‹ Le Christ dans ses mystèresChapitre 76 sur 134 · NCE Col MT 12-13. 2 Ter, M or · texte numérisé non relu

NCE Col MT 12-13. 2 Ter, M or

dé :

En sorte qu’en Jésus nous avons tout ; rien ne manque en lui de ce dont nous avons besoin pour notre sanctification. Et copiosa apud eum redemptio*’ : son sacrifice offert pour tous lui a donné le droit de nous communiquer tout ce qu'il a mérité.

Oh ! Si nous comprenions qu’en lui nous avons tout ! Que ses mérites infinis sont à nous ! Si nous avions une confiance absolue en ces mérites ! Durant sa vie mortelle, Jésus disait aux Juifs, et nous redit maintenant à tous : Ego si exaltatus fuero a terra,-omnia traham ad meipsum * : « Une fois que j'aurai été élevé sur la croix,

ma puissance sera telle que je pourrai élever jusqu’à moi tous ceux qui ont foi en moi ». Ceux qui, jadis, dans le désert, regardaient le serpent d’airain élevé par Moïse, étaient guéris des blessures dont ils avaient été frappés à cause de leurs péchés * ; ainsi tous ceux qui me regardent avec foi et amour méritent d’être attirés à moi, et je les élèverai jusqu’au ciel. Moi, qui suis Dieu, j’ai consenti, par amour pour vous, à être suspendu à la croix, « comme un maudit »‘; en retour de cette humiliation, jai le pouvoir de vous attirer à moi, de vous purifier, de vous orner de ma grâce, et de vous élever au ciel où je suis présentement. Je suis venu du ciel ; j'y suis remonté, après avoir offert mon sacrifice ; j’ai le pouvoir de vous y faire entrer avec moi, car en ceci je suis votre précurseur ; j’ai la puissance de vous unir à moi, d’une façon si intime que « personne ne peut arracher de mes mains ceux que mon Père m'a donnés », et que j'ai rachetés par mon précieux sang. Et ego vitam aeternam do eis : et non peribunt in aeternum, et non rapiet eas quisquam de manu mea.

« Élevé de la terre, j’attirerai tout à moi ». Pensons à cette promesse infaillible de notre pontife suprême quand nous regardons le crucifix : elle est la source de la plus absolue confiance. « S’il est mort pour nous, alors que nous étions ses ennemis »‘, quelles grâces de pardon,

2 PSUCXXIN, 7, —, 2, Joan. XII, 32, — "30 Num, XXI, 8-0. — HODEUL XXI, 23 Ga VIII 13. —" s VFoau. X, 28. 26, Ron. VOTEO:

de sanctification peut-il nous refuser, maintenant que nous détestons le péché, que nous cherchons à nous détacher de la créature et de nous-mêmes, pour ne plaire qu'à lui seul ?

O Père, attirez-moi au Fils !.….. O Christ Jésus, Fils de Dieu, attirez-moi tout à vous !...

La mort de Jésus est la source de notre confiance. Mais pour qu’elle soit pleinement efficace, nous devons participer nous-mêmes à sa passion; Sur la croix, le Christ Jésus nous représentait tous ; mais s’il a souffert pour nous tous, il ne nous applique les fruits de son immolation que si nous nous associons à son sacrifice.

Comment prendrons-nous part à la passion de Jésus ? — De plusieurs façons.

La première est de contempler le Christ Jésus, avec foi et amour, dans les étapes de la voie douloureuse.

Chaque année, durant la semaine sainte, l'Église revit avec Jésus, jour pour jour, heure pour heure, toutes les phases du sanglant mystère de son divin Époux. Elle met tous ses enfants devant le spectacle de ces souffrances qui ont sauvé l’humanité. Jadis, les œuvres serviles étaient interdites durant ces saints jours ; il fallait surseoir aux procédures, suspendre tout négoce, et les plaidoiries r’étaient point autorisées. La pensée d’un Homme-Dieu, rachetant le monde par ses douleurs, occupait tous les esprits, émouvait tous les cœurs. À présent, tant d’âmes, sauvées par le sang du Christ, passent ces jours dans l'indifférence ! Soyons d'autant plus fidèles à contempler, en union avec l’Église, les divers épisodes de ce saint mystère. Nous y trouverons une source de grâces sans prix.

