‹ Le Christ dans ses mystèresChapitre 92 sur 134 · Cf. Rom. VI · texte numérisé non relu

Cf. Rom. VI

XV 1. = SPAICONSURREXISTISMCUMMCHRIS TOM

(Temps pascal).

SOMMAIRE. — L'Église appelle « sainte » la Résurrection de Jésus. Double élément constitutif de la sainteté. — I. Le Christ ressuscité est exempt de toute infirmité humaine. — II. Éclatante plénitude de la « Vie pour Dieu » dans le Christ triomphant. — III. Le baptême inaugure en nous la grâce pascale. Doctrine de S. Paul. Comment le chrétien, par son éloignement de tout péché et son détachement de toute créature, doit imiter, durant toute son existence, la liberté spirituelle du Christ glorieux. — IV. Pleine appartenance à Dieu : Viventes Deo sa réalisation dans l'âme. — V. Comment, par la contemplation du mystère et la communion eucharistique, nous affermissons en nous cette double grâce pascale. — VI. La résurrection des corps achève de manifester la grandeur de ce mystère glorieux. Joie que fait naître en nos âmes l'union au Christ ressuscité ; l'Alleluia pascal.

Tout le mystère du Christ durant les jours de sa passion peut se résumer dans cette parole de S. Paul : Humiliavit semetipsum, factus obediens usque ad mortem : : « Il's’est humilié, s'étant fait obéissant jusqu’à la mort ». Nous avons vu jusqu’à quel point le Christ s’est abaissé : il a touché le fond de l’humiliation, il a choisi « la mort d’un maudit », ainsi qu’il était écrit: Maledictus omnis qui pendet in ligno*.

Mais ces abîmes d’ignominies et de souffrances dans lesquels Notre-Seigneur a bien voulu descendre étaient également des abîmes d'amour ; et cet amour nous a mérité la miséricorde de son Père, toutes les grâces de salut et de sanctification.

TAPHRIIDD. IT, 8 2 Dent. XXI, 23 : Gal. III, ras

Si le mot d’humiliation résume le mystère de la passion, il y a une parole, de S. Paul également, qui récapitule pour le Christ le mystère de sa résurrection : Vivit Deo:: « il vit pour Dieu », Vivit : il n’y a plus désormais en lui que vie parfaite et glorieuse, sans infirmité ni « perspective de mort »: Jam non moritur, mors ülli ultra non dominabitur ® : vie tout entière pour Dieu, plus que jamais vouée à son Père et à sa gloire.

Dans ses Litanies, l’Église applique certaines dénominations à quelques-uns des mystères de Jésus. Elle dit de sa résurrection qu’elle est « sainte »: Per sanctam resurrectionem tuam. Qu'est-ce que cela veut dire ? Tous les mystères du Christ Jésus ne sont-ils pas saints ? Oh!

certainement. — Lui-même d’abord est « le saint par excellence » : Tu solus sanctus, chantons-nous à la messe dans l'hymne du Gloria. — Et tous ses mystères sont

saints. « Sa naissance est sainte » : Quod nascetur ex te Sanctum”®; sa vie est toute sainte ; « il a toujours accompli ce qui était agréable à son Père »°; et vous savez que personne n’a pu le convaincre de péché”. Sa passion est sainte ; il est vrai que c’est pour les péchés des hommes qu’il meurt, mais la victime est cependant immaculée, c’est l'agneau sans tache ; le pontife qui s’immole luimême est « saint, innocent, juste, séparé des pécheurs »*.

Pourquoi donc la Résurrection, de préférence à tout autre mystère de Jésus, est-elle appelée « sainte >» par l'Église ?

Parce que c’est dans ce mystère que le Christ réalise particulièrement les conditions de la sainteté ; parce que ce mystère met principalement en relief les éléments qui constituent formellement la sainteté humaine, laquelle trouve son modèle et sa source dans le Christ; parce que, si, par toute sa vie, il est la voie”, la « lumière »°, s’il donne l'exemple de toutes les vertus compatibles avec

Tr URom. VI. 210.+— 2 21bid: 10.413, Luc. I, 35:14. Joan. VIII, 20. re CESToan iNVIT C4 UÉ- Hebr, VII, 26, — 7. Joan. XIV, 6, — TR VIT LE T2.

sa divinité, — dans sa résurrection, le Christ est surtout l’'exemplaire de la sainteté.

Quels sont donc les éléments constitutifs de la sainteté? La sainteté peut se ramener pour nous à deux éléments : l'éloignement de tout péché, le détachement de toute créature ; et l'appartenance totale et stable à Dieu.

Or ces deux caractères se retrouvent particulièrement, comme nous allons le voir, dans la résurrection du Christ, à un degré d’apogée qui ne s’est pas manifesté avant sa sortie du tombeau ; bien que le Verbe incarné ait été, durant toute son existence, le « saint » par excellence, il se révèle à nous surtout sous cet aspect, avec une éblouissante clarté, dans sa résurrection ; et voilà pourquoi l’Église chante : Per sanctam resurrectionem tuam.

Contemplons donc ce mystère de Jésus sortant vivant et glorieux du sépulcre ; nous verrons comment la Résurrection est le mystère du triomphe de la vie sur la mort, du céleste sur le terrestre, du divin sur l'humain, et qu’elle réalise éminemment l'idéal de toute sainteté.

Qu’était le Christ Jésus avant sa résurrection ?

