Hebr. VII, 25.12." Rom. VI
sans cesse devant les yeux la collation solennelle qui se faisait alors du baptême :.
Nous sommes donc ressuscités avec le Christ, par le Christ, car il désire infiniment nous communiquer sa vie glorieuse. Et que faut-il pour répondre à ce désir divin et devenir semblables à Jésus ressuscité ? Que nous vivions dans l'esprit de notre baptême” Que, renonçant à tout ce qui est vicié par le péché dans notre vie, nous fassions « mourir » de plus en plus « le vieil homme »’; que tout en nous soit dominé et régi par la grâce. C’est là pour nous toute la sainteté : nous éloigner du péché, des occasions de péché, des créatures, de tout ce qui est terrestre, pour vivre en Dieu, pour Dieu, avec la plus grande plénitude et la plus grande stabilité DoSsibIÉ.
Cette œuvre, inaugurée au baptême, se poursuit durant notre existence entière. Le Christ, il est vrai, ne meurt qu’une fois ; il nous a donné par là de mourir comme lui à tout ce qui est péché. Mais nous, nous devons « mourir >» chaque jour, car nous conservons en nous les racines du péché, et l’antique ennemi travaille sans cesse.à les faire repousser. Détruire en nous ces racines, nous garder de toute infidélité, de toute créature aimée pour elle-même, écarter de nos actions tout mobile non seulement coupable, mais purement naturel, nous affranchir de tout ce qui est créé, terrestre ; tenir notre cœur libre, d’une liberté spirituelle : tel est le premier élément de notre sainteté, celui que le Christ nous montre réalisé en lui par cette souveraine et admirable indépendance où vit son humanité de ressuscité.
C’est bien là un des aspects les plus marquants de la grâce pascale. S. Paul l'a mis en relief en termes très expressifs. « Purifiez-vous du vieux levain, disait-il, afin d’être une pâte nouvelle ; car depuis que le Christ notre Agneau pascal, a été immolé pour nous, vous êtes devenus des pains azymes. Participons donc au festin, non
1. Voir dans Le Christ vie de l'âme, la conférence : Le baptême, sacrement. d'adoption divine et d'initiation chrétienne : la mort au péché et la vie pour Dieu. — 2. Rom. VI, 6.
avec du vieux levain,:le levain de la malice et de la perversité, mais avec les azymes de la vérité et de la sincérité >’.
Cette pressante exhortation de l'Apôtre forme l’Épître de la messe même de Pâques. Elle doit apparaître obscure à plus d’un chrétien de nos jours, et pourtant c’est ce passage que l’Église a choisi entre tous pour résumer notre conduite, alors que nous célébrons le mystère de la Résurrection. Pourquoi ce choix ?
C’est qu'il marque nettement, quoique avec profondeur, le fruit que l’âme doit retirer de ce mystère. Que signifient donc ces paroles ?
Vous savez que chez les Israélites, à l’approche de la fête ‘de Pâque, — qui rappelait aux Hébreux l’'anniversaire fameux du « passage » de l'ange exterminateur * — on devait faire disparaître des maisons toute espèce de levain ; puis, le jour de la fête, après avoir immolé l'agneau pascal, on le mangeait avec des pains azymes, c'est-à-dire sans levain, non fermentés *.
Tout cela n’était que « figures et symboles »° de la ‘vraie Pâque, la Pâque chrétienne. « Purifiez-vous du vieux levain » : « dépouillez-vous du vieil homme »°, né dans le péché, de ses convoitises, auxquelles vous avez renoncé par le baptême ; en ce moment de la régénération baptismale, vous avez participé à la mort du Christ qui faisait mourir en vous le péché® ; vous êtes devenus, et vous devez demeurer, par la grâce, une pâte nouvelle, c'est-à-dire une « créature nouvelle »°, « un homme nouveau »° à l'exemple du Christ sorti glorieux du sépulcre. *
‘C'est pourquoi, comme les Juifs qui, la Pâque venue, s'abstenaient de tout levain pour manger l’agneau pascal, « vous de même, chrétiens, qui voulez participer au mystère de Ja Résurrection, vous unir au Christ, Agneau
1. Cor. V, 7-8 — 2, Pâque signifie passage. Cf. Exod. XII, 26-27. — a Tbid.s XIT,.S, 216. — 41 Cor. X, 6%etrr..—5.0Ephes. IV, 22; Col: III, 0. — 6. Cf. Rom. VI, 2 et sq. — 7. IL Cor. V, 17. — 8. Ephes. IV,
immolé et ressuscité pour vous, vous ne devez plus désormais vivre dans le péché ; vous devez vous garder de ces mauvais désirs qui sont comme un levain de malice et de perversité » : Non ergo regnet peccatum in vestro mortali corpore * ; vous devez conserver en vous la grâce qui vous fera vivre dans la vérité et dans. la sincérité de la loi divine.