La passion de Jésus tient une telle place dans sa vie, elle est tellement son œuvre, il y a attaché un tel prix qu’il a voulu que le souvenir en fût rappelé parmi nous,

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non seulement une fois par an, durant les solennités de la semaine sainte, mais chaque jour ; il a institué luimême un sacrifice pour perpétuer à travers les siècles la mémoire et les fruits de son oblation du calvaire ; c’est le sacrifice de la messe : Hoc facite in meam commemorationem :.

Assister à ce saint sacrifice ou l’offrir avec le Christ constitue une participation intime et très efficace à la passion de Jésus.

Sur lautel, en effet, vous le savez, se reproduit le même sacrifice qu’au calvaire ; c’est le même pontife, Jésus-Christ, qui s’oïffre à son Père par les mains du prêtre ; c’est la même victime ; seule diffère Ja manière de loffrir. Nous disons parfois : « Oh! si j'avais pu me trouver au Golgotha avec la Vierge, S. Jean, Madeleine » ! Mais la foi nous met devant Jésus s’immolant sur lautel ; il y renouvelle, d’une façon mystique, son sacrifice, pour nous donner part à ses mérites et à ses satisfactions. Nous ne le voyons pas des yeux du corps ; mais la foi nous dit qu’il est là, aux mêmes fins pour lesquelles il s’offrait sur la croix. Si nous avons une foi vive, elle nous fera nous prosterner aux pieds de Jésus qui s’immole ; elle nous unira à lui, à ses sentiments d'amour envers son Père et envers les hommes, à ses sentiments de haine contre le péché ; elle nous fera dire avec lui : « Père, me voici, pour faire votre volonté » : Ecce venio, ut faciam, Deus, voluntatem tuam *.

Nous entrerons surtout dans ces sentiments, si après nous être offerts, avec Jésus, nous nous unissons à lui par la communion sacramentelle. Le Christ alors se donne lui-même à nous, comme celui qui vient expier et détruire en nous le péché. Sur la croix, il nous a fait mourir avec lui au péché : « J'ai été, dit S. Paul, crucifié avec le Christ »*. En ces instants suprêmes, le Christ ne nous a pas séparés de lui ; il nous a donné de ruiner en nous le règne du mal, cause de sa mort, afin que nous fissions

ou EX XII Tag MI Cor XI, 24 — 2. Hebr. X, 7; cf. Ps. XXXIX, 89. — 3. Gal. II, 10. }

partie de « l'assemblée sainte et irrépréhensible des élus » : Sine ruga, sine macula.

Enfin nous pouvons encore nous associer à ce mystère en supportant, par amour pour le Christ, les souifrances et les adversités que, dans les desseins de sa providence, il nous donne à subir.

Quand Jésus se rendait au Calvaire, ployé sous sa lourde croix, il a succombé sous le fardeau ; lui, que Écriture appelle « la Force de Dieu », Virtus Dei’, nous le voyons humilié, faible, prosterné à terre. Il est incapable de porter sa croix. C'est un hommage que rend son humanité à la puissance de Dieu. S'il voulait, Jésus pourrait, malgré sa faiblesse, porter sa croix jusqu’au calvaire; mais, en ce moment, la divinité veut, pour notre salut, que l'humanité sente sa faiblesse, afin qu’elle nous mérite la force de supporter nos souffrances.

A nous aussi, Dieu donne une croix à porter, et chacun pense que la sienne est la plus lourde. Nous devons l’ac-. cepter, sans raisonner, sans dire: « Dieu aurait pu changer telle ou telle circonstance de mon existence ». Notre-Seigneur nous dit: « Si quelqu'un veut être mon disciple, qu’il prenne sa croix, et me suive *.

Dans cette acceptation généreuse de notre Croix, nous trouverons l'union avec le Christ. Car remarquez bien qu’en portant notre croix, nous prenons vraiment notre part de celle de Jésus. Considérez ce qui est raconté dans l'Évangile. Les Juifs, voyant faiblir leur victime, et craignant qu’elle n'arrive pas jusqu’au Calvaire, arrêtent, chemin faisant, Simon le Cyrénéen et le forcent à aider le Sauveur’. Comme je viens de le dire, le Christ aurait pu, s’il l'avait voulu, puiser en sa divinité la force nécessaire ; mais il a consenti à être secouru. Il veut nous montrer par là que chacun de nous doit l'aider à porter sa croix. Notre-Seigneur nous dit : « Agréez cette part que, dans ma prescience divine, au jour de ma passion,

x Cf, I Cor. E24 — 2, Matth "XVI, 24; Marc VIII, 1345" Luc IX, 23. — 3. Matth) XXVII, 32; Marc. XV,-2r