Il était Dieu et homme. Le Verbe éternel avait épousé une nature appartenant à une race pécheresse ; sans aucun doute, cette humanité n’a pas contracté le péché, mais elle à été soumise aux infirmités corporelles compatibles avec la divinité, infirmités qui, en nous, sont souvent les suites du péché : Vere languores nostros ipse tulit, et dolores nostros ipse portavit*.

Voyez Notre-Seigneur durant sa vie mortelle. A la crèche, c’est un petit enfant, faible, qui a besoin du lait de sa mère pour sustenter sa vie ; plus tard, il a éprouvé la fatigue : Fatigatus ex itinere sedebat: : une fatigue réelle qu’il sentait dans ses membres ; le sommeil, un sommeil véritable et non simulé, a clos ses paupières : les apôtres doivent le réveiller lorsque la barque dans

Nelsa NLII MES) Joan. IV, 6.

laquelle il dormait est ballottée par la tempête: ; il a connu la faim : Esurit* ; la soif : Sitio* ; la souffrance. Il a éprouvé aussi des afflictions intérieures : au jardin des Oliviers, la peur, l'ennui, l'angoisse, la tristesse fondent sur son âme : Coepit pavere et taedere.… et moestus esse ; tristis est anima mea usque ad, mortem"*. Enfin, il a enduré la mort : Emisit spiritum”.

Ainsi a-t-il partagé nos faiblesses, nos infirmités, nos douleurs ; seul, le péché et tout ce qui est source ou conséquence morale du péché lui est inconnu : Debuit per omnia fratribus similari, absque peccato °.

Mais après la résurrection, toutes ces infirmités ont disparu. Il n’y a plus en lui ni sommeil, ni fatigue, ni infirmité quelconque. Notre-Seigneur n'éprouve plus rien de tout cela : c’est la séparation complète de tout ce qui est faiblesse. Son corps n'est-il donc plus réel ? Certainement. C’est bien le corps qu’il a reçu de la Vierge Marie, et qui a souffert la mort sur la croix.

Voyez comme le Christ lui-même tient à le montrer. Le soir de sa résurrection, il apparaît aux apôtres. « Saisis de stupeur et d’effroi, ils croient voir un esprit. Mais il leur dit : Pourquoi vous troublez-vous, et pourquoi des doutes s’élèvent-ils dans vos cœurs ? Voyez mes mains et mes pieds : c’est bien moi. Touchez-moi, et considérez qu’un esprit n’a ni chair ni os comme vous voyez que j'en ai. Ayant ainsi parlé, il leur montra ses mains et ses pieds »'. — Thomas était alors absent. Nous avons vu le Seigneur, lui disent à son retour les autres disciples. Thomas ne veut rien croire ; il demeure sceptique. « Si je ne vois, dit-il, dans ses mains la marque des clous, et si je ne mets mon doigt là où étaient les clous, et ma main dans son côté, je ne croirai point ». Huit jours après, Jésus leur apparaît de nouveau ; et après leur avoir souhaité la paix, il dit à Thomas :

1. Matth. VIII, 24-25 ; Marc. IV, 38 ; Luc. VIII, 23-24. — 2, Matth. VASE UN EUONIV 2 EN Toan) EX ALES IL 4. Matth. XXVI, 37-38 ; MAC AXAV 33-240 s:loan. .XIX, so e6: Hehr Il 7 SIN R UE. de 7. Luc. XXIV, 37-40. °

« Mets ici ton doigt, et vois mes mains ; approche ta main et mets-la dans mon côté, et ne sois plus incrédule, mais fidèle >’.

Ainsi, Jésus fait lui-même constater à ses apôtres la réalité de son corps ressuscité; mais C’est un Corps soustrait désormais aux infirmités de la terre ; ce Corps est agile ; la matière ne l’arrête point ; Jésus sort du tombeau taillé dans le roc et dont l’entrée est fermée par une lourde pierre ; il se présente au milieu de ses disciples Januis clausis*, « alors que toutes les portes » du lieu où ils étaient rassemblés « étaient fermées ». S’il prend de la nourriture avec ses disciples, ce n’est pas qu'il éprouve la faim, mais c’est qu’il veut, par une miséricordieuse condescendance, confirmer la réalité de sa résurrection.

‘Ce corps ressuscité est désormais immortel ; il est mort une fois : Quod enim mortuus est, mortuus est Semei * : mais à présent, dit S. Paul, « le Christ ressuscité ne meurt plus, la mort n’a plus sur lui d'empire » : Mors illi ultra non dominabitur : le corps de Jésus ressuscité n’est plus soumis à la mort ni aux conditions du temps : il est libéré de toutes les servitudes, de toutes les inñrmités qu’il avait prises dans l’Incarnation ; il est impassible, spirituel, vivant dans une souveraine indépendance. ;

C'est en cela qu’est représenté dans le Christ le premier élément de la sainteté : l'éloignement de tout ce qui est mort, de tout ce qui est terrestre, de tout ce qui est créature, l’affranchissement d'avec toute faiblesse, d'avec toute infirmité, d'avec toute passibilité. Au jour de sa résurrection, le Christ Jésus a laissé dans le tombeau les linceuls, qui sont le symbole de nos infirmités, de nos faiblesses, de nos imperfections ; il sort triomphant du sépulcre ; sa liberté est entière, il est animé d’une vie intense, parfaite, qui fait vibrer toutes les fibres de son être. En lui, tout ce qui est mortel est absorbé par la Vie.

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