Telle est la doctrine que S. Paul nôus fait entendre au jour même de Pâques, et qui marque surtout le premier élément de notre sainteté : renoncer au péché, à tout mobile humain qui peut, comme un vieux levain, corrompre nos actions ; vivre, à l'égard de tout péché et de tout être créé, dans cette liberté spirituelle qui apparaît si vivement dans le Christ ressuscité.
Nous demandons cette grâce à Jésus lui-même, dans cette strophe qui se répète à chacune des hymnes pascales : 4
Quaesumus auctor omnium In hoc paschali gaudio, Ab omni mortis impetu, Tuum defende populum *.
Nous vous supplions, Ô vous, l’auteur de toutes choses, de défendre votre peuple de toute attaque de mort, en ces jours remplis de la joie de Pâques ». Nous demandons au Christ de préserver son peuple, — ce peuple « qu’il s’est acquis par son-sang »*, dit S. Paul, « afin qu’il lui fût agréable »: Populum acceptabilem*; de le préserver, de quoi? de toute attaque de mort spirituelle, c'est-à-dire de tout péché, de tout ce qui conduit au péché, de tout ce qui tend à détruire ou à affaiblir en nous la vie de la grâce. C’est alors que nous pourrons faire partie de « cette société que le Christ veut sans tache, mais sainte et irrépréhensible » : Sine ruga, sine macula *.
1. Rom. VI, 12. — 2. Hymne des Vêpres, des Matines et des Laudes. (Bréviaire monastique.) — 3. Act. XX, 28. — 4. Tit, IT; 114. — 5. "Epbes. N'h27:
Le second élément de la sainteté, celui qui d’ailleurs donne au premier sa raison d’être et sa valeur, est l’appartenance à Dieu, le dévouement pour Dieu, ce que S. Paul appelle « vivre pour Dieu »: Viventes Deo”.
Cette vie pour Dieu comprend une infinité de degrés. Elle suppose d’abord qu’on est totalement séparé de tout péché mortel ; entre celui-ci et la vie divine, il y a incompatibilité absolue. — Il y a ensuite la séparation d'avec le péché véniel, d'avec les racines du péché, d'avec tout mobile naturel ; le détachement de tout ce qui est créé. Plus la séparation est complète, plus nous sommes aïffranchis, plus nous sommes spirituellement libres, et plus aussi la vie divine se développe et s’épanouit en nous : à mesure que l’âme se libère de l’humain, elle s’ouvre au divin, elle goûte les choses célestes, elle vit de la vie de Dieu.
En ce bienheureux ,état l’âme est non seulement libre de tout péché, mais elle n’agit plus que sous l'inspiration de la grâce, que par un mobile surnaturel. Et quand ce mobile s'étend à toutes ses actions, quand l’âme, par un mouvement d'amour habituel et stable, rapporte tout à Dieu, à la gloire du Christ et à celle de son Père, alors c’est en elle la plénitude de la vie, c’est la sainteté : Vivit Deo.
Vous remarquerez que durant le temps pascal, l'Église nous parle souvent de vie, non seulement parce que le Christ, par sa résurrection, a vaincu la mort, mais surtout parce qu’il a rouvert aux âmes les sources de la vie éternelle. C’est dans le Christ que nous trouvons cette vie : Ego sum vita”. C’est pourquoi, fréquemment aussi, l’'Église nous fait relire en ces jours bénis la parabole de la vigne : « Je suis la vigne, dit Jésus, vous êtes les branches, demeurez en moi et moi en vous, parce que sans moi vous ne pouvez rien faire »°. Il faut demeurer dans le
HAROMUVI TT M2 NN TOAN EX IV 06.22 3. Ibid. XV, 4-5:
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Christ et lui doit demeurer en nous afin que nous PIiés sions porter de nombreux fruits’.
