Joan. XIII, 18. — 2, Matth. XXVI
DU PRÉTOIRE AU CALVAIRE 299 être consommé », dit S. Jean, lorsque le Sauveur se souvint que le psalmiste avait prédit de lui : « Dans ma soif, ils m’abreuveront de vinaigre »’. Alors, pour que cette prophétie — toute de détail, — s accomplit encore, Jésus s'écria : « J'ai soif ». Postea, sciens Jesus quia omnia consummata sunt, UT consummaretur Scriptura, dixit : Sitio ®. Rien, en ceci, n’est petit ni négligeable, parce que tous ces détails marquent les gestes d’un Homme-Dieu.
Toutes ces actions de Jésus sont l’objet des complaisances de son Père. Le Père contemple son Fils avec amour non seulement au Thabor, quand le Christ est dans tout l'éclat de sa gloire ; mais aussi quand Pilate le montre à la foule, couronné d’épines, et devenu le rebut de l'humanité ; le Père enveloppe son Fils de regards d'infinie complaisance aussi bien dans les ignominies de la passion que dans les splendeurs de la transfiguration : Hic est Filius meus dilectus in quo mihi bene complacui*. Et queile en est la raison ?
Que Jésus, durant sa passion, honore et glorifie son Père dans une mesure infinie, non seulement parce qu'il est le Fils de Dieu, mais encore parce qu’il s’abandonne à tout ce que la justice et l'amour de son Père réclament de lui. S’il a pu dire, au cours de sa vie publique, qu’ « il accomplissait tout ce qui était agréable à son Père » : Quae placita sunt ei facio semper“, cela est particulièrement vrai de ces heures où, pour reconnaître les droits de la majesté divine outragée par le péché, et sauver le monde, il s’est livré à la mort, et à la mort de la croix : Ut cognoscat mundus quia diligo Patrem”°. — « Le Père l'aime d'un amour sans limite parce qu’il donne sa vie pour ses brebis et que par ses souffrances, ses satisfactions, il mérite pour nous toutes les grâces qui nous rendent l’amitié de son Père » : PROPTEREA me diligit Pater, QUIA ego pono anima mea.
Nous devons encore aimer à méditer la passion parce
1. Ps. LXVIII, 22 — 2. Joan. XIX, 28. — 3. Matth. XVII, 15. — 4. Joan. VIII, 29. — 5. Ibid. XIV, 31. — 6. Ibid. X, 17.
que c’est là aussi que le Christ fait éclater ses vertus. Il possède toutes les vertus en son âme, mais l’occasion de les manifester se produit surtout dans sa passion. Son amour immense pour son Père, sa charité pour les hommes, la haine du péché, le pardon des injures, la pa-. tience, la douceur, la force, l’obéissance à l’autorité légitime, la compassion, toutes ces vertus éclatent d’une façon héroïque dans ces jours de douleurs.
Lorsque nous contemplons Jésus dans sa passion, nous voyons l’exemplaire de notre vie, le modèle, — admirable et accessible tout à la fois, — de ces vertus de componction, d’abnégation, de patience, de résignation, d'abandon, de charité, de douceur, que nous devons pratiquer pour devenir semblables à notre divin chef : Si quis vult post me venire, abneget semetipsum, et tollat crucem SuaM, et Sequatur me.
Il y a un troisième aspect que nous oublions trop souvent et dont l'importance est pourtant extrême. Lorsque nous contemplons les souffrances de Jésus, il nous donne, d’après la mesure de notre foi, la grâce de pratiquer les vertus qu’il a révélées durant ces heures saintes. Comment cela ?
Quand le Christ vivait sur la terre, « une force toutepuissante émanait de sa personne divine, qui guérissait les corps », éclairait les esprits et vivifiait les âmes : Virtus de illo exibat, et sanabat omnes ?.
Il se passe quelque chose d’analogue lorsque nous nous mettons en contact avec Jésus par la foi. À ceux qui, avec amour, le suivaient sur le chemin du Golgotha Ou assistaient à son immolation, le Christ a sûrement octroyé des grâces spéciales. Ce pouvoir, il le conserve encore à présent ; et, quand en esprit de foi, pour compatir à ses souffrances, et limiter, nous le suivons du prétoire au calvaire et nous nous tenons au pied de sa Croix, il nous donne ces mêmes grâces, il nous fait part
1. Matth. XVI, 24; cf. Marc. VIII, 3-4; Luc. IX, 23 VIXIN Me — 2 TUC MVL ro,
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des mêmes faveurs. N'oubliez jamais que le Christ Jésus n’est pas un modèle mort et inerte ; mais, toujours vivant, il produit surnaturellement en ceux qui s’approchent de lui dans les dispositons voulues, la perfection qu’ils contemplent en sa personne.
A chaque station, notre divin Sauveur se présente à nous avec ce triple caractère de médiateur qui nous sauve par ses mérites, de modèle parfait de vertus sublimes, de cause efficace qui peut réaliser en nos âmes, par sa toute-puissance divine, les vertus dont il nous donne l'exemple.
Vous me direz que ces caractères se retrouvent dans tous les mystères de Jésus-Christ. Cela est vrai, mais avec combien plus de plénitude dans la passion, qui est par excellence le mystère de Jésus !
C'est pourquoi si, chaque jour, durant quelques instants, suspendant vos travaux, abandonnant vos préoccupations, faisant taire en votre cœur les bruits des créatures, vous accompagnez l’'Homme-Dieu sur le chemin du Calvaire, avec foi, humilité et amour, avec le désir véritable d’imiter les vertus qu’il manifeste dans sa passion, soyez assurés que vos âmes recevront des grâces de choix qui les transformeront peu à peu à la ressemblance de Jésus et de Jésus crucifié. Or, n'est-ce pas en cette ressemblance que S. Paul ramène toute la sainteté ?
I1 suffit, pour recueillir les fruits précieux de cette pratique, comme pour gagner les nombreuses indulgences dont l’Église l’a enrichie, de nous arrêter à chaque station et d'y méditer la passion du Sauveur. Aucune formule de prière n’est prescrite, aucune forme de méditation n’est imposée, pas même celle du sujet évoqué par la « station ». La pleine liberté est laissée au goût de chacun et à l'inspiration du Saint-Esprit.
Faisons maintenant ensemble le chemin de la croix ;
les considérations (que je vous présenterai) à chaque Station n’ont d'autre but (est-il besoin de le dire ?) que d'aider la méditation. Chacun peut en prendre ce qu’il veut, chacun peut varier ces considérations et ces affections suivant ses aptitudes et les besoins de son âme.
Avant de commencer, rappelons-nous la recommandation de S. Paul : « Ayez en vous les sentiments qui animaient le Christ Jésus... Il s’est humilié en se faisant obéissant jusqu’à la mort et à la mort de la croix D Plus nous pénétrerons dans ces dispositions qu'avait le cœur de Jésus en parcourant la voie douloureuse : amour envers son Père, charité envers les hommes, haine du péché, humilité et obéissance, plus nos âmes seront remplies de grâces et de lumières, parce que le Père éternel verra en nous une image plus parfaite de son divin Fils.
Mon Jésus, vous avez parcouru cet itinéraire pour mon amour en portant votre croix. Je veux le faire avec vous et comme vous ; pénétrez mon cœur des sentiments qui débordaient du vôtre en ces heures saintes. Offrez pour moi à votre Père le sang précieux que vous avez répandu alors pour mon salut et ma sanctification.