vue aux aveugles et l’ouïe aux sourds ; faire parler les muets et marcher les boiteux »° :; il le montre « établi chef et précepteur des nations païennes »"; il voit « les idoles s’écrouler devant lui »°, et il entend Dieu promettre par serment que « devant ce Sauveur tout genou fléchira, et que toute langue confessera sa puissance >» ?.
Et, cependant, ce Rédempteur, dont le prophète exalte ainsi la gloire, de telles souffrances laccableront, de telles humiliations l’anéantiront qu’il sera regardé «comme le dernier des hommes, comme un lépreux, frappé par Dieu et abîmé sous les opprobres : mené à la mort comme une brebis à la boucherie, mis au rang des scélérats, parce que le Seigneur a voulu l’écraser dans l’infirmité *. l d
Vous pourrez saisir chez la plupart des prophètes cette Opposition de traits par lesquels ils décrivent la grandeur et les abaissements, la puissance et les faiblesses, les souffrances et la gloire du Messie. Vous verrez avec quelle condescendante sagesse Dieu préparait les esprits
Le Ps. XV, 10. ==}2. Is. LIII, 8. — SIDE GA AVIT
NPA ONE TANT Oo DA 56 M ULV, 4 enr, 14-18. — 9. XLV, 280 ALT, 5150:
à la révélation du mystère ineffable d’un Homme-Dieu, à la fois Seigneur suprême qu’adorent toutes les. nations, et victime pour les péchés du monde.
L'économie de la miséricorde divine, est, vous le savez, entièrement basée sur la foi ; celle-ci est le « fondement et la racine de toute justification ». Sans cette foi, la présence matérielle elle-même du Christ Jésus ne pourrait produire dans les âmes la plénitude de ses eïtets.
Or la foi nous est communiquée par l’action intérieure de l'Esprit-Saint qui accompagne l'exposé des vérités divines fait par les prophètes et les prédicateurs : Fides exsauditti st.
En rappelant si souvent ses promesses primitives, en révélant peu à peu par la voix des prophètes, les traits du Rédempteur à venir, Dieu voulait produire dans Îles cœurs des justes de l'Ancien Testament les dispositions requises pour que la venue du Messie leur fût salutaire. Aussi plus les justes de l’Ancienne Alliance étaient remplis de foi et de confiance dans les promesses annoncées par leurs prophètes, plus ils brûlaient du désir de les voir se réaliser, — mieux étaient-ils préparés à recevoir l'abondance des grâces que le Sauveur devait appotter au monde. C’est ainsi que la Vierge Marie, Zacharie et Élisabeth, Siméon, Anne et les autres âmes fidèles qui vivaient au moment de la venue du Christ, l’ont reconnu tout de suite et ont été inondés de ses faveurs.
Vous voyez comment Dieu s’est plu à préparer les hommes à la venue de son Fils sur la terre. S. Pierre pouvait vraiment dire aux Juifs qu’ils étaient « les fils des prophètes »”, et S. Paul pouvait écrire aux Hébreux « qu'avant de les enseigner par son Fils en personne, Dieu avait parlé à leurs pères par la voix des prophètes, à plusieurs reprises, en diverses manières » : Multifariam multisque 'modis *.
Aussi les Juifs fidèles étaient-ils constamment dans
Rom X, = N2 ACEMIIL 25. —.3; Hébrr I} 7,
l'attente du Messie. Leur foi discernait dans la personne de ce Rédempteur un envoyé divin, un roi, un Dieu, qui devait mettre fin à leurs misères, les délivrer du fardeau de leurs fautes. Ils n’ont qu’un vœu : « Envoyez, Seigneur, celui qui doit venir » ; ils n’ont qu’un désir : contempler de leurs yeux les traits du Sauveur d'Israël. Le Messie promis était l’objet vers lequel convergeaient tous les soupirs, toutes les volontés, tout le culte, toute la religion de l’Ancienne Alliance ; tout l'Ancien Testament est un Avent prolongé, dont toutes les prières se résument en cet appel d'Isaïe : Emitte Agnum, Domine, Dominatorem terrae”. « Envoyez, Seigneur, l’Agneau qui doit régner sur toute la terre ; que les cieux répandent leur rosée et nous donnent le juste » : Rorate caeli desuper, et nubes, pluant justum : « Que la terre s’entr'ouvre et donne son Sauveur »: Aperiatur terra et germinet Salvalorem * !
Nous avons admiré combien sont profondes les voies de la Sagesse divine dans les préparations au mystère de la venue de l'Homme-Dieu. Et pourtant, ce n’est pas tout.
Pendant que par une suite de merveilles, elle garde intactes, Chez le peuple choisi, les promesses primitives, qu’elle les confirme et les développe sans cesse par des prophéties, pendant qu’elle fait même servir les captivités successives du peuple Juif, devenu parfois infidèle, pour répandre la connaissance de ces promesses jusque chez les nations étrangères, la Sagesse éternelle dirige également les destinées de ces nations.