Comment cela ?
Par sa grâce, par la foi que nous avons en lui, par les vertus dont il est l’exemplaire et que nous imitons. Lorsque, ayant renoncé au péché, nous mourons à nousmêmes, « comme le grain de froment meurt en terre avant de produire ses épis féconds »°; lorsque nous n’agissons plus que sous l'inspiration de l’Esprit-Saint et en conformité avec les préceptes et les maximes de l'Évangile de Jésus, alors c’est la vie divine du Christ qui s’épanouit en nos âmes, « c’est le Christ qui vit en nous » : Vivo ego, jam non ego, vivit vero in me Chrisus *.
Tel est l'idéal de la perfection : Viventes Deo in Christo Jesu. Nous ne pouvons y arriver en un jour ; la sainteté, inaugurée au baptême, ne se réalise que peu à peu, par étapes successives. Tâchons de faire en sorte que chaque Pâque, que chaque jour de cette période bénie qui s'étend de la résurrection à la Pentecôte, produise en nous une mort plus complète au péché, à la créature, et une croissance plus vigoureuse et plus abondante de la vie du Christ.
Il faut que ie Christ règne en nos cœurs, et que tout, en nous, lui soit soumis. Que fait le Christ depuis le jour de son triomphe ? Il vit et règne glorieux, en Dieu, dans le sein du Père : Vivit et regnat Deus. Le Christ ne vit que là où il règne, et il vit en nous dans le degré où il règne dans notre-âme. Il est roi, comme il est pontife. Quand Pilate lui a demandé s’il était roi, Notre-Seigneur lui a répondu : Tu dicis quia rex sum ego; « je le suis ; mais mon royaume nest pas de ce monde ». « Le royaume de Dieu est en nous » : Regnum Dei intra vos est”. I1 faut que cette domination du Christ se réalise chaque jour avec plus de plénitude : c’est ce que nous demandons à Dieu : Adveniat regnum tuum ! Oh! « qu’il
T1 CFO ameXV. ts — 2, Joan. XII, 22. —3. Gal. Il, 20. —4.) Joan. ANTII, 37 — 5 Luc XVII, 27
advienne, Seigneur, ce jour où, vraiment, vous régnerez en nous par votre Christ » !
Et pourquoi n’en est-il pas encore ainsi ? Parce que tant de choses en nous, la volonté propre, l’amour-propre, notre activité naturelle ne sont pas encore soumises au Christ, parce que nous n'avons pas encore fait ce que désire le Père: Omnia subjecisti sub pedibus ejus’, « tout mettre aux pieds du Christ ». C’est là une partie de la gloire que le Père veut donner désormais à son Fils Jésus : Exaltavit illum et donavit illi nomen... ut in nomine Jesu omne genu flectatur *. Le Père veut glorifier le Christ, parce que le Christ est son Fils, parce qu'il s’est humilié ; il veut que tout genou fléchisse au nom de Jésus ; tout dans la création, doit lui être soumis : au ciel, sur la terre, dans les enfers ; tout aussi, en chacun de nous : volonté, intelligence, imagination, énergies.
Il est venu en nous comme Roi au jour du baptême ; mais sa domination lui est disputée par le péché ; quand nous détruisons le péché, les infidélités, l’attache à la créature ; que nous vivons de la foi en lui, en sa parole, en ses mérites ; que nous cherchons à lui plaire en toutes choses, alors le Christ est le maître, alors il règne en nous, comme il règne dans le sein du Père, il vit en nous ; il peut dire de nous à son Père : « Voyez cette âme : je vis et règne en elle, Ô Père, pour que votre nom soit sanctifié ».
Tels sont les aspects les plus profonds de la grâce pascale : détachement de tout ce qui est humain, terrestre, créé ; pleine appartenance à Dieu par le Christ. La résurrection du Verbe incarné devient pour nous un mystère. de vie et de sainteté. Le Christ, étant notre chef, « Dieu nous a ressuscités avec lui »: CONresuscitavit nos. Nous devons donc chercher à reproduire en nous les traits qui marquent sa vie de ressuscité.
C’est à quoi S. Paul nous exhorte avec tant d’insistance en ces jours. « Si, dit-il, vous êtes ressuscités avec