Joan Murs
à aét di
trois années. J'ai dû, à mon grand regret, laisser de côté bien des récits de l'Évangile, passer sous silence bien des scènes racontées par les écrivains sacrés.
Il est une page pourtant, une page unique et tellement à part, un mystère si plein de grandeur et en même temps
- si fécond pour nos âmes, qu’il mérite que nous lui con-
sacrions tout un eritretien ; c’est la Transfiguration :.
Je vous ai dit souvent que rien ne doit nous être plus cher que le dogme de la divinité de Jésus : d’abord parce que rien ne lui est plus agréable ; ensuite parce que ce dogme est tout à la fois la base et le fondement, le centre et le couronnement de toute notre vie intérieure. Or la Transfguration est un de ces épisodes où rayonnent particulièrement, aux yeux humains, les splendeurs de cette divinité. :
Contemplons-le donc avec foi, mais aussi avec amour ; plus cette foi sera vive, plus grand sera l’amour avec lequel nous nous approcherons de Jésus dans ce mystère, — plus large aussi et plus profonde sera notre capacité d’être intérieurement remplis de sa lumière et envahis par sa grâce.
Christ Jésus, Verbe éternel, Maître divin, vous qui êtes la splendeur du Père et l’éclat de sa substance, vous l'avez dit vous-même: « Si quelqu'un m'aime, je me manifesterai à lui », faites que nous vous aimions avec ferveur, afin que nous puissions recevoir de vous une lumière plus intense sur votre divinité ; car c’est là, — c'est encore vous qui nous le dites, — le secret de notre vie, de la vie éternelle : « Connaître que notre Père céleste est le seul vrai Dieu, et que vous êtes son Christ », envoyé ici-bas pour être notre roi et le pontife de notre salut. illuminez les regards de notre âme d’un rayon de
1. L'Église nous fait lire deux fois le récit évangélique de la Transfiguration : au. deuxième dimanche du ÆCarême, afim de nous animer à supporter les mortifications par la perspective lointaine de la gloire que le Christ nous promet par sa transfiguration ; une seconde fois, le 6 août, solennité qu’elle consacre uniquement à honorer la manifestation de la
splendeur divine en Jésus sur le mont Thabor,
grâces dont elle a besoin pour former cette société qu’il veut « sans tache, sans ride, mais sainte et immaculée ».
La valeur de ces mérites est, en effet, infinie. Pourquoi cela ? Est-ce que ses souffrances, si étendues et si profondes qu’elles aient été, n’ont pas connu de limites ? Certainement ; mais celui qui par elles a mérité pour nous, est un Dieu ; et bien qu’il n’ait souffert que dans sa nature humaine, ces douleurs et le mérite qu’elles créent appartiennent à un Dieu; c’est pourquoi leur prix est sans limite.
Le Christ Jésus a donc mérité pour nous toutes les grâces et toutes les lumières : sa mort nous a rouvert les portes de la vie, nous a « transportés des ténèbres à la lumière »*: elle est « la cause de notre salut et de notre sainteté » : Ef consummatus, factus est omnibus obtemperantibus sibi, causa salutis aeternae*.
Les sacrements, qui sont les canaux par lesquels la grâce et la vie divine arrivent à nos âmes, n’ont de valeur que par le sacrifice de Jésus. Si nous sommes aujourd’hui en état de grâce, à qui le devons-nous ? À notre baptême. Et notre baptême, qui nous en a mérité les fruits ? La mort du Christ Jésus. De même, dans le sacrement de pénitence, nous sommes lavés dans le sang du Sauveur. La vertu des sacrements se puise dans la croix ; ils n’ont d'efficacité qu’en continuité avec la passion sainte du Christ.
Chef et tête de l’Église, le Christ a mérité pour elle l'abondance des grâces qui la rendent « belle et glorieuse ». Le zèle des apôtres, la force des martyrs, la constance des confesseurs, la pureté des vierges s’alimentent au sang de Jésus. Toutes les faveurs, tous les dons qui réjouissent les âmes, jusqu'aux privilèges uniques dont la Vierge Marie a été comblée, sont le prix de ce sang précieux. Et comme ce prix est infini, il n'y a point de grâce que nous ne puissions espérer, en nous réclamant de notre Pontife et Médiateur.