‹ Le Christ; drame sacré en cinq tableaux, avec une mélodie originale de Clément LippacherChapitre 28 sur 30 · SCÈNE TIl LES MÊMES, LA VIERGE · texte numérisé non relu

SCÈNE TIl LES MÊMES, LA VIERGE

PREMIER SOLDAT

Non, personne N'a pénétré. Je n'ai rien vu !

DEUXIÈME SOLDAT

Moi, je frissonne De cet événement que je ne comprends pas.

LA VIERGE {égarée et en extase)

Je l'ai vu tout à l'heure ; il me tendait les bras ! Est-ce une vision dans mon logis éclosc?... Peut-être que mes yeux m'ont trompée et je n'ose Croire à tout ce bonheur que je n'espérais plus. Le revoir I Le toucher ! Avant que les élus Le reçoivent parmi leurs phalanges ailées! Quel beau rêve ! O mon Dieu ! Mes larmes écoulées Vous disent la grandeur sans nom de mon tourment, Oui, j'ai beaucoup pleuré, je pleure en ce moment Encore, en vous priant de rendre à ma tendresse Mon enfant adoré dont l'absence m'oppresse, Et je vous redemande, avec un cœur fervent, Mon fils crucifié qui doit être vivant !

MADELEINE

O source de bonheur et de grâce infinie, Mon Dieu, Père ét'^rnel à l'immense pouvoir, La pauvre pécheresse à la Vierge est unie ; Celui que nous aimons nous voulons le revoir ! Faites mourir la mort, vous qui créez la vie !

LA VOIX DU CHRIST [invisible) Ma mère !

LA VIERGE {écoutant)

Entendez-vous ?

MADELEINE

Tout est muet !

LA VIERGE

C'est lui !

Mon bonheur d'autrefois ! Ma douleur d'aujourd'hui !... Mon être te pressent, mon âme attend la tienne ! Oui je veux que ton corps renaisse et me revienne Et que ton pur regard, ne fut-ce qu'un seul jour, Apaisant mes sanglots, sourie à mon amour !

LA VOIX DU CHRIST {invisible) Ma mère !

LA VIERGE C'est sa voix ! L'entendez-vous, ô femmes !...

Non

MADELEINE

LA VIERGE

Mon amour m'éclaire et mon cœur me conduit, Car les yeux maternels voient à travers la nuit ; Mon âme le devine avant toutes les âmes !

{Apparaissant peu à peu au-dessus du tombeau dans une nuée lufnineuse.) Femmes, ne pleurez plus !

— yo —

LA VIERGE Mon fils !

MADELEINE

Mon Dieu ! C'est Lui !

{Les femmes et les soldats s'agenouillent.)

Oui, ma mère, le jour victorieux a lui ! Vous n'avez pas douté de ma divine essence ; Or, mon Père a voulu dans sa toute puissance Que mon âme, ayant pris son essor sur la croix, S'incarnât dans mon corps une dernière fois.

Madeleine, vos pleurs me sont restés fidèles, Leurs flots purs ont lavé les erreurs de jadis ; Vos larmes ont coulé, vous revivrez par elles, Aux nobles désespoirs j'ouvre mon Paradis.

Allez, pleines de foi dans mes paroles sûres Qui souffleront l'audace aux plus irrésolus. Mais ne gémissez pas en voyant mes blessures ; Leur trace est glorieuse et je ne souffre plus !

O vous dont la ferveur m'adore.

Femmes, vous me verrez encore,

Je reviens pour plus d'une aurore Parmi ceux qui pleuraient en me voyant mourir ;

Ma loi va triompher, par l'univers bénie,

Ma vie à la vôtre est unie,

Et ma souffrance étant finie Une immortelle joie en vos cœurs va fleurir !

{Rideau.)

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