je vous ai réservée de mes souffrances ». Comment refuserions-nous d'accepter, des mains du Christ, cette douleur, cette épreuve, cette contradiction, cette adversité? de boire quelques gouttes à ce calice qu’il nous présente lui-même et auquel il a bu le premier ? Disonslui donc: « Oui, divin Maître, j'accepte cette part, de tout cœur, parce qu’elle vient de vous ». Prenons-la donc, comme le Christ prit sa croix, par amour pour lui et en union avec lui. Nous sentirons parfois, sous le fardeau, fléchir nos épaules ; S. Paul nous fait l’aveu que certaines heures de son existence étaient si pleines d’ennui et de contrariétés que « la vie même lui était à charge » : Ut taederet nos etiam vivere’. Mais, comme le grand Apôtre, regardons celui qui nous a aimés jusqu’à se livrer pour nous ; à ces heures où le corps est torturé, où l’âme est broyée, où l'esprit vit dans les ténèbres, où se fait sentir l’action profonde de l'Esprit en ses opérations purificatrices, unissons-nous au Christ avec plus d'amour encore. Alors la vertu et l’onction de sa croix se communiqueront à nous, et nous y trouverons, avec la force, la paix et cette joie intérieure qui sait sourire au milieu de la souffrance : Superabundo gaudio. in omni tribulatione nostra *.

Ce sont là les grâces que Notre-Seigneur nous a méritées. Quand, en effet, il montait au calvaire, aidé du Cyrénéen, le Christ Jésus, Homme-Dieu, pensait à tous ceux qui, dans le cours des siècles, l’aideraient à porter sa croix en acceptant la leur ; il méritait, pour eux, à ce moment, des grâces inépuisables de force, de résignation et d'abandon qui leur feraient dire comme lui : « Père, que votre volonté soit faite et non la mienne »° ! — Pourquoi donc ?

Il y a une vérité capitale que nous devons méditer.

Le Verbe incarné, chef de l’Église, a pris sa part, la plus grande, des douleurs ; mais il veut laisser à l’Église, qui est son corps mystique, une part de souffrance. S. Paul nous le fait entendre par une parole profonde

TAILL CotLn8.t— 2lbid, VII, 4 1%: Luc:uXXIT, 42.

malgré son aspect étrange : « Ce qui manque aux souifrances du Christ je l’achève dans ma propre chair, pour son corps qui est l’Église »”. Manque-t-il donc quelque chose aux souffrances du Christ ? Non certes. Elles ont été surabondantes, immenses ; et leur mérite est infini : Et copiosa apud eum redemptio. Xl ne manque rien aux souffrances par lesquelles le Christ nous a sauvés. Alors pourquoi S. Paul parle-t-il de « complément » qu’il y apporte ? S. Augustin nous donne la réponse : « Le Christ total, dit-il, est formé par l’Église unie à son chef, à sa tête, qui est le Christ; le chef a souffert tout ce qu’il devait souffrir ; il reste que les membres, s’ils veulent être dignes du chef, doivent, à leur tour, soutenir leur part de douleurs » : Impletae erant omnes passiones, sed in capite : restabant adhuc Christi passiones in corpore ; vos autem estis corpus Christi et membra*.

Nous avons donc, comme membres du Christ, à nous joindre à ses souffrances ; le Christ nous a réservé une participation à sa passion ; mais en le faisant, il a placé à côté de la croix, la force nécessaire pour la porter. Car, dit S. Paul, le Christ « ayant expérimenté la souffrance, est devenu pour nous un pontife plein de compassion »*.

Il y a plus encore : nous ayant obtenu la grâce de porter notre croix avec lui, le Christ Jésus nous donnera également de partager sa gloire, après que nous aurons été associés à ses souffrances : Si famen compatimur, ut et conglorificemur*. Pour nous comme pour lui, cette gloire sera mesurée à notre « passion ». La gloire de Jésus est infinie, parce que dans sa passion, il a, étant Dieu, touché l’abîme de la souffrance et de f’humiliation. Et c’est « parce qu’il s’est anéanti si profondément que Dieu lui a donné une telle gloire » : Propter quod et Deus exaltavit illum °.

La passion de Jésus, en effet, si capitale qu’elle soit

1. Col. I, 24. — 2. Enarrat. in Ps. LXXXVIE 5.2" 3 Hebr. IL "17-180; IV,o15 ; V, 2 — 4" Rom: VIII, 17. — $s. Philipp. II, o.

dans sa vie, si nécessaire qu’elle soit à notre salut et à notre sanctification, ne termine pas le cycle de ses mystères.