Vous connaissez comment, durant cette longue période de plusieurs siècles, Dieu, qui « tient les cœurs des rois dans sa main »* et dont la puissance égale la sagesse, établit et brise l’un après l’autre les plus vastes empires. À l'empire de Ninive, qui englobe jusqu’à: l'Égypte, il fait succéder celui de Babylone ; puis, selon qu’'Isaïe le
XV TN epbr XEV,NS 3 CEProv. SX
prédit, il « appelle son serviteur Cyrus »* roi des Perses, et place entre ses mains le sceptre de Nabuchodonosor ; après Cyrus, c’est Alexandre qu’il rend maître des nations ; en attendant qu’il transporte enfin l'empire du monde à Rome, empire dont l'unité et la paix serviront les desseins mystérieux de la diffusion de l’Évangile.
Maintenant la « plénitude des temps »*”est arrivée : le péché et l’erreur inondent l’univers ; l’homme sent enfin la faiblesse où le retient son orgueil ; tous les peuples tendent les bras vers ce libérateur si souvent promis, si longtemps attendu : Et veniet desideratus cunctis gentibus.
Quand cette plénitude est arrivée, Dieu couronne toutes ses préparations par l’envoi de S. Jean-Baptiste, le dernier des prophètes, mais qu’il rendra plus grand qu’Abraham, plus grand que Moïse, plus grand que tous, ainsi qu’il le déclara lui-même : Non surrexit inter natos mulierum major Joanne Baptista*. C'est Jésus-Christ qui le dit. Pourquoi cela ?
Parce que Dieu veut en faire le héraut par excellence, le propre précurseur de son Fils bien-aimé : Propheta. Altissimi vocaberis‘. Pour rehausser encore la gloire de ce Fils qu’il va enfin introduire dans le monde, après l'avoir tant de fois promis, Dieu se plaît à relever la dignité du Précurseur qui doit témoigner que la lumière et la vérité ont enfin paru sur la terre : Ut testimonium perhiberet de lumine*.
Dieu le veut grand parce que sa mission est grande, parce qu’il a été choisi pour précéder de si près celui qui doit venir. Pour Dieu, la grandeur des saints se mesure au rapprochement qu’ils ont avec son Fils Jésus.
Voyez comment il exalte ce Précurseur, afin de montrer encore une fois, par l'excellence de ce dernier prophète, quelle est la dignité de son Verbe. Il le choisit d’une race particulièrement sainte; c'est un ange qui annonce sa
sa. Isar XLW, 1. — 2. Gal. IV,14:— 3. Agg. IT; 8 — 4. Matth. XI, 11; . cf. Luc. VII, 281— 5 Luc, I, 76: — 6. Joan, F8. 061
naissance, impose le nom qu'il doit porter, marque l’étendue et la grandeur de sa mission ; Dieu le sanctifie dans le sein de sa mère ; il fait éclater des prodiges autour de son berceau au point que les heureux témoins de ces merveilles se demandent tout étonnés : « Que sera cet enfant »°?
Plus tard, la sainteté de Jean apparaîtra si grande que les Juifs viendront lui demander s’il est le Christ attendu. Mais lui, si prévenu des faveurs divines, proteste qu’il nest envoyé que pour être la voix qui crie : « Préparez le chemin au Seigneur, car il va venir »°.
Les autres prophètes n’ont vu le Messie que de. loin ; lui, le désignera du doigt et en des termes si clairs que tous les cœurs sincères les comprendront : « Voici l’'Agneau de Dieu », voici celui qui est l’objet de tous les désirs de la race humaine, parce qu’il doit effacer les péchés du monde : Ecce Agnus Dei’. « Vous ne le connaissez pas encore, quoiqu'il soit au milieu de vous » : Medius vestrum stetit quem vos nescitis : « il est plus grand que moi, car il était avant moi : il est si grand que je ne suis pas même digne de délier la courroie de sa chaussure ; si grand, que j'ai vu l'Esprit descendre du ciel comme une colombe et se reposer sur lui ; je Pai vu, et je rends témoignage que c’est lui qui est le Fils de Dieu »*, Que dira-t-il encore ? « Il vient du ciel ; il est au-dessus de tous ; et ce qu'il a vu et entendu, il en rend témoignage ; celui que Dieu a envoyé dit les paroles de Dieu, parce que Dieu ne lui donne pas son Esprit avec, mesure ; le Père aime le Fils et il a remis toutes choses entre ses mains. Celui qui croit au Fils a la vie éternelle, celui qui ne croit pas au Fils ne verra pas la vie, mais la colère de Dieu demeure sur lui »°.
Ce sont là les dernières paroles du Précurseur. C’est par elles qu’il achèvera de préparer les âmes à recevoir le Messie. En effet, quand le Verbe incarné, qui seul peut dire les paroles d’en haut parce qu’il est toujours in