L. — JÉSUS EST CONDAMNÉ A MORT PAR PILATE
« Jésus est debout devant le gouverneur romain » : Stetit ante praesidem®. I] est debout, parce que, second Adam, il est le chef de toute la race qu’il va racheter par son immolation. Le premier Adam avait, « par son péché, mérité la mort » : Stipendia enim peccati mors”. Jésus, innocent, mais chargé des péchés du monde, doit les expier par son sacrifice sanglant. Les princes des prêtres, les pharisiens, son propre peuple « l'entourent comme des taureaux furieux »*. Nos péchés crient par leurs clameurs et exigent tumultueusement la mort du juste : Tolle, tolle, crucifige eum°! Le lâche gouverneur
x Philipp. LIT, 5,48, 2: Matth. XIVIPE TEE 3. Rom. VI, 23. — 4 Ps. XXI, 13, — 5. Joan. XIX, 15.
romain « leur livre la victime pour qu’elle soit attachée à la croix » : Tradidit eis illum ut crucifigeretur*.
Que fait Jésus ? S'il est debout parce qu’il est notre chef ; si, comme dit S. Paul, « il rend témoignage »* de la vérité de sa doctrine, de la divinité de sa personne et de sa mission, il s’abaisse cependant intérieurement devant l'arrêt prononcé par Pilate ; il lui reconnaît un pouvoir authentique : Non haberes potestatém adversum me ullam, nisi tibi datum esset desuper*. Dans cette puissance terrestre, indigne mais légitime, Jésus voit la majesté de son Père. Et que fait-il ? « I1 se livre plus qu’il n’est livré » : Tradebat judicanti se injuste“. I1 s’humilie en obéissant jusqu’à la mort; il accepte volontairement pour nous, afin de nous rendre la vie, la sentence de condamnation : Oblatus est quia ipse voluit*. « De même que la désobéissance d’un seul homme, Adam, a entraîné la perte d’un grand nombre, ainsi l’obéissance d’un seul, le Christ Jésus, les établira dans la justice »*.
Nous devons nous unir à Jésus dans son obéissance, accepter tout ce que notre Père des cieux nous imposera par qui que ce soit, un Hérode ou un Pilate, du moment que leur autorité est légitime. — Acceptons aussi, dès maintenant, la mort, en expiation de nos péchés, avec toutes les circonstances dont il plaira à la Providence de l’entourer ; acceptons-la comme un hommage rendu à la justice et à la sainteté divines outragées par nos fautes ; unie à celle de Jésus, elle deviendra « précieuse aux yeux du Seigneur »*.
Mon divin Maître, je m’unis à votre cœur sacré dans sa soumission parfaite et son abandon entier aux volontés du Père. Que la vertu de votre grâce produise en mon âme cet esprit de soumission qui me livre sans réserve et sans murmure au bon plaisir d'en haut, à tout ce qu’il vous plaira de m'envoyer à l’heure où je devrai quitter ce monde.
1. Joan. 16. — 2. I Tim. VI, 13. — 3. Joan. XIX, 11. — 4. I Petr. II, 23. — 5. Isa. LIII, 7. — 6. Rom. V, 19. — 7. Ps. CXV, 55.
« Pilate leur livra Jésus pour être crucifié, et ils l’emmenèrent portant sa Croix » : Bajulans sibi crucem'. — Jésus avait fait un acte d’obéissance ; il s’était livré aux volontés de son Père, et maintenant, le Père lui montre ce que l’obéissance lui impose : c’est la croix. Il l’accepte comme venant des mains de son Père, avec tout ce qu’elle comporte de douleurs et d’ignominies. En cet instant, Jésus acceptait le surcroît de souffrances qu’apportait ce lourd fardeau à ses épaules meurtries, les tortures indicibles dont ses membres sacrés seraient aîfligés au moment de la crucifixion ; il acceptait les amers Sarcasmes, les haineux blasphèmes, dont ses pires ennemis, en apparence triomphants, allaient l’accabler aussitôt qu’ils le verraient suspendu au gibet infâme ; il acceptait l’agonie de trois heures, l'abandon ‘de son Père... Nous n’approfondirons jamais l’abîme d’afflictions auxquelles notre divin Sauveur a consenti en recevant la croix. — En ce moment aussi, le Christ Jésus, qui nous représentait tous, et qui allait mourir pour nous, acceptait la croix pour tous ses membres, pour chacun de nous : Vere languores nostros ipse tulit, et dolores nostros ipse portavit?. Il a uni alors aux siennes toutes les souffrances de son corps mystique ; il leur a fait puiser dans cette union leur valeur et leur prix.
Acceptons donc notre croix en union avec lui, comme lui, pour être de dignes disciples de ce chef divin ; acceptons-la sans raisonner, sans murmurer ; si lourde qu’ait été pour Jésus la croix que le Père lui imposait, a-t-elle diminué son amour, sa confiance envers son Père ? Bien au contraire. « Je boirai le calice d’amertume que mon Père me présente » : Calicem quem dedit mihi Pater, non bibam illum* 2 Qu'il en soit ainsi de nous. « Si quelqu'un veut être mon disciple, qu’il prenne Sa Croix et me suive ». Ne soyons pas de ceux que