LE CENTURION
Eh bien, tout est fini ! Les prêtres sont contents ; On n'a pas vu pareil procès depuis longtemps, Et quel homme ! toujours docile et sans colère !
DEUXIÈME SOLDA r
Moi, je suis sûr vraiment (ju'il cherchait à nous plaire En nous rendant aisé l'enfoncement des clous, Lorsque les deux larrons hurlaient comme des loups! Quel courage !
PREMIER SOLDAT
La chose est tout au moins très drôle : Ne pas même gémir quand on joue un tel rôle !
ni -
LK MAUVAIS LARRON Ah ! mon Dieu ! que je souffre !
DEUXIÈME SOLDAT
Ah ! voilà le larron Qui se plaint : il n'est plus moqueur, ni fanfaron !
LE MAUVAIS LARRON Mes pieds ! . . . . mes mains ! . . . . Pitié ! . . . .
PREMIER SOLDAT
Vraiment, il nous assomme De sa chanson ! Que diable, ami, l'on soufïre en homme ! Vois à côté de toi Jésus : il ne dit rien.
LE CENTURION C'est à croire parfois qu'il est homme de bien !
LE MAUVAIS LARRON {au Christ)
Tu n'es pas fils de Dieu, Jésus ! non ! c'est un leurre ;
Autrement ton pouvoir éclaterait sur l'heure
Et ton corps, sous nos yeux, descendrait de la croix,
Et tu délivrerais tes compagnons ! Je crois
Que tu nous as menti pendant toute ta vie ;
Ta prière s'envole et n'est pas obéie;
Christ ! tu nous as trompés, tu ne peux rien pour nous !
Oh ! je soufïre ! mes nerfs se tordent sous mes clous !
Nazaréen, tu n'es qu'un larron ! et ma rage
T'exècre, et mes deux mains, dans un suprême outrage
Voudraient aller vers toi pour te frapper !... non ! non !
Tu ne viens pas du ciel et maudit est ton nom !....
DEUXIÈME SOLDAT
Ce larron parle bien ; Jésus n'est qu'un pauvre homme Sans puissance ; il se rit de nous quand il se nomme Fils de Dieu.