Vous avez remarqué, en lisant l'Évangile, que quand Notre-Seigneur parle de sa passion aux apôtres, il ajoute toujours qu’ « il ressuscitera le troisième jour » : Et tertia die resurget'. Ces deux mystères s’enchaînent également dans la pensée de S. Paul, soit qu’il parle du Christ seul, soit qu’il fasse allusion au corps mystique *. Or, la résurrection marque pour Jésus l’aurore de sa vie glorieuse.

C’est pourquoi l’Église, quand elle commémore solennellement les souffrances de son Époux, mêle à ses sentiments de compassion des accents de triomphe. Les ornements de couleur noire ou violette, le dépouillement des autels, les « lamentations » empruntées à Jérémie, le silence des cloches attestent l’amère désolation qui étreint son cœur d’Épouse en ces jours anniversaires du grand drame. — Et quelle hymne fait-elle alors retentir ? Un chant de triomphe et de gloire : Vexilla Regis prodeunt : « L’étendard du roi s’avance, voici briller le mystère de la croix... Tu es beau, tu es éclatant, arbre paré de la pourpre royale... Heureux es-tu d’avoir porté, suspendu à tes bras, celui qui fut le prix du monde !.. Vous nous donnez, Ô Dieu, la victoire par la croix ; daignez nous sauver, nous régir à jamais »! « Exalte, ô ma langue, les lauriers d’une action glorieuse ! Sur les trophées de la croix, proclame le grand triomphe ; le Christ, Rédempteur du monde, sort vainqueur du combat en se livrant à la mort ». « Le Christ est vainqueur par la croix » : Regnavit a ligno Deus. La croix représente les humiliations du Christ ; mais depuis le jour où Jésus y fut attaché, elle occupe la place d'honneur dans nos églises. Instrument de notre salut, la croix est devenue pour le Christ le prix de sa gloire : Nonne haec oportuit pati Christum, et ita intrare in gloriam suam*?

1. Matth. XVI, 21 ; XVII, 22 ; XX, 19. — 2. Rom. IV, 25; V, 1-2. — 3. Luc. XXIV, 26.

Il en est de même pour nous. La souffrance n’a pas le dernier mot dans la vie chrétienne. Après avoir participé à la passion du Sauveur, nous communierons aussi à sa gloire.

La veille même de sa mort, Jésus disait à ses disciples : Vos estis qui permansistis mecum in tentationibus meis : « Vous êtes demeurés avec moi dans mes épreuves » ; et il ajoute aussitôt : « Et moi, en retour, je vous prépare un royaume, comme mon Père me l’a préparé » : Et ego dispono vobis sicut disposuit mihi Pater meus regnum. Cette promesse divine nous regarde également. Si nous sommes « restés avec Jésus dans ses épreuves », si nous avons souvent contemplé, avec foi et amour, ses souffrances, le Christ viendra, quand sonnera notre dernière heure, nous prendre avec lui pour nous faire entrer dans le royaume de son Père.

Le jour arrivera, plus tôt que nous ne pensons, où la mort sera proche ; nous serons étendus sur notre couche, sans mouvement ; ceux qui nous entoureront nous regarderont, silencieux dans leur impuissance à nous aider ; nous n’aurons plus aucun contact vital avec le monde extérieur ; l’âme sera seule à seul avec le Christ. Nous saurons alors ce que c’est que d’être « resté avec lui dans ses épreuves » ; nous l’entendrons nous dire, dans cette agonie qui est maintenant la nôtre, suprême et décisive: « Vous ne m'avez pas quitté dans mon agonie, vous m'avez accompagné quand j'allais au Calvaire mourir pour vous ; me voici maintenant ; je suis près de vous pour vous aider, pour vous prendre avec moi; ne craignez pas, ayez confiance, c’est moi »! Ego sum, nolite timere* ! Nous pourrons alors redire en toute assurance la parole du psalmiste : Etsi ambulavero in medio umbrae mortis, non timebo mala ; quoniam tu mecum es°: « O Seigneur, maintenant que les ombres mêmes de la mort m'environnent déjà, je suis sans crainte, parce que vous êtes avec moi » !

1. Luc. XXII, 28-29. — 2. Ibid. XXIV, 36 ; Joan. VI, 20. — awPE, XXII, 4